Quitte ou double


30 mai 2012  |  Mis en ligne à 06h00  |  Modifié à 11h50  |  Guy Mathieu Leroux
Alors que se poursuivent aujourd’hui les négociations de dernière chance pour résoudre le conflit étudiant, le rapport de force du gouvernement est à son plus bas.
 
Partager:  
avatar
Ex-conseiller de Mario Dumont, il est le principal concepteur de la position autonomiste de l’ADQ, «S’affirmer sans se séparer», endossée par la CAQ.
 

Les nombreuses erreurs de parcours de Jean Charest – manque de leadership, sous-estimation des forces en présence, entente ratée, loi spéciale inefficace – l’ont amené à ce point.

De fait, il n’a plus que deux options extrêmes devant lui : A) une retraite humiliante par un accord éliminant ou diminuant fortement la hausse décrétée des frais de scolarité ou B), la fuite en avant, par le déclenchement d’élections précipitées sur fond de discorde.

Des deux scénarios, le premier semble le plus problématique.

Admettons que le gouvernement Charest cède aux étudiants. Il pourrait espérer que l’accord en question soit assez créatif pour masquer son recul ou encore, sauver sa face de quelque façon.

Mais l’accord doit être soumis aux différentes associations étudiantes qui, gonflées par leur succès, n’accepteront rien de moins qu’une victoire sans merci, soit l’élimination de la hausse pure et simple.

Le scénario de la première entente ratée se répéterait sans doute et le gouvernement, ayant cédé davantage pour rien, en ressortirait encore plus faible et encore plus humilié.

À supposer qu’il optait – pour être sûr de mettre fin à la crise – de tout céder aux étudiants, l’image de Jean Charest s’écroulerait.

La société québécoise au complet aura été témoin d’un gouvernement qui donne tout à celui qui crie le plus fort. Le ressac serait terrible, et la carrière de l’actuel premier ministre serait ternie à jamais. Cela semble peu probable.

Le seul espoir à miser sur l’option A) réside dans les capacités supérieures de négociations du gouvernement face aux étudiants néophytes. Qui sait quel genre d’accord pourrait être conclu, quand on fait preuve de créativité, et peut-être aussi sous-estime-t-on le fait que les étudiants souhaitent en finir eux aussi. D’où la présente tentative de négociations, et nous verrons bien ce que cela donne.

L’autre scénario, le Plan B, prend de plus en plus de sens. Prenant acte du fait que les étudiants refusent le compromis raisonnable, que le gouvernement a posé tous les gestes qu’il fallait et que malgré tout, la crise persiste, il serait légitime de se tourner vers la population et de demander un nouveau mandat.

S’il gagnait dans ces circonstances, sa légitimité en serait renforcée car le peuple aurait parlé et tranché. La hausse des frais serait donc avalisée.

Ce scénario est d’autant plus réaliste que sur le plan des intentions de vote, les libéraux demeurent en tête. Face aux autres partis, ils jouissent d’un avantage considérable en pouvant compter, d’une part, sur l’appui d’une majorité de Québécois en faveur de la hausse et d’autre part, sur son traditionnel électorat anglophone, allophone et fédéraliste. Les partis d’opposition, quant à eux, demeurent fortement divisés.

Le Québec viverait alors une élection fortement dominée par l’axe gauche-droite, la question nationale étant cette fois-ci pratiquement évacuée. Le grand perdant serait la CAQ qui se retrouverait entre les libéraux occupant la droite et le PQ à gauche, ce qui présiderait éventuellement à son écroulement au profit des libéraux.

En somme, pour Jean Charest, sortir de la crise équivaudrait maintenant à jouer quitte ou double.

Lancera-t-il les dés?

 
Welcome, visitor!

Laissez un commentaire

Votre adresse de courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *

*

Vous pouvez utiliser ces attributs et tags HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>