Et si Research In Motion se trompait de cible?


Mis en ligne le 16 Avril 2012 à 11:27   |  Estelle Métayer

La rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre le mois dernier : Research In Motion (RIM), le fabricant du BlackBerry, annoncerait que la compagnie se retirerait du marché consommateur pour se concentrer sur la clientèle d’affaires.
 
 
Partager :  
 

La rumeur a été démentie la même journée, mais le doute subsiste.

Et si RIM se trompait de cible de clientèle stratégique?

Tournez vous vers n’importe quel ado, et demandez lui quel téléphone cellulaire il/elle utilise. Il y a une grande probabilité qu’il vous réponde qu’il ne peut vivre sans son BlackBerry.

L’atout de RIM pour attirer cette clientèle : le BBM, son service de sms gratuits, permettant aux utilisateurs de chatter à l’infini… à condition que les amis utilisent aussi un BlackBerry.

Ainsi, alors que leurs parents s’équipent massivement d’iPhone, les ados choisissent bien évidemment un autre téléphone!

L’intuition peut être trompeuse. J’ai donc cherché les faits.

Utilisant l’outil Sysomos, qui analyse plus de 45 millions de conversations dans les médias sociaux, je suis allée vérifier les sentiments qu’expriment différentes clientèles cibles du BlackBerry.

Les résultats sont clairs. Chez les 21 à 35 ans, il y a deux fois plus de commentaires négatifs (50 %) que positifs (25 %). Les 36 à 50 ans, eux, sont à 60 % neutres ou négatifs.

Par contre, la tranche d’âge des moins de 20 ans montre 100% de commentaires positifs.

Même si cet outil ne représente qu’un segment de la population, une différence si nette mérite qu’on s’y attache et qu’on aille chercher plus d’information. Ce ne serait pas la première fois qu’une entreprise néglige un segment de clientèle qui lui est pourtant fidèle et qui pourrait représenter son futur.

Il y a quelques années, nous avions réalisé des analyses préliminaires qui semblaient montrer que la compagnie CCM (maintenant Reebok) vendait en magasin plus de patins à glace à des adultes qu’à des jeunes (alors que toute la stratégie de l’entreprise était basée sur le segment des moins de 18 ans).

D’autres entreprises n’hésitent pas à bousculer leur passé et se réinventent. Il suffit de penser à Harley-Davidson ou encore Porsche qui ciblent de plus en plus les femmes avec un succès foudroyant.

C’est d’ailleurs Porsche qui a connu la plus grande progression (38 %) de parts de marché auprès de cette clientèle, en 2011, dans l’industrie automobile.

Alors, attention aux angles morts! Celui-ci est typique de «l’ancrage» ou la difficulté pour une entreprise de remettre en question ce qui a fait son succès historiquement.

avatar

Chasseuse de tendances et conférencière, Estelle Métayer traque sans relâche les angles morts stratégiques des entreprises. Présidente de Competia, elle travaille avec les PDG et leur conseil d’administration afin d'améliorer leur prise de décision. Professeur adjointe à l’Université de McGill, où elle enseigne dans les programmes de leadership, notamment avec Henry Mintzberg, elle intervient aussi dans les programmes de certification des administrateurs de l’Institut des administrateurs de sociétés. Vous pouvez également la consulter régulièrement sur son compte Twitter.