Pour moi, le mot libre veut dire autre chose. Ça ne m’empêche pas d’être souverainiste, mais je me rends compte qu’au Québec, on est loin de la liberté.
Je dis souvent que je ne suis pas un Québécois comme les autres. J’ai voyagé dans 55 pays et je parle huit langues couramment. Je suis même en train d’apprendre le néerlandais. Mes voyages m’ont amené à vouloir implanter chez nous ce qui marche dans les autres pays.
Ma vie de globe-trotter me permet de voir ce qui se passe au Québec avec un autre œil. Alors que les animateurs de radio sont en pâmoison devant New York, Boston et Las Vegas, moi, c’est principalement en Europe que je trouve mon inspiration.
Mes compatriotes ne sont pas fous : ils la sentent la laisse. Et c’est pour ça qu’une fois par année, ils se révoltent et tous ensemble, ils montrent un gros bras d’honneur aux autorités : «À soir, on fait ce qu’on veut !»
Ce soir-là, la police ferme les yeux, parce que le reste de l’année, elle traite les citoyens comme de petits animaux bien domptés et bien domestiqués.
Cette année, Régis Labeaume en a voulu autrement. Le soir de la Saint-Jean, la police était partout, et on a enlevé au monde leur seul jour de liberté.
Il y a moins d’un an, j’ai publié un essai sur le maire le plus populaire du Québec intitulé La dictature amicale, et je trouve aujourd’hui que le mot amical n’avait peut-être pas sa place.
À Québec, il n’y a même pas un meurtre par année et la violence est presque inexistante. Un tel déploiement policier relève du délire.
Prenons l’exemple de la Belgique. Connaissez-vous le symbole de ce pays? Eh oui, il s’agit du célèbre Manneken Pis, soit une sculpture datant de 1618 ou 1619 représentant un garçon qui fait pipi. À Gand, qui est devenu la ville belge que je connais le mieux, il y a des urinoirs publics partout dans la ville.
Et vous voulez en savoir plus? Les Belges ont le droit de boire n’importe où. À 6 h du matin, quand tu vas au restaurant, tu peux boire une bière tranquillement. Tu peux même acheter une bière dans un Nachtwinkel (dépanneur) et la boire devant un bar.
Au Québec, si tu te faisais prendre à boire ta bière achetée au bar à un mètre de l’établissement, les flics te colleraient une contravention et ils en donneraient une autre encore plus salée au propriétaire du bar.
Cet après-midi, des enfants jouaient et criaient à tue-tête. C’est normal, c’est dans la nature des humains de lâcher son fou.
À Québec, avant 2012, les gens étaient tellement contents de goûter à la liberté lors de la Saint-Jean que ça donnait des fois des débordements. Ce n’est pas toujours facile de composer avec quelque chose qui nous est presque inconnu. Pour Régis Labeaume, un jour de liberté par année, c’est un jour de trop.
Décidément, la Belgique est un pays qui mérite d’être connu. Pour illustrer cet amour de la liberté des Belges, il y a ce poème de Coenrad de Waele, un poète flamand, intitulé Bij Gebrek aan Revolutie (À défaut de révolution) dans lequel il ose parler d’érection masculine et du roi Alcool. Au Québec, on est tellement opprimés que ces mots feraient scandale.
