Claire la communication publique aujourd’hui?


Mis en ligne le 5 Juin 2012 à 19:50   |  Réjean Labelle

Le langage verbal est un système qui décode et transmet plus ou moins correctement nos pensées ou ce que nous voulons laisser croire.
 
 
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Plus nous sommes habiles avec ce système, plus nous maîtrisons notre communication et influençons la perception de l’autre.

C’est d’ailleurs en développant l’art de dire (ce qu’il faut dire, quand le dire, comment le dire et ce qu’il ne faut pas dire), qu’on en arrive à manipuler ou influencer l’opinion d’autrui.

Donc, la communication verbale, lorsqu’elle est maîtrisée, devient un outil extrêmement efficace de persuasion ou d’influence. J’aurais beau écrire un chapitre complet sur le sujet, ça ne prouverait rien.

Alors, allons-y avec un exemple patent que j’ai trouvé au hasard de mes lectures, sans en connaître toutefois l’auteur.

Voici deux phrases qui contiennent les mêmes mots, mais qui illustrent bien mes propos :

  • Paul est intelligent, travailleur, impulsif, porté à la critique, entêté et envieux!
  • Paul est envieux, entêté, porté à la critique, impulsif, travailleur et intelligent!

J’utilise souvent cet exemple lors de mes conférences et quand je pose la question à savoir dans laquelle des deux phrases Paul «paraît» le mieux, la majorité des participants me répond que c’est dans la première phrase. Évidemment, puisque dans cette phrase on a utilisé «l’effet de primauté» qui consiste à dire d’abord les qualités de Paul et ensuite ses défauts.

Voilà un bel exemple de stratégie de communication. En tant que communicateur, je peux aussi vous dire que de nos jours, malheureusement, le «politically correct» est devenu la norme dans la plupart des discours publics, déguisant ainsi les véritables sentiments et émotions au profit du paraître.

Par exemple, dans plusieurs entreprises, les employés-problèmes sont maintenant nommés des employés à défi. Dans certaines écoles, on indique sur les bulletins «succès reporté ou différé» pour signifier un échec.

Dans Le Soleil du 3 juin 2009, on rapporte que pour réussir un cours d’histoire en secondaire IV, il faut maîtriser les trois compétences suivantes :

  • interroger les réalités sociales dans une perspective historique;
  • interpréter les réalités sociales à l’aide de la méthode historique;
  • construire sa conscience citoyenne à l’aide de l’histoire.

Après ça, on s’étonne que les parents ne comprennent plus les bulletins de leurs enfants! La «langue de bois» est donc à la mode pour compliquer encore plus les choses.

Toujours à l’école, on parle de compétences transversales pour signifier…, pour signifier quoi déjà?

La parole et les mots servent de plus en plus à aseptiser et à filtrer ce que l’on pense véritablement.

Je crois fermement que l’on peut s’exprimer correctement et avec respect sans tous ces artifices et pirouettes verbales qui ne servent qu’à entretenir une frileuse élite intellectuelle de bien-pensants qui ont peur d’avoir peur et ainsi se traumatiser en traumatisant l’autre (vous me suivez toujours?).

Le pire, à mon sens, c’est qu’on est en train d’implanter solidement cette culture de la rectitude politique à l’intérieur de méandres linguistiques codés. Si ça continue comme ça, dans quelques années, il sera très difficile de cerner le véritable message de l’autre, tellement il sera enrobé, aseptisé et livré dans un empaquetage opaque et sécurisé.

Bien sûr, ça ne frustrera l’égo de personne, car personne ne comprendra véritablement le message.

Tenez, faites l’exercice suivant : dans un premier temps, pensez à la clarté des discours des politiciens d’il y a 50 ans. Dans un second temps, pensez à la clarté des discours des politiciens actuels. Et, finalement, dans un troisième temps, imaginez la clarté des discours des politiciens dans 50 ans?

Ce sera tellement long, ennuyeux et nébuleux qu’on permettra peut-être aux élus d’apporter à l’Assemblée nationale, un petit coussin pour qu’ils puissent y poser leur tête et faire un roupillon, le temps que leurs amis d’en face s’expriment.

Transportons-nous dans le futur quelques instants pour entendre le début d’un discours dans le temple des élus : «Monsieur le Président, je crois, enfin, quand je dis je crois, je ne veux pas dire que je suis croyant, non plus que je ne suis pas croyant, car vous savez que je respecte toutes les croyances ou non-croyances des Québécois et Québécoises. Donc, Monsieur le Président, je dirais plutôt que je pense qu’il serait utile, profitable, salutaire, commode, efficace, fonctionnel, avantageux, pratique, bon et nécessaire, d’aller droit au but. Le mot «but» étant employé au sens large, car je ne voudrais en aucun cas dénigrer ceux et celles qui ne s’intéressent pas au hockey, au soccer, au… ».

Vous croyez que j’exagère? En êtes-vous certains?

Extraits de mon livre intitulé Le non-verbal qui parle fort, publié aux Éditions Le Dauphin Blanc.

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Réjean Labelle œuvre depuis plus de 25 ans dans le domaine de la communication, du développement des affaires, de la motivation et de la gestion de personnes. Auteur, il possède également un solide parcours de conférencier, d’intervenant et de formateur autant dans les organisations publiques que privées.