Demander des concessions salariales à ses employés : une bonne idée?


Mis en ligne le 19 Juillet 2012 à 17:20   |  Jérôme Côté

On apprenait, en juin dernier, que le syndicat représentant les 1 800 agents de bord d’Air Transat avait accepté de renoncer temporairement à des augmentations de salaire négociées de l’ordre de 1 % par année pour les trois prochaines années en plus d’un montant forfaitaire de 1,5 % du salaire.
 
 
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La compagnie devra par contre offrir ces augmentations et ce montant forfaitaire au plus tard en décembre 2015. On apprenait récemment que d’autres concessions avaient été demandées par l’employeur au syndicat, notamment la mise en place de congés sans solde.

On peut honnêtement se questionner sur l’efficacité de ces mesures et l’impact qu’elles auront sur les employés. On sous-entend que sans ces mesures, des mises à pied auraient été nécessaires.

De mon humble avis, je crois que des mises à pied ciblées peuvent être plus efficaces que de geler les salaires de tous les employés d’une entreprise.

Sans sous-estimer les impacts négatifs des mises à pied sur les personnes victimes de celles-ci ou sur les «survivants», la capacité de mettre à pied les moins bons éléments (ou ceux ayant moins d’ancienneté) pour pouvoir continuer de payer nos meilleurs afin de les garder motivés est selon moi une approche plus efficace à long terme.

Un gel de salaire sur trois ans pour un agent de bord gagnant 40 000 dollars par année équivaut à un manque à gagner de 1 212 dollars et ce, sans compter le montant forfaitaire de 1,5 %.

Bien que l’entreprise s’est engagée à offrir ces augmentations au plus tard en décembre 2015, pas sûr que la situation financière du transporteur permettra effectivement de les offrir. Je ne sais pas pour vous mais moi, je ne sais pas où je serai en 2015. C’est tout un acte de foi de la part des employés d’accepter un tel sacrifice.

On peut se questionner aussi sur les effets de ces concessions sur le moral des employés.

Comparativement à un impact négatif mais limité dans le temps dans le cas de mises à pied, des concessions salariales ne feront qu’envenimer le moral des employés à mesure que les gens le ressentiront à chaque fois qu’ils mettront de l’essence dans leur voiture ou qu’ils iront au supermarché.

L’inflation au Canada tourne autour de 2 % depuis plusieurs années et les prévisions semblent tenir pour les prochaines années. On a beau dire que les gens ne travaillent pas uniquement pour le salaire mais dans ce cas-ci, j’ai bien peur que plusieurs sont à mettre à jour leur CV.

Les cyniques diront que les employés ont peu d’opportunités de se replacer ailleurs compte tenu de la situation qui touche toute l’industrie. Mais Air Canada est en période d’embauche… Sinon, plusieurs secteurs et industries connaissent des moments plus favorables.

Aux dirigeants d’entreprises en difficulté lisant ce billet et considérant les mesures à prendre pour diminuer les coûts de main-d’œuvre,  je dirais que de procéder à des mises à pied ciblées ressemble à arracher d’un coup un diachylon : ça fait mal sur le coup mais ensuite, c’est terminer.

Par contre, un gel de salaire, c’est un peu comme la torture chinoise de la goutte d’eau ou la stratégie de tuer une grenouille en la faisait bouillir dans une marmite.

Je dirais aussi que si on demande des concessions salariales à nos employés, on est aussi bien de donner l’exemple comme dirigeant. Malheureusement, on semble souvent oublier ce détail…

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Jérôme Côté est le cofondateur de 37-2, une boîte conseil en rémunération, performance et gouvernance. Son entreprise développe des stratégies et des programmes de rémunération et les aligne aux autres initiatives de ressources humaines. Ellle supporte également les directions d'entreprises et les conseils d’administration en rémunération des dirigeants, en gestion de la performance et en gouvernance des sociétés.