Parce que les rédactions des médias pensent que le public ne les achètera pas, parce qu’elles ne sont pas «sexy». ll est alors trop tard pour protester, pour exiger une intervention salvatrice.
Il y a eu les prêts problématiques des banques américaines. Les communautés afro-américaines les ont dénoncés plusieurs années avant le «début» de la crise des subprimes en 2008.
Personne n’a rien fait, sauf les banques qui se sont empressées de revendre ces prêts à leurs clients sous forme de «produits dérivés» : en clair, elles revendaient les hypothèques pourries qu’elles avaient accordées sans discernement, sous de fausses représentations et sans même vouloir tenter de régler le problème avec les associations de propriétaires.
Il y eu GM aux États-Unis, aux prises avec la concurrence et l’endormissement de ses gestionnaires, devenue un temps «Government Motors» quand le gouvernement l’a sauvée de la faillite, sous conditions.
Quelques décennies auparavant, c’était Chrysler qui s’effondrait, épinglée par Ralph Nader.
À cet époque, Chrysler, forte de sa position dominante et d’un oligopole considéré comme invincible, avait commencé à produire de la cochonnerie.
Ses voitures rouillaient, les carrosseries se perforaient, ce qui a permis à l’industrie automobile japonaise d’entrer dans la marché américain et de produire des autos meilleures de jour en jour.
Le terme «Made in Japan», alors une insulte, est devenu une appellation recherchée en quelques années pendant que l’industrie américaine se pétait les bretelles. Lee Iacocca, malgré les critiques, a réussi à éviter la faillite de la société, mais la concurrence était montée en puissance.
En France, il y a aujourd’hui PSA, Peugeot-Citroën. Les autos de Columbo et du Général de Gaulle. PSA n’a pas su ou n’a pas voulu innover, elle s’est contentée de verser des dividendes aux actionnaires. Du court terme d’anthologie.
Jacques Attali, résume très bien les causes de la saga PSA, mais là non plus, il ne s’agit pas d’une crise économique, mais d’une crise de l’ignorance managériale.
Ces trois cas illustrent un modèle économique capitaliste corrompu, d’une corruption qui n’est pas que frauduleuse, mais aussi négligente, insouciante, irresponsable.
Au lieu de licencier des ouvriers par dizaines de milliers, les patrons incompétents ou manipulateurs auraient pu être contraints plus rapidement de suivre un peu mieux les appels du fameux «marché» dont ils se gargarisent pour justifier leurs erreurs.
Une société bien organisée aurait pu facilement résoudre les trois cas évoqués. Formation continue des employés, compréhension du marché – des demandes des consommateurs, innovation auraient pu conserver les milliers d’emplois perdus, maintenir une main-d’œuvre compétente et fluide, continuer de développer dans les pays des industries bien implantées et jouissant de l’appui massif des populations.
Les économistes sérieux ne croient même plus que la délocalisation aurait pu avoir un impact sur le problème : la recherche, la conception, l’équipement industriel sont les facteurs déterminants du succès des fabricants.
Il y a sans doute de vraies crises difficiles à prévoir, techniques, cycliques, mais pour les subprimes ou l’industrie automobile, pour la Grèce et l’Italie de «l’homme d’affaires» Berlusconi, pour la crise des banques, on ne peut pas vraiment parler de crise, mais de corruption, de délitement d’un système économique, de complaisance et de fraude. La crise économique, on ne l’a pas toujours pas vue.
