La population de Montréal est en décroissance? Et puis après!


Mis en ligne le 20 Juin 2012 à 15:25   |  Louis Michel Gratton

La récente édition du Panorama des régions du Québec produit par l’Institut de la statistique du Québec fait état d’une diminution de la population de Montréal au profit des régions.
 
 
Partager :  
 

Suffisait d’une telle nouvelle pour que les analystes se jettent à bras raccourcis sur l’idée que cette situation était la preuve irréfutable que Montréal est en déclin.

Durant une chronique radio, le 14 juin, à l’émission de Paul Arcand au 98,5 FM, le chroniqueur des AffairesRené Vézina, parlait d’un «phénomène inquiétant, d’une ville en déclin» et j’en passe.

Quelques jours plus tard, il en remettait dans une chronique dans son journal où il écrit que «c’est maintenant la métropole qui saigne».

De toute évidence, René Vézina fait partie de ces journalistes et chroniqueurs qui ont l’impression qu’ils augmenteront leur popularité en dénigrant Montréal. Et ils sont plusieurs.

La question se pose : qui a décidé qu’une diminution de population était un signe de déclin? Et si c’était le contraire?

La diminution de la population de Montréal n’est rien de plus que l’évolution normale d’une grande ville-région qui voit la vocation de son centre se transformer.

Il est important ici de définir le sens du terme Montréal; parlons-nous de l’île de Montréal ou de la ville-région de Montréal qui compte plus de 3 800 000 personnes.

Il est essentiel de parler de la grande région de Montréal sinon toute conclusion est faussée dès le départ, et nous éviterons les savantes théories pour expliquer les raisons pour lesquelles de jeunes couples déménagent du Plateau pour s’établir à Longueuil ou à Saint-Lambert pour élever leur petite famille, une grande migration de neuf kilomètres.

L’une des raisons évoquées pour le départ des jeunes familles est le prix des maisons et des copropriétés qui augmentent sans cesse. René Vézina fait même état d’une baisse possible de l’impôt foncier.

Si je me souviens de mes cours d’économie, lorsque les prix augmentent, c’est qu’il y a une forte demande. Suffit de voir le nombre de copropriétés luxueuses en construction au centre-ville pour comprendre qu’il y a une forte demande de la part de personnes qui désirent, et peuvent se permettre, de demeurer au centre-ville près de l’action.

Devant ce phénomène, comment conclure que les impôts fonciers vont diminuer. C’est tout le contraire.

Quand deux baby boomers s’installent à Montréal et qu’une jeune famille de quatre s’installe en banlieue, les deux y trouvent leur compte, et Montréal n’a rien perdu.

Le Panorama des régions nous annonce que l’exode des jeunes des régions semble avoir cessé, et que le Centre-du-Québec est la grande gagnante. Excellente nouvelle.

L’industrie manufacturière traditionnelle ne peut plus survivre sur l’île de Montréal à cause des coûts élevés et des difficultés de transport. Plusieurs industries ont déménagé à proximité dans les banlieues alors que d’autres se sont déplacés vers le Centre-du-Québec.

Pendant ce temps, l’île de Montréal s’est développée dans les secteurs de la haute technologie, des techniques de l’information et de la recherche. Un transfert de vocation où la grande région montréalaise sort gagnante.

J’ai de la difficulté avec l’argument que c’est l’immigration internationale qui sauve Montréal; si l’on prend pour hypothèse que la province de Québec a besoin de l’immigration pour assurer sa prospérité, heureusement qu’il existe au Québec une agglomération urbaine cosmopolite pour les recevoir.

Comme toutes les grandes villes du monde, Montréal possède ses quartiers italiens, chinois, grecs, portugais et arabes qui permettent d’intégrer ces nouveaux arrivés qui ne tardent pas à migrer vers Laval, Longueuil ou Brossard pour former de nouvelles communautés.

La diminution de la population du centre de la région de Montréal est loin d’un signe de déclin, mais s’explique à l’intérieur du cadre d’une évolution normale pour la grande ville-région qu’est Montréal.

Ce phénomène est tout à fait normal, suffit de voyager un peu et de visiter des villes comme New York ou Paris pour comprendre.

Mais encore plus important, il faut être en mesure d’analyser la situation à l’extérieur du prisme de négativisme qui déforme les opinions lorsqu’il est question de Montréal.

avatar

Louis Michel Gratton est un spécialiste du financement d'entreprises et un passionné de la politique. Durant sa carrière, il a fondé plusieurs entreprises dans le monde de la finance. Il a aussi publié un premier roman et il exploite aujourd’hui son propre site, Louis Michel Gratton. Il a déjà touché de la politique à titre de maire de Saint-Lambert et préfet de la MRC de Champlain, aujourd’hui l’arrondissement de Longueuil.