Ma leçon de la semaine : doser le vieux avec le neuf


Mis en ligne le 10 Avril 2012 à 21:23   |  Andy Nulman

J’assistais à un anniversaire, jeudi dernier. Tout un party soit dit en passant : bar ouvert, des entrées savoureuses comme des pétoncles grillées et descôtelettes d’agneau, un band pour nous tenir compagnie.
 
 
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Le band sortait des sentiers battus : trois trompettistes, un batteur et un bassiste. Sans compter une sensuelle chanteuse à l’accent allemand.

Mais plus que la composition du band, c’est leur introduction avant de chanter qui sortait de l’ordinaire :

«Nous jouerons seulement de la musique originale… nos compositions d’acid jazz. Nous espérons vous voir sur le plancher de danse.»

Musique originale? Acid jazz? Danser là-dessus?

Atomics

Source : Andy Nulman

«Mon oeil», me suis-je dit en regardant la foule composée surtout de boomers bien nantis.

Une foule mieux ciblée pour un band jouant des classiques des années 70 et 80 soutenu par un DJ faisant du pareil au même entre les représentations.

Mais, à ma grande surprise, le plancher s’est rempli dès que le band s’est mis à jouer de la musique. Et il ne s’est pas vidé avant la fin.

Il n’y a pas une chanson connue qui s’est jouée durant la soirée. Comme le disait le band, il s’agissait de compositions originales, et à moins que vous étiez un membre du band ou de leur famille, il y a de fortes chances que toutes les chansons vous étaient aussi familières qu’une homélie turque.

Mais ce qui était familier, c’était le rythme et les paroles. Comme ils le disaient autrefois sur l’émission américaine American Bandstand, «le beat est bon, et c’est facile à danser».

Et c’est alors que je bougeais mon pêteux au son de la musique que j’ai eu ma leçon de la semaine (mes excuses à Mary Poppins) :

c’est le morceau de familiarité qui aide l’innovation à couler.

Bien que la plupart des gens proclament leur amour pour la nouveauté et l’innovation, quand il est temps de faire l’achat d’un produit, ils préfèrent se tourner vers des biens éprouvés plutôt que de grands inconnus.

C’est pourquoi les grands spécialistes du marketing savent exploiter le vieux pour vendre le neuf.

C’est pourquoi presque tous les pitchs d’Hollywood marient deux onces de vieux à une once de nouveau. («C’est un croisement entre American Idol et une série de cantates.»)

Et c’est pourquoi les concepts les plus radicaux, tels le Kindle ou l’iPad, misent sur le vieux pour faciliter l’adoption et l’interaction des consommateurs. La pub du Kindle, le lecteur électronique d’Amazon, dit d’ailleurs que «ça se lit comme un vrai journal».

D’ailleurs, je soupçonne que c’est sans doute la raison pour laquelle le poulet existe. Si ce n’est que pour servir d’outil de comparaison à la viande d’alligator ou de tortue, au tofu frit ou tout autre aliment qu’on décrit aux néophytes en disant «ça goûte le poulet».

En bout de ligne, les invités du party de jeudi, plutôt que de ressembler à une bande de soûlons repus, ont brûlé des tonnes de calorie au son de la musique originale et familière des Atomics. (Ce qui est ironique, c’est que leur site dit que leur musique ressemble à celle de Saint Germain (Ludovic Navarre) Jamiroquai, Thievery Corporation, PLEJ.)

Soit dit en passant, vous ne trouvez pas que mon billet ressemble à l’un de Seth Godin?

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Andy Nulman est le fondateur de Just For Laughs et d'Airborne Mobile qu'il a vendu pour 100 millions de dollars.