On parle beaucoup des problèmes de compétitivité des entreprises et des travailleurs du pays comme étant la cause de ce déclin. Mais il y a plus que ça pour expliquer le problème.
D’abord, est-ce que le problème est aussi grave qu’on le prétend?
En fait, la situation est dramatique. Si on exclut les exportations de ressources naturelles (notamment l’énergie de l’Alberta), les exportations canadiennes sont en chute libre depuis près de sept ans. Et la tendance s’est accélérée depuis la début de la récession en fin 2008.
Alors, quelles sont les sources du problèmes?
Perte d’avantages comparés
Depuis que la Chine est entrée dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2000, les coûts relatifs de la main-d’oeuvre favorisent nettement la Chine au détriment du Canada.
Il est futile de tenter de battre la Chine a son propre jeu. Les travailleurs canadiens sont toujours plus productifs que les travailleurs chinois, mais leurs salaires sont 20 fois plus élevés.
Appréciation du dollar canadien
Comment penser demeurer concurrentiel lorsque le dollar canadien est passé d’une sous-évaluation au début du nouveau millénaire à la parité avec le dollar US en quelques années?
Cette sous-évaluation, il y a 10 ans, avait rendu les entreprises canadiennes complaisantes face à la montée de la Chine sur la scène du commerce mondiale.
Maintenant qu’il est temps de se moderniser et de profiter du dollar fort pour acheter de l’équipement à bon prix afin d’augmenter la productivité des entreprises, la crise financière qui se prolonge nuit à la capacité d’emprunt des entreprises.
Et, pour celles qui sont capables d’emprunter, l’appréciation considérable de la devise canadienne efface la majeure partie des gains de productivité rendus possible par la modernisation des équipements; refroidissant ainsi l’ardeur des entreprises.
Ceci est sans compter que dans le secteur des services qui représente une part importante et en croissance de l’économie, les perspectives de gains de productivité relié à l’achat de nouveaux équipements sont passablement limitées.
La faiblesse de la reprise aux États-Unis
Les États-Unis sont aussi en grande partie responsable de la demande anémique pour nos biens et services. Les Américains sont de loin notre plus grand partenaire commercial. Statistiquement, c’est la destination de 80% de nos exportations.
Or les États-Unis ne se sont pas encore relevés de la crise financière et ne rattraperont vraisemblablement jamais tout le terrain perdu.
Contrairement aux autres récessions qui voyaient la croissance rebondir dans les trimestres de la reprise, après quatre ans de faible croissance, le PIB des États-Unis est de 12 % plus faible qu’il ne l’aurait été si la croissance moyenne avait été de 3% (la moyenne des 20 années précédente) depuis 2007.
Il y a fort à parier que que nous ne parlerions pas de notre faible productivité, ni de la force du dollar canadien, si le PIB de l’économie de notre voisin du Sud était 12 % plus élevé.
On est donc aux prises avec la tempête parfaite. Le temps n’arrangera pas les choses; du moins pas complètement. Les dommages sont déjà faits. C’est donc dire qu’une approche graduelle ne nous ramènera pas.
Plutôt que de s’accrocher aux jobs du passé, il faut repenser le rôle de nos entreprises et de nos travailleurs. Plutôt que de tenter d’améliorer la productivité d’entreprises manufacturières en concurrence avec les pays émergents, il faut penser à se relocaliser dans la chaîne de valeur. Après tout, les industries que l’on considère comme étant en déclin (textiles, meubles, etc.) ne le sont pas vraiment : il se vend plus de vêtements que jamais à l’échelle de la planète.
La question est de savoir comment se positionner dans la chaîne de valeur pour ne pas faire concurrence directement avec les travailleurs chinois et ainsi ne pas avoir à se soucier outre mesure de l’appréciation du dollar canadien ou de la différence de salaire entre les travailleurs chinois et les nôtres.
Refuser de faire face à cet inévitable réalité, c’est d’accepter notre déclin.
