Durant le congrès aux directions de ce parti, il avait même fait faire une immense tortue que ses militants enthousiastes portaient à bout de bras. Or, 20 ans plus tard, à la veille d’élections provinciales, on la jurerait de retour.
En effet, mine de rien, ça roule pour Jean Charest.
Il n’y a pas si longtemps, souvenez-vous, Jean Charest était vu comme un premier ministre mou, paresseux, sans conviction, qui lance des slogans vides plus vite que son ombre pour les oublier encore plus vite le lendemain, et qui semble pris de surcroît dans des histoires de corruptions à ne plus finir.
Fini, cette époque-là.
Aujourd’hui, vous avez un premier ministre qui réalise des réformes significatives et difficiles pour l’avenir du Québec, par exemple, la hausse (très modeste) des frais de scolarité.
Et peu importe que les jeunes se soulèvent, marchent et protestent, sa décision est prise et ne changera pas.
Aujourd’hui, vous avez un gouvernement qui met au pas les syndicats. Fini les abus, le magouillage et l’intimidation sur les chantiers. Le gouvernement Charest se tient debout et injecte enfin un peu de bon sens dans le secteur de la construction.
Aujourd’hui, vous avez un leader qui a une vision pour le Québec. Un avenir économique plein de richesses, de potentiel, de développement économique pour les jeunes et les diplômés, dans ce nouveau Klondike québécois qu’est le Grand Nord.
Aujourd’hui, vous avez un leader responsable qui va atteindre, malgré maints périls, le déficit zéro avant tout le monde, même l’Ontario et le gouvernement fédéral. Un gouvernement qui a eu le courage d’augmenter les taxes, car c’est la bonne chose à faire tout en maintenant le maximum de services.
Si ce n’est pas une transformation d’image radicale, patiemment cultivée et savamment menée, je ne sais pas ce que c’est.
Maintenant que la tortue a fait son œuvre, elle attend juste le bon moment pour se lancer. Et ce moment idéal coïnciderait avec le début d’une période d’insécurité économique.
Dès que le Dow Jones perd 1000 points, que le mot récession revient nous hanter ou encore, que le spectre de la déflation reprend le dessus, Jean Charest aura devant lui la meilleure fenêtre pour mettre de l’avant son message économique et «plan nordique».
Encore hier, dans le Journal de Montréal, Pauline Marois nous parle de langue. Mais qu’est-ce qu’on en a à foutre?
On veut des emplois, moins d’impôts, plus de services et un pouvoir d’achat grandissant : c’est cela qu’on veut. Du concret et rien d’autre.
Jean Charest s’est enligné pour être le plus crédible sur les questions économiques et comme la tortue de la Fable, avec patience, lenteur et détermination, il risque fort bien de réussir malgré le fait qu’après presque 10 ans de régime, on ferait tout pour le voir parti en Mongolie.
Être détesté et prendre malgré tout le parti de se faire élire, ce n’est pas rien. À le voir aller jusqu’à présent, il m’apparaît que ces chances sont excellentes.
