Ce que vous manquez avec Stephen Harper


Mis en ligne le 7 Juin 2012 à 6:00   |  Guy Mathieu Leroux

Une excellente entrevue de Stephen Harper à Peter Mansbridge, mardi, à Londres, m’a fait réaliser à quel point la dichotomie entre le Québec et le reste du Canada est devenue un abyme insurmontable.
 
 
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Peter Mansbridge est le lecteur des nouvelles du bulletin de la CBC, c’est-à-dire le pendant radio-canadien de Bernard Derome. Harper a pris l’habitude de lui donner des entrevues en profondeur. Visiblement, le courant passe entre les deux, et notre premier ministre se sent très à l’aise de livrer le fond de sa pensée sur les enjeux les plus sensibles.

Hier, on a appris des choses très intéressantes pour ceux qui s’intéressent aux remous économiques mondiaux. Bien que le Canada n’a pas un grand poids dans le monde, il demeure assis à la table des décideurs et sa crédibilité est grande étant donné qu’il affiche la meilleure santé financière de tous les pays développés. M. Harper en sait donc beaucoup et en a confié beaucoup entre les lignes.

En gros, l’Europe est dans une impasse dont elle ne sortira ni facilement, ni rapidement. Le principal risque à court terme est qu’il se produise un événement déstabilisant à la «Lehman Brothers», c’est-à-dire provoquant un effet de choc systémique, gelant le crédit entre les banques, paralysant les institutions, injectant une forte dose de panique dans les marchés.

Pour éviter un tel scénario, les banques centrales et les gouvernements se tiennent prêts à intervenir en injectant des liquidités massives – autrement dit, en imprimant de l’argent.

Mais à défaut d’un tel scénario, la seule voie possible est ce que les Anglais appelle le «deleveraging», soit la réduction des dettes du secteur privé (entreprises et ménages) ainsi que des déficits gouvernementaux sans que celle-ci n’étouffe la croissance et fasse plonger les économies en récession.

Advenant qu’un événement survienne (ex : à la fin du mois, si la Grèce quitte l’euro) et que cela entraîne une réaction de panique, le Canada pourrait être touché non pas directement, mais indirectement. Cela dit, nous ne sommes pas sortis du bois car on ne peut renverser une situation de surendettement en recourant à de nouvelles dettes.

Bref, une entrevue fascinante, mais dont j’ai eu accès en anglais seulement.  M. Harper n’a pas de complicité avec un Peter Mansbridge francophone, et ses entrevues en français n’auront jamais la finesse, la complicité, la profondeur et la subtilité de celles en anglais.

Alors que Mansbridge et Harper partageaient leur plaisir et leur fascination de se retrouver au centre du monde, en plein cœur de la capitale britannique à l’occasion du grandiose jubilé de la Reine Elizabeth, le Québec et ses préoccupations se trouvaient reléguées à des milliers d’années lumières, sur une autre planète, dans une bulle complètement à part, toute petite. Mais, consolons-nous. Comme on dit : small is beautiful.

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Ex-conseiller de Mario Dumont, Guy Mathieu Leroux est le principal concepteur de la position autonomiste de l’ADQ, «S’affirmer sans se séparer», endossée par la CAQ. Il a commencé sa carrière en 1988 à Montréal et œuvré au sein de différentes agences de relations publiques avant de devenir conseiller en affaires publiques à son propre compte depuis 2004.