Langue : le modèle ukrainien


Mis en ligne le 29 Avril 2012 à 20:34   |  Michel Brûlé

L’indépendance de l’Ukraine a été proclamée le 24 août 1991 et confirmée par référendum le 1er décembre de la même année.
 
 
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À cette époque, Ramon John Hnatyshyn, qui était d’origine ukrainienne, occupait le poste de gouverneur général du Canada. À l’instar de toute la communauté ukraino-canadienne, l’homme politique jubilait à l’annonce de cette nouvelle.

Brian Mulroney, alors premier ministre du Canada, et les autres ténors fédéralistes ont partagé leur enthousiasme.

Quelle hypocrisie quand on considère que cette communauté a subi les mêmes exactions de la part des Canadiens anglais que les autres minorités canadienne-française, métis, allemande et autres!

Le fameux cri de ralliement raciste «speak white » était l’honneur. Au début du 20e siècle, la communauté ukraino-canadienne était particulièrement bien organisée et elle a perdu presque toute son identité depuis.

À ce sujet, il faut lire le premier tome du Livre noir du Canada anglais dans lequel Normand Lester y consacre un chapitre entier.

Galvanisés par l’échec de l’Accord du lac Meech, les nationalistes québécois ont vu dans l’indépendance de l’Ukraine un appel de l’Histoire.

Évidemment, tous les fédéralistes les ont rabroués en prétendant que les deux contextes étaient complètement différents.

Pourtant, le sort de l’Ukraine et de la Russie a toujours été lié un peu comme celui des Français et des Anglais en Amérique du Nord.

Ironiquement, c’est de l’Ukraine avec les Rus’ de Kiev, que proviendraient les origines de la Russie. L’URSS a résulté à une russification de tous les pays qui en faisaient partie.

Pour renforcer ce processus, le gouvernement soviétique a installé d’importantes communautés russes notamment dans les états baltes.

Aujourd’hui, plus de 30 % des Estoniens sont d’origine russe, mais contrairement à la minorité anglo-montréalaise, par exemple, ils parlent presque tous estonien.

L’ukrainien par rapport à l’Ukraine est relativement complexe. La ville d’Odessa était surnommée «la petite Russie». Nikita Khrouchtchev, ex-président de l’URSS, a offert la Crimée à l’Ukraine en 1954 à l’occasion du 300e anniversaire de la réunification de la Russie et de l’Ukraine.

La région de Donbass et de Kharkov, qui a été la première capitale ukrainienne, sont aussi russophones.

En conséquence, plus de 60 % d’Ukrainiens parlent le russe comme langue première, 20 % parlent un dialecte russo-ukrainien et seulement 20 % parlent l’ukrainien comme langue première.

Bien que la majorité des Ukrainiens sont très attachés à la langue russe, ils sont fiers d’être Ukrainiens et veulent garder une certaine distance par rapport à la Russie.

Depuis une dizaine d’années, on assiste à un processus d’ukrainisation de plus en plus marqué et ce, malgré l’élection du président pro-russe Yanukovych. L’ukrainien est la seule langue officielle et la seule langue d’enseignement.

Personnellement, je suis russophile, mais je ne vois rien de mal à ce que les Ukrainiens soient bilingues. Grâce à l’ukrainien, ils peuvent apprendre le polonais très rapidement.

En tant que Québécois, je trouve qu’on devrait s’inspirer de l’Ukraine en matière linguistique.

Je sais que les télécommunications sont de juridiction fédérale et que c’est le CRTC, qui a le dernier mot, mais je pense qu’on devrait faire comme les Ukrainiens et faire en sorte que toute la publicité au Québec soit en français peu importe que le poste de radio ou la chaîne de télévision soit français ou anglais.

Il faudrait en faire de même pour les quotas sur la musique francophone. Si ça se fait en Ukraine, pourquoi ça ne se ferait pas au Québec?

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Michel Brûlé est le PDG de la maison d'édition Les Intouchables, l’un des plus gros éditeurs au Québec. Son entreprise a vendu cinq millions d’exemplaires des livres qu’il a publiés.