La potiche Charest


Mis en ligne le 9 Avril 2012 à 7:00   |  Michel Brûlé

Robert Bourassa version 2.0 est le premier premier ministre québécois à avoir gouverné au gré des sondages.
 
 
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Avec les années, il s’est fait un spécialiste de l’immobilisme. Autrement dit, moins tu parles, moins tu te cales.

Pierre Mendès France, éminent homme politique français, avait énoncé cette formule courageuse : «gouverner, c’est choisir.»

Pour Robert Bourassa, gouverner, c’était de ne déplaire à personne pour rester au pouvoir le plus longtemps possible. Acculé au pied du mur, Robert Bourassa a fini par choisir de déplaire aux Anglais, qui ont décidé de créer le Equality Party.

Après le vol référendaire de 1995, alors que Jean Charest agissait comme vice-président du camp du NON, les stratèges fédéralistes ont offert un pont d’or, pour reprendre l’expression consacrée, pour convaincre ce dernier de devenir le nouveau chef du Parti libéral du Québec (PLQ).

À propos de ce fameux pont d’or, a-t-il payé les taxes et les impôts, qu’il fallait? Si c’est le cas, j’aimerais en avoir les preuves!

Avant de devenir le chef du PLQ, qui était Jean Charest? Titulaire d’un diplôme en droit, il est élu député conservateur de Sherbrooke à l’âge de 26 ans.

À l’instar de Pauline Marois, John James de son vrai nom, est un politicien de carrière. En 1988, alors ministre d’État à la Jeunesse, il se fait remarquer pour la première fois. Il a agi un peu comme le procureur de la Couronne dans l’histoire de doping de Ben Johnson.

Certes, Ben Johnson était un tricheur, mais Carl Lewis à qui on a remis la médaille d’or du 100 m aux Jeux olympiques de Séoul l’était aussi. Jean Charest n’a pas ménagé l’athlète canadien, dont on rappelait désormais sans cesse ses origines jamaïcaines.

Jean Charest a été un des architectes de l’accord de Meech de 1990, qui a exclu le Québec.

Il a sûrement été approché pour faire partie du Bloc québécois, parti fondé en 1991, mais il a choisi de défendre l’option fédéraliste envers et contre tout.

Les stratèges fédéralistes ont pris un risque en jetant leur dévolu sur un homme aussi peu nationaliste, mais ils ont fait le bon choix.

Sa beauté et son charisme ont compensé. Combien de femmes criaient sur tous les toits qu’il était beau! On était loin de la trudeaumanie, mais cet aspect a quand même été un facteur important de son élection en 2003.

Jean Charest est un homme drôle et il a réussi à séduire les téléspectateurs de la très populaire émission Tout le monde en parle.

Jean Charest a beau avoir une personnalité forte, être arrogant et même mesquin, il n’en reste pas moins qu’il est une potiche.

En présence de Paul Desmarais, il se comporte comme un petit chien-chien. Et comme Robert Bourassa, il gouverne au gré des sondages.

À vrai dire, c’est un ogre, assoiffé de pouvoir. Ouvrir la porte encore plus grande à la corruption, au népotisme et à la ploutocratie ne le dérange nullement. Il est en voie de devenir le pire premier ministre de l’histoire du Québec, mais tout ça le laisse froid.

Diviser, c’est régner, telle est sa devise. Au Québec, les francophones sont divisés : 60 % sont souverainistes, 20 % appartiennent à ce qu’on appelle les nationalistes mous et 20 % sont des Canadiens anglais d’expression française.

Souvent, ces derniers ne parlent pas un traitre mot d’anglais, mais ils pensent et votent comme des Anglais. Si Jean Charest a pu se faire élire et réélire, c’est qu’il a pu compter sur le vote des nationalistes mous.

Ses performances à Tout le monde en parle ont été déterminantes auprès de ces derniers, dont les opinions sont volatiles et superficielles.

En fait, pas si superficielles que ça! Quand un nationaliste mou me dit : « pourquoi faire la souveraineté quand on a les pires routes au Canada?», je ne peux que lui donner raison.

Le PQ a toujours négligé le vote de cette partie de l’électorat. Au cours des prochaines élections, Jean Charest pourra compter sur le vote indéfectible des anglophones, ainsi que de celui d’une majorité d’allophones, mais les nationalistes mous lui tourneront le dos.

Où iront leur vote? Sera-t-il assez divisé pour que Charest réussisse à passer encore une fois?

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Michel Brûlé est le PDG de la maison d'édition Les Intouchables, l’un des plus gros éditeurs au Québec. Son entreprise a vendu cinq millions d’exemplaires des livres qu’il a publiés.