Parmi celles-ci, la langue française, comme outil de travail mondial. Le magazine l’Express, datée du 27 juin, nous rappelle que Michelin a réussi, à travers les âges et la mondialisation, ce que la loi 101 et nous-mêmes n’avons pu faire avec des entreprises québécoises pure laine : imposer notre culture et notre langue.
Michelin n’invoque même pas la facilité puisque seulement 10 % de son chiffre d’affaires se fait en France. Michelin parle français partout dans le monde où l’on pourrait parler anglais. Même dans les pays où l’évidence appartient à l’anglais, elle crée des écoles françaises pour ses employés et leur famille.
Les avantages de ce parti-pris pour la langue française : une culture d’entreprise cohérente qui est le ciment de l’entreprise. La langue, c’est aussi la pensée, la manière de faire. À tous les échelons, dans le monde entier, l’usage du français assure la cohésion du système Michelin, tout comme l’écriture chinoise unifie la Chine depuis des millénaires.
À l’inverse, dans les années 90, la mode nouvelle de l’anglais faisait fureur dans les entreprises françaises. C’était à qui imposerait l’anglais comme langue de travail, parfois même la rédaction des contrats qui les liaient avec d’autres entreprises françaises.
On imagine, en cas de conflit, un contrat de droit français, rédigé en anglais, jugé par un juge probablement unilingue français dans une ville de province…
Faut-il encore mentionner que la connaissance de l’anglais «de travail» n’est souvent qu’un anglais de touriste, quelque 300 mots qui ne permettent aucune nuance, aucune précision.
«En français, on peut recourir à l’implicite, ce qui, dans le business, peut se révéler parfois très utile» indique Pete Selleck, président de Michelin pour l’Amérique du Nord qui est à Québec à l’occasion du forum.
Les pilotes d’avions québécois – les Gens de l’air – avaient mené une bataille en 1975 pour l’utilisation du français dans les communications avec les aéroports québécois. Ils ne comprenaient pas le refus du gouvernement canadien de l’autoriser, au nom de la sécurité, les risques de communiquer entre francophones dans une autre langue étant évidents.
Novembre 2011, Air France veut imposer l’usage de l’anglais sous le même prétexte de sécurité, et ses pilotes lui demandent en quoi l’utilisation de manuels en anglais par des francophones accroît la sécurité.
Une autre évidence s’impose : l’anglais devenu une sorte d’esperanto des affaires est déjà en concurrence avec le chinois et ne convaincra pas les pays émergents d’oublier leur culture.
En Europe, plusieurs langues sont enseignées et pratiquées. L’avenir est dans la diversité et la force des cultures, pas dans la soumission.
