Le coup de 1995


Mis en ligne le 27 Juin 2012 à 5:21   |  Alain Cognard

Jean Charest a cru bon de dire que la rencontre avec Brian Mulroney et Stephen Harper ne constituait pas de l’ingérence dans les affaires internes du Québec.
 
 
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Trop tard, c’était déjà de l’ingérence. La recette est bien connue depuis 1970 : on fait peur au monde, on mobilise l’armée et la police, on en met partout, à chaque coin de rue, à chaque manifestation, à chaque fête, à la Saint-Jean aussi. La province est en danger.

Même en octobre 70, l’armée canadienne n’a arrêté que 250 personnes en une journée. En juin 2012, la police en a ramassé 500 d’un coup.

Le clou est planté, il suffit de l’enfoncer maintenant. La violence n’est que dans la propagande des libéraux, certainement pas dans le quotidien des Québécois qui sont restés pacifiques tout au long d’une centaine de manifestations même sous les quolibets de leur premier ministre. Un exemple de pacifisme.

Malgré cette sagesse, la violence est présentée comme le danger associé aux étudiants, puis à toute contestation et à toute velléité d’indépendance. C’est devenu le programme politique et toute la campagne électorale de Jean Charest, excusez du peu.

Brian Mulroney, Stephen Harper et Jean Charest vont donc nous refaire le coup du référendum de 1995, de notre incompétence et de la suffisance d’un Québec limité à la vente de ses ressources naturelles et de retombées secondaires de l’exploitation du pétrole puant de l’Alberta par des sociétés étrangères.

Le PQ ne fait pas mieux et la CAQ pense encore moins. Faute d’avoir parlé de pays, le parti  nous a ramené dans la situation qui prévalait dans les années 70 : la peur de l’indépendance, la peur d’affirmer nos idéaux et nos compétences dans la création d’un pays infiniment plus réalisable que ce Canada dont les extrémités ne parviennent même pas à se parler…quelle que soit la langue d’ailleurs puisque les pêcheurs de l’Atlantique sont maintenant traités comme des fraudeurs de l’assurance-emploi.

Les étudiants se demandaient, en 1970, s’il ne fallait pas saborder le nouveau PQ, déjà trop bourgeois à l’époque, et  fonder un parti plus radical histoire de gagner quelques décennies. Les étudiants d’aujourd’hui se reposent la question…

Le PQ, néglige de nous rassembler autour de notre projet de société et de la création d’un pays. Il ne parvient même pas à se démarquer d’un adversaire qui a pourtant 70 % de la population contre lui.

Alors, voter utile, ne pas diviser le vote, voter PQ? Et qui va remettre à jour notre démocratie et chasser les bandits politiques?

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Alain Cognard a été successivement directeur de journal, professeur de physique et de chimie et administrateur de sociétés. Il a également participé avec Georges Lapassade à l’analyse de l’Université du Québec à Montréal, lors de sa création, ainsi qu’à la rédaction de deux ouvrages connexes. Observateur des groupes humains et des nations, il s’intéresse particulièrement à l’expression sociale des exclus et à la dissidence en général.