Le visage socialiste de la LNH


Mis en ligne le 17 Juillet 2012 à 5:15   |  Jean-Pierre Racine

Le nivellement vers le bas est sans contredit un des objectifs des dirigeants de la Ligue nationale de hockey (LNH) dans le cadre des négociations en cours en vue du renouvellement de la convention collective avec les joueurs qui vient à échéance le 15 septembre prochain.
 
 
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La LNH souhaite sans doute que la prochaine convention collective lui permette de bonifier davantage ses mécanismes de redistribution de la richesse entre ses équipes riches et pauvres, car ces dernières se retrouvent dans les marchés jugés stratégiques pour le maintien d’un lucratif contrat de télévision avec la chaîne de télévision nationale américaine NBC en plus de se retrouver, pour la plupart, dans des marchés encore fragilisés par une relance économique toujours hésitante.

Dans la mesure où l’offre initiale qu’a déposée la LNH en fin de semaine dernière serait avalisée, il appert que le plafond salarial serait réduit d’environ 12 millions de dollars passant de 64,5 millions en 2011-2012 à 52 millions en 2012-2013.

Ce scénario de diminution du plafond salarial découle directement de la proposition de la LNH de réduire de 57% à 46% la part des revenus totaux de la ligue qui est alloué aux salaires des joueurs.

En tout et partout, l’offre déposée par la LNH aurait pour effet de faire reculer de 10 ans la cause des joueurs.

Cette offre est donc une véritable déclaration de guerre à l’association des joueurs comme le mentionnait dimanche Larry Brooks, journaliste au New York Post.

En fait, cette offre est non seulement une déclaration de guerre aux joueurs, mais également un affront aux partisans des équipes canadiennes.

Plus du tiers des revenus de guichet de la LNH proviennent des équipes canadiennes.

Ce sont en grande partie les partisans des Canadiens, des Maple Leafs, des Senators, des Jets, des Flames, des Oilers et des Canucks qui font les frais d’un plafond salarial lequel répond avant tout aux intérêts des équipes du sud des États-Unis.

En abaissant aussi significativement le plafond salarial, on privera davantage les partisans des équipes riches et des équipes canadiennes, de la possibilité que leur équipe préférée puisse dépenser davantage pour mettre sur la patinoire un produit de meilleure qualité.

Le raisonnement s’applique également à ceux qui souhaitent un retour de la LNH à Québec.

Autant l’absence d’un plafond salarial et de mécanismes efficaces de redistribution de la richesse ont pu jouer dans le départ des Nordiques de Québec, que les efforts actuels de renforcement de ces mécanismes, dans la mesure où ils aideront de manière indue des concessions comme celle des Coyotes de Phoenix, pourraient nuire au retour de la LNH à Québec.

À titre de «gros» consommateurs de hockey et de fidèle clientèle de la ligue, les partisans des équipes canadiennes méritent un meilleur produit et ils méritent que leur équipe respective ait un avantage comparatif raisonnable, en termes de capacité de dépenser, sur les équipes américaines.

La Coupe Stanley n’a pas été remportée par une équipe canadienne depuis 1993, et le spectacle offert par les deux concessions les plus légendaires de la ligue, les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto, est plus souvent qu’autrement des plus ordinaires.

Les Canadiens de Montréal font de l’argent comme de l’eau.

Ils se lancent maintenant dans l’aventure immobilière avec le projet de tour à condominiums de 48 étages et 534 unités, la Tour des Canadiens, qui sera située sur le site actuel de Place du centenaire du Centre Bell.

Les Canadiens et les Maple Leafs devraient être au hockey ce que les Yankees de New York et les Red Sox de Boston sont au baseball.

Pour ce faire, les Canadiens et les Maple Leafs devraient avoir le droit de réinvestir une plus grande part de leurs revenus dans l’équipe à l’instar des Yankees et des Red Sox au baseball.

Malheureusement pour les partisans des Canadiens, des Maple Leafs et des autres équipes canadiennes, le modèle d’affaires de la LNH est fort différent de celui des ligues majeures de baseball qui laisse plus librement les forces du marché faire leur œuvre.

Le modèle d’affaires de la LNH s’inspire davantage de celui de la NFL qui a mis en place un véritable système de redistribution égalitaire des revenus entre les équipes du circuit pour une bonne partie des revenus.

Le modèle d’affaires de la NFL est en fait un véritable modèle quasi socialiste instauré au sein de l’ensemble des propriétaires des équipes.

La NFL est également la seule grande ligue professionnelle d’Amérique du Nord à compter dans ses rangs une équipe qui est détenue par un organisme à but non lucratif, les Packers de Green Bay.

À la veille du Super Bowl en 2011, Bill Maher, le populaire humoriste américain et animateur de télévision sur HBO, avait fait une comparaison humoristique, mais non moins sérieuse, entre le modèle d’affaire «socialiste» de la NFL et le modèle d’affaires «néolibéral» des ligues majeures de baseball.

Contrairement à la NFL, la LNH doit tenir compte des réalités différentes des deux pays dans lesquels elle opère et elle doit composer avec une présence et une popularité du hockey fortement asymétrique sur l’ensemble du territoire américain lorsque comparées avec le football.

Un meilleur équilibre doit être trouvé entre les intérêts du marché canadien et celui du marché américain.

Les partisans de la LNH au Canada, les partisans des équipes canadiennes de la LNH, les partisans d’un retour de la LNH à Québec et les propriétaires des équipes canadiennes auraient intérêt à se ranger avec les joueurs de la LNH dans les négociations en cours afin de faire en sorte que le plafond salarial ne soit pas abaissé.

Une alliance stratégique. Tant qu’à voir la saison gâchée, autant qu’elle soit gâchée pour les bonnes raisons, c’est-à-dire à un ¸regain d’influence des instances canadiennes au sein de la LNH.

Le temps est venu de laisser une plus grande place aux forces du marché dans la LNH.

Ultimement, c’est la main invisible d’Adam Smith qui devrait décider du sort des Coyotes de Phoenix, des futurs Nordiques et du reste et non pas celle de Gary Bettman!

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Jean-Pierre Racine est impliqué dans les sports de compétition d’élite (hockey, baseball et football) depuis plus de 35 ans. Détenteur d’une certification d’entraîneur du Programme national de certification des entraîneurs (PNCE-Coach Canada – Baseball), il est le père de deux garçons pratiquant des sports de compétition. Diplômé de l’Université Concordia à Montréal en sciences politiques, Jean-Pierre Racine est à l’emploi du Gouvernement du Canada à titre d’analyste et conseiller en matière d’élaboration de politiques depuis 1998. Actuellement en poste depuis 2001 à l’Agence de développement économique Canada pour les régions du Québec à Montréal, il a travaillé auparavant au Conseil du trésor (1998-1999), au ministère du Revenu national (1999) et à l’Agence des douanes et du revenu du Canada (2000-2001) à Ottawa.