Et comme toujours quand on parle beaucoup, on dit beaucoup de conneries, et on mélange un peu tout. Entre autres, prostitution et proxénétisme.
La confusion semble pourtant difficilement possible. Le proxénétisme est à la prostitution ce que l’esclavage est à l’artisanat. Pas besoin de lunettes.
Alors pourquoi condamne-t-on si souvent la prostitution et beaucoup moins le proxénétisme?
C’est que la pratique de la prostitution est contraire aux principes du néolibéralisme. Que fait une prostituée [1], sinon tirer profit de son propre corps (qui lui appartient, non?)
Ce corps, elle ne l’a pas volé, elle ne l’a pas acheté, elle ne l’a pas loué. Elle ne l’a extorqué à personne. Il est à elle, rien qu’à elle, quand bien même elle ne posséderait rien d’autre.
Le corps de la prostituée est son outil de travail, il lui appartient et elle n’enlève rien à autrui en s’en servant comme bon lui semble.
Il y a de quoi faire frémir tant les conservateurs que les libéraux. Où va-t-on si chacun ou chacune peut disposer de lui ou d’elle-même? C’est l’anarchie.
En revendiquant la possession libre et entière d’elle même, la prostituée refuse d’être la propriété d’un autre, l’outil d’un autre, la source de profit d’un autre : elle refuse le principe même du néolibéralisme.
C’est pourquoi États et gouvernements lui en veulent à mort depuis autant de siècles. Le libéralisme économique – qui n’est que la désignation politiquement correcte du proxénétisme (tirer profit de l’autre, l’asservir, le déshabiller, le saigner…) – voit d’un mauvais œil une de ses proies lui échapper.
Le proxénétisme, ainsi défini, est un crime contre l’humanité.
Et la prostitution la forme la plus authentique du commerce équitable.
[1] L’emploi du féminin dans le texte ne vise qu’à l’alléger, et ce sans préjudice à l’égard des hommes.
