Et les Montréalais? Dans un parc clôturé, grillagé, loin du centre-ville, protégé par deux barrières de sécurité.
Pour y entrer, il faut passer à la fouille, jeter d’éventuelles bouteilles. Adieu champagne, vin, bonjour bière dénaturée dans un verre en plastique. À l’intérieur, on vend quelques fringues, des tams-tams, des bricoles. Ce n’est pas une fête nationale, c’est un bon concert gratuit comme les grandes villes en font parfois.
Le jour de notre fête nationale, le centre-ville, notre place des festivals n’appartient plus à la population, elle est réservée à la préparation du Festival de Jazz.
Nous devons donc marcher, pédaler ou prendre le métro pour nous expatrier dans un parc sécurisé de l’est de la ville.
Cette année, cet affront a pris une démesure bien orchestrée, les autorités laissant filtrer quelques prétendues craintes de violence et, pourquoi pas, d’émeute. En 2012, il n’y a pas de violence au Québec, si l’on exclut celle envers les femmes et les règlements de comptes.
Nos pires «terroristes» n’ont pas fait plus qu’enfumer le métro. L’imaginaire collectif a un petit casier qui retient les images de la Saint-Jean de 1968 et ce mot violence, répété béatement à la suite de Jean Charest par tous ceux qui moutonnent devant un micro, ne sert qu’à intimider les indécis, à infantiliser les Québécois et à justifier l’omniprésence policière.
Avant de dire un mot, médias, syndicats ou étudiants sont priés de «condamner la violence» ou de choisir de se faire traiter de complices de «la violence».
Ce qui est pire, c’est que les organisateurs de ce concert du 24 juin, par ailleurs bien agréable, nous disent qu’ils croient que ce sont leurs mesures de «sécurité» renforcées qui ont permis d’éviter tout débordement, voire une émeute!
L’an prochain, prenons la rue, recréons les fêtes de quartier, les bals populaires, faisons la Saint-Jean plutôt que de la regarder, dansons, cachons-nous dans les buissons, ouvrons une bouteille…
Nous ne sommes pas illégaux, ce sont les lois qui le deviennent.
