La gratuité, un choix brillant


Mis en ligne le 24 Juillet 2012 à 5:46   |  Alain Cognard

Le débat sur les frais de scolarité à l’université va bientôt reprendre. Le principe de la gratuité qui sera évoqué ne s’arrête ni à l’institution universitaire, ni au pays : c’est un parti pris, une idée.
 
 
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Dans un domaine connexe du savoir, les musées anglais ont obtenu, en 2001, le droit de ne plus faire payer des frais d’entrée. Les musées sont gratuits.

Depuis, c’est l’explosion de la fréquentation. On va au British Museum ou au Tate Modern pour 10 minutes, trois heures, pour promener bébé dans sa poussette, prendre l’un des meilleurs et des moins chers capuccini de la ville, pour rencontrer un ami ou pour trouver de tout dans sa merveilleuse librairie d’art.

Ces deux activités  financent d’ailleurs 70 % du budget de la Tate Enterprise, qui gère le Tate Modern et la Tate Gallery.

Le mécènat d’entreprise fait le reste, et l’État ne fournit plus que quelques points de pourcentage au lieu des 70 % qu’il donnait avant.

Le Tate Modern s’offre même le luxe d’être plus fréquenté que son homologue parisien, le Centre Pompidou, bien que ce dernier possède beaucoup plus d’œuvres que le Tate.

Même si des puristes pensent que l’activité muséale est maintenant perturbée par ce qu’ils appellent un consumérisme culturel, le résultat est que plus de personnes ont des contacts avec l’art.

Les musées sont aussi moins encombrés parce que les visiteurs n’ont plus besoin de rentabiliser le prix du billet en avalant goulument des kilomètres d’œuvres d’art. Le consumérisme, voire l’indigestion est sans doute plus le lot des musées payants….

Cette liberté, toute anglaise, n’est pas ostentatoire. On peut entrer dans les musées avec ses bagages, sans aucune fouille, même en période des Jeux Olympiques alors que la sécurité est la grande préoccupation du moment.

Tout a l’air transparent, mais si l’on y pense bien, cette liberté que l’on ressent au Royaume-Uni est fabriquée, élaborée, conquise, solidement enracinée dans le sentiment collectif.

Il faut, pour se l’accorder, avoir une certaine sûreté de soi-même, une confiance que tout le monde jouera le jeu, un goût immodéré pour la liberté et surtout, la conscience d’une identité remarquablement bien définie.

Pendant la grève des étudiants, les bénéfices de la gratuité ont souvent été évoqués. Elle permettra à plus de Québécois d’obtenir un diplôme universitaire, d’être mieux rémunérés tout au long de leur vie active et donc de repayer en impôts 1000 fois ce qu’ils auront coûtés.

Certains ont prétendu que ce ne serait pas le cas, invoquant les pratiques de provinces voisines.

Mais là encore, la clé reste l’expression de l’identité, ce qui explique sans doute l’importance donnée par la population à cette révolte des étudiants.

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Alain Cognard a été successivement directeur de journal, professeur de physique et de chimie et administrateur de sociétés. Il a également participé avec Georges Lapassade à l’analyse de l’Université du Québec à Montréal, lors de sa création, ainsi qu’à la rédaction de deux ouvrages connexes. Observateur des groupes humains et des nations, il s’intéresse particulièrement à l’expression sociale des exclus et à la dissidence en général.


  • Lyne Pétancourt

    Monsieur Chabin,

    “Les Européens seraient-ils plus intelligents”, demandez-vous?
    L’Europe est en crise. L’Europe est en faillite.

    Les pays sont des systèmes complexes, et leur économie a tout intérêt à rechercher l’équilibre général – lorsqu’il y a quelque chose de “gratuit” ici, c’est parce qu’il y a quelque chose de coûteux ailleurs. Rappelons d’ailleurs que le Québec paye les impôts les plus élevés du Canada, sauf erreur.

    Bien à vous,
    LP

  • Chabin

    Bien vu, M. Cognard. Et n’oublions pas qu’en Europe, la plupart des universités, parmi lesquelles certaines sont mieux cotées que n’importe quelle université canadienne, sont gratuites. Les Européens seraient-ils plus intelligents? Il n’y a aucune raison pour ça. Mais ils savent ce que vaut le savoir.
    L. Chabin.