«Quand l’injustice devient loi, la résistance devient devoir.» -Thomas Jefferson


Mis en ligne le 9 Avril 2012 à 10:46   |  Corinne Lajoie

Les Québécois sont présentement engourdis par une force d'inertie incroyable.
 
 
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Leur potentiel d’indignation semble englouti par la galère du quotidien et la philosophie de la docilité véhiculée par les élites possédantes.

Au lieu de souligner la détermination des étudiant(e)s qui se battent depuis plus de 50 jours contre l’arrogance du gouvernement, certain(e)s envahissent les tribunes pour critiquer les ponts bloqués, les actions de perturbation directe comme les blocages ou les occupations, les manifestations qui paralysent la circulation et l’obstination des jeunes à refuser une hausse qui est, comme le martèle la ministre de l’ÉducationLine Beauchamp, «responsable».

Cette hausse parfaitement irresponsable n’est aucunement défendable parce qu’elle bloque l’accès aux études supérieures, encourage l’endettement qui profite aux banques (ressorties gagnantes et presque indemnes d’une crise économique qui a affecté des milliers de gens, rappelons-nous en), participe d’une marchandisation éhontée d’un bien collectif, encourage la transformation des maigres acquis sociaux que nous possédons en institutions qui répondent à une logique d’utilisateur-payeur, inscrit l’éducation dans un système capitaliste sauvage qui met la connaissance au service de la rentabilité et participe à augmenter un écart entre riches et pauvres déjà excessif.

Nous sommes pourtant bien peu à prendre la rue face à un tel affront. C’est que personne ne songe plus à s’indigner.

Si le confort de chacun(e)  peut être le moindrement épargné, à quoi bon se lever?

Notre système politique et économique est dangereusement antidémocratique et il n’entend pas se plier aux bien silencieuses critiques venant de la population qui en subit les foudres. Il faut agir si nous voulons changer quelque chose.

Longtemps, nous avons été conscients de la corruption dans l’industrie de la construction sans jamais revendiquer plus qu’une commission d’enquête.

Nous savons que nos ressources sont exploitées par des compagnies qui payent de risibles redevances, que l’industrie des gaz de schistes est un projet désastreux pour la protection de l’environnement et des populations, que la hausse des frais de scolarité, la taxe-santé et d’autres mesures parfaitement antisociales gangrènent notre système, que des recteurs-rices, PDG et autres amis du gouvernement bénéficient de primes, de cadeaux et de salaires faramineux pendant que certains ont de la difficulté à garder la tête hors de l’eau, que les politiques néolibérales actuelles contribuent à maintenir un système d’oppression ici comme ailleurs parce qu’elles valorisent la recherche de profit et la rentabilité au détriment de valeurs de solidarité sociale humaines et intelligentes.

Pourtant, ceux et celles qui se sont levés ont été marginalisés, critiqués sur plusieurs tribunes et souvent réprimés par l’appareil d’État qu’est la police.

Il est évident que les élites protégées par le système actuel chercheront à museler l’opposition, appelleront à la soumission, exigeront des populations qu’elles soient «responsables», qu’elles «comprennent» que des hommes et des femmes plus grands qu’eux ont su choisir à leur place.

Si certain(e)s se sentent incapables de s’indigner contre l’injustice, si certain(e)s se sentent incapables de se lever contre ce qui les indigne, qu’au moins ils accordent à ceux et celles qui le font le respect qu’ils et elles méritent.

J’ai l’impression qu’une longue réflexion devrait s’entamer dans la société, que nous devrions trouver ce en quoi nous croyons vraiment et surtout, réfléchir ensemble aux moyens qu’il nous reste pour le défendre.

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Corinne Lajoie a entamé des études en littérature comparée et philosophie à l'Université de Montréal.


  • Françoise Brault

    Je suis en accord avec vous, madame Lajoie. Je pense que vous, les étudiants, avez commencé à attirer l’attention de la population sur une des nombreuses situations problématiques qu’est l’éducation. Je souhaite que ce ne soit qu’un début et qu’un débat de fond ait lieu à travers la province sur les questions que vous avez mentionnées. Mais sachons d’abord coordonner ces débats.