Démocratie de tricheurs


Mis en ligne le 4 Juillet 2012 à 5:21   |  Alain Cognard

À la veille d’une élection «dans les 18 prochains mois» selon l’oracle de Sherbrooke, le Québec se demande encore comment financer les partis politiques.
 
 
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En fait, la vraie question devrait plutôt être : «comment financer le système électoral». Le problème étant de permettre aux citoyens de comprendre les enjeux politiques du moment et de juger de la capacité des candidats à y répondre. Ce n’est pas la même chose.

Une proposition de Québec solidaire et de la Coalition Avenir Québec (CAQ) est intéressante : celle de limiter les dépenses des partis politiques en période d’élection comme en dehors de ces périodes. Tout devrait être inclus : balles de golf, clips Internet ou à la télévision, annonces dans les journaux.

L’autre proposition des deux mêmes partis est de limiter à 100 dollars par année les dons aux partis politiques, la CAQ ajoutant même qu’un citoyen ne pourrait donner qu’à un seul parti.

Pour l’instant, dans nos démocraties, l’idée n’est pas de développer la participation intelligente des citoyens à la vie politique, mais plutôt «d’encadrer» la surenchère des partis et la fraude qui en est la conséquence.

Un député américain déclarait dans une entrevue qu’il partait en recherche de financement dès le lendemain de son élection.

La prochaine campagne présidentielle coûtera six milliards de dollars, et la Cour suprême a même autorisé les entreprises à puiser dans leurs réserves pour soutenir ou démolir un candidat!

Toutes proportions gardées, au Québec, André Larocque, ancien ministre de René Lévesque, déplorait, dans une lettre au Devoir du 24 juin 2006, que l’essentiel de l’argent dépensé lors des campagnes électorales soit consacré à des attaques personnelles, des slogans vides, dans des publicités à la télévision et dans les médias. Comme on le voit, rien n’a changé.

En France, malgré ou à cause de nombreuses lois sur le financement des partis, la tendance est à la création de multitudes de sous-partis (de faux partis en fait) qui récoltent de l’argent pour le refiler ensuite légalement à leur «maison-mère». Selon Le Figaro, de 28 en 1990, le nombre de ces partis «satellites» est passé à 255 en 2004.

Au Québec, des «activités de financement» échappent à la loi (une «zone grise» habilement calculée par les juristes des partis) et autorisent tous les excès dont nous sommes témoins.

Mais le grand principe, le seul acceptable, c’est celui de l’éthique. Annonces, inaugurations de routes, ponts et usines retardées jusqu’à la veille d’une élection, sont d’une autre époque tout comme ces soupers-bénéfices où ne sont représentés que mafiosi et entreprises , à peine voilés.

C’est le travail des journalistes de débusquer et de dénoncer de telles pratiques. Ils devraient avoir accès à tous les secrets des ministres.

Mais nous pouvons faire plus. Comme en Norvège, nous pourrions éduquer politiquement les élèves. Nous y sommes : ce que nous avons effectivement retenu de la grève des étudiants, ce n’est pas le ridicule slogan du «cinquante cents par jour», mais bien qu’une politique intègre et démocratique est encore possible. Et ce message est répété par les étudiants de plusieurs pays.

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Alain Cognard a été successivement directeur de journal, professeur de physique et de chimie et administrateur de sociétés. Il a également participé avec Georges Lapassade à l’analyse de l’Université du Québec à Montréal, lors de sa création, ainsi qu’à la rédaction de deux ouvrages connexes. Observateur des groupes humains et des nations, il s’intéresse particulièrement à l’expression sociale des exclus et à la dissidence en général.