Je lève mon chapeau au maire Gérald Tremblay pour avoir réussi ce tour de force. La région de Montréal, avec sa population de plus de 3 800 000 personnes est une ville-région, la seule d’ailleurs au Québec, et il était grand temps qu’elle se dote de son propre plan d’aménagement et de planification.
L’exercice n’était pas simple : il fallait réunir les maires de 82 municipalités divisées en cinq secteurs géographiques autour d’un même projet commun.
L’adoption de ce plan permet à la région d’établir son agenda plutôt que de laisser l’initiative aux fonctionnaires et aux politiciens de Québec pour qui il est plus payant politiquement d’élargir des routes en région que de refaire l’échangeur Turcot qui est utilisé par la moitié de la population du Québec.
Il reste cependant beaucoup de travail à faire. Gérald Tremblay devra continuer à exercer son leadership, et les maires des arrondissements devront faire preuve de magnanimité.
Une question de priorités
Comme l’ont démontré les audiences publiques sur le financement du transport en commun, au mois de mai, le plan établit une longue liste de projets essentiels pour l’aménagement de la région, mais n’établit pas de priorités.
La liste d’épicerie était facile à faire. Il faut maintenant dresser les priorités, et l’arbitrage pour établir ces priorités doit se faire à l’intérieur de la région de Montréal. Il ne faut surtout pas laisser les politiciens et les fonctionnaires de Québec le faire pour nous.
Mais nous avons le temps : les priorités s’établissent d’elles-mêmes et, au cours des prochaines années, les budgets devraient être affectés à la rénovation et au remplacement des infrastructures existantes qui tombent en ruines.
À plus ou moins court terme, il faut oublier les extensions du réseau du métro et des trains de banlieue, et se concentrer sur la remise à neuf des infrastructures existantes, tant du réseau routier que des équipements du transport collectif. Les maires des arrondissements devront bien expliquer la situation à leurs concitoyens.
Une question de responsabilités
Mais il existe un problème de taille : dans la plupart des cas, ces équipements ne relèvent pas des autorités municipales, mais des gouvernements, dits supérieurs, ceux-là mêmes qui ont fait preuve de négligence dans l’entretien de ces mêmes équipements.
Les ponts Champlain et Jacques-Cartier demeurent un bon exemple de cette situation. Ils sont de propriétés fédérales parce que c’est le fédéral qui en a financé la construction. Aujourd’hui, ils aimeraient se débarrasser de ces ruines qui doivent maintenant être remplacées ou rénovées.
Il est donc important pour la région de faire pression pour que le provincial et le fédéral prennent leurs responsabilités.
Des élections s’en viennent. Il faut en profiter et exiger que ces priorités soient incluses dans les programmes électoraux.
Une question de financement
Les municipalités n’ont qu’une source de revenus, les impôts fonciers et, particulièrement dans la région de Montréal, elles ont tirés sur cette source au maximum.
Les municipalités ont aussi vu leurs responsabilités s’accroître au cours des dernières années, une situation qui a contribué à élargir le déséquilibre fiscal entre le provincial et le municipal.
C’est clair, les municipalités ne peuvent financer les grands travaux d’infrastructures de leur territoire. Cette situation a été démontrée durant les audiences du mois de mai, lorsque les seules solutions proposées tournaient autour des péages, des taxes sur l’essence ou encore sur les immatriculations.
Or la solution est à Québec. Il est essentiel que la région de Montréal s’assure grâce à des pressions politiques qu’une portion plus importante des impôts et des taxes perçues dans la région de Montréal reviennent à la région de Montréal.
La solution doit cependant être à long terme et faire partie d’un pacte fiscal qui assurerait à la région montréalaise un financement annuel prédéterminé et constant établi en fonction de ses besoins.
Le maire Tremblay et les maires de la région ont du pain sur la planche. L’élaboration du plan métropolitain d’aménagement et de planification n’était qu’un départ.
