Pourtant, j’avais tout pour me prédestiner à cette découverte. À 16 ans, alors que j’étais sauveteur au Château Montebello, j’avais rencontré un Flamand de mon âge, qui parlait parfaitement le français, qui était venu passer une semaine de vacances avec sa famille dans cet hôtel de luxe.
Tous les deux, on était fervents de politique. Nous venions de perdre le référendum du 20 mai 1980, mais j’étais toujours aussi souverainiste. Lui, il militait pour la cause flamande. Je me suis rendu compte que nos causes se ressemblaient beaucoup. À la différence près que les francophones étaient en Belgique dans le siège de commande.
La première fois où je suis allé à Bruxelles, c’était en 1986. Je me souviens d’avoir défendu la cause flamande dans des bars bruxellois, mais comme c’est l’Allemagne qui m’attirait à cette époque, je ne suis resté dans la capitale belge que deux jours.
En 2008, j’ai mis le cap sur Anvers dans l’espoir de faire des ventes de droits en langue néerlandaise en passant par la Flandres. Après tout, j’étais passé par la Moldavie pour faire des ventes de droits en langue roumaine.
La maison d’édition Cartier, sise à Chisinau, a publié quelques-uns de nos livres. Mon expérience à Anvers a été assez négative, et l’éditeur que je devais rencontrer s’est désisté à la dernière minute.
Par ailleurs, j’ai trouvé que les gens étaient plutôt francophobes, bien qu’ils parlaient presque tous le français. Le fait que je leur dise que j’étais Québécois ne me rendait pas beaucoup plus sympathique.
Puis, l’année dernière en juin 2011, j’ai rencontré brièvement une Gantoise à Québec, qui m’a parlé de sa ville avec ferveur. J’étais alors décidé à donner une autre chance à ce pays. D’ailleurs, c’est cette rencontre qui m’a incité à aller à Liège.
Ça m’a tout pris pour me convaincre d’y aller, parce que mon premier séjour en Wallonie avait été désastreux. J’avais passé une soirée à Charleroi, qui est l’une des villes les plus lugubres de la planète.
Mais à Liège, il règne toute une ambiance! J’ai adoré cette ville.
Puis, je suis allé à Gand en Flandres. Côté ambiance, les Gantois n’ont rien à envier aux Liégeois. À Liège, par contre, il y a le Brasilia, un restaurant gastronomique ouvert 24 heures par jour. À Gand, à la sortie des bars, il faut se contenter de fritures. Cependant, la beauté de la ville médiévale flamande dépasse largement celle de Liège et je me sens parfaitement bien dans cette ville.
Je fais beaucoup d’efforts pour apprendre la langue néerlandaise et il me suffit de demander en néerlandais : «Est-ce que vous parler le français?» pour que les gens me répondent dans ma langue.
Néanmoins, il existe de profondes tensions entre les deux groupes nationaux. Pourtant, si la Belgique devait imploser et que la Flandres devenait un pays et que la Wallonie se rattachait à la France, il resterait encore une part de Wallonie en Flandres et vice-versa.
À Gand, les noms de commerces français pullulent, on entend de la musique francophone partout et les Flamands ont intégré des centaines de mots français dans leur langue. Pour leur part, les Wallons disent s’il vous plaît dans le sens flamand du terme.
Malgré leur division, les Flamands et les Wallons partagent une culture commune. Au Canada anglais, la culture québécoise n’existe pas.
Est-ce qu’on appelle ça du mépris ou de l’indifférence?
