C’est que les gens ne réalisent pas à quel point la politique est un véritable cauchemar. Pour plusieurs, c’est même l’équivalent d’un «Hotel California» dans lequel on peut s’enregistrer, mais jamais n’en sortir.
En vérité, je vous le dis, il n’y a rien d’amusant en politique.
Si vous êtes dans l’opposition, vous dépensez le meilleur de vos énergies à attaquer votre adversaire dans le but de prendre sa place. Vous faites de la hargne votre pain quotidien. Pas très édifiant.
Si vous êtes au pouvoir, une fois l’ivresse de l’accession passée, vous réalisez que ce pouvoir est imaginaire et qu’il vous échappe complètement. Vous avez très peu d’autorité. Le cabinet du premier ministre gère tout, s’immisce dans tout et malheur à vous si vous avez de l’initiative (surtout si vous faites partie du gouvernement de Stephen Harper).
Lorsque la situation s’envenime, le contrôle vous échappe complètement. Vous êtes relégué au rang de simple exécutant et votre performance est scrutée à la loupe. On ne cessera de vous critiquer quand ce n’est pas vous-mêmes qui, par perfectionnisme, vous attribuera les pires reproches.
Puis, il y a le regard constant des médias, du public, des électeurs, des membres du parti et des autres partis, membres de comités, groupes tiers, lobbies, corps professionnels et, bien sûr, toujours ce mariage très délicat avec l’argent (dépenses, factures, entrées de fonds).
Ces facteurs représentent autant de menaces à votre réputation que vous devez être préparé à défendre à tout moment.
De fait, les risques réputationnels de la politique sont énormes, voire même décuplés depuis l’arrivée des médias sociaux. Personnellement, je vous le dis franchement : mieux vaut rester inconnu et anonyme parmi les loups que de risquer de voir son nom déchu et terni par une sale histoire.
La vie de famille, la vie de couple, les enfants, les choses simples qui rendent la vie belle et pleine de sens, tout cela prend le bord en politique. La politique se vit la semaine, mais aussi, et surtout, le soir et les fins de semaine. C’est là que se tiennent les souper spaghettis et que tel et tel groupe «sera bien déçu si vous ne vous montrez pas la fraise».
Malheur à celui qui se lance en politique avec de jeunes enfants, une hypothèque et peu d’argent en banque. Quel risque incalculable, quelle décision folle et insensée!
Maintenant, imaginez cet enfer épouvantable durant une crise prolongée, comme Line Beauchamp et la grève étudiante. Là on se retrouve au cœur du Soleil, à 27 millions de degrés. Ce n’est plus vivable, ce n’est plus supportable et avec un Jean Charest de surcroît qui gère tout croche et qui se fout carrément de la santé mentale de ses proches, c’est au-dessus des forces de tout être humain.
Sachant cela, je dis donc : bravo Line, bonne décision.
Ce n’est pas un coup de tête. C’est que tu en avais plein ton casque.
