Lors de sa récente keynote très attendue, Apple a levé le voile sur les nouvelles mises à jour de ses AirPods, de l’Apple Watch, ainsi que sur sa nouvelle gamme d’iPhone. Cependant, malgré une présentation plus courte que d’habitude d’une heure quinze, un mot-clé notable a presque totalement disparu des discours : l’intelligence artificielle (IA).
Tim Cook, le PDG d’Apple, a pourtant assuré que la firme faisait « le plus grand bond en avant jamais réalisé pour l’iPhone ». Pourtant, les références à l’IA ont été limitées et plutôt en arrière-plan lors de la présentation des nouveaux modèles.
Les nouveaux iPhone promettent des progrès en matière de puces maison, de matériel et de logiciel, ce qui se traduit par de meilleures performances en gaming, en photographie, en vitesse et en autonomie. Mais les outils d’intelligence visuelle et la traduction instantanée en temps réel via iMessage et FaceTime, mis en avant, avaient déjà été présentés en détail lors de la conférence développeurs WWDC 2025 en juin dernier. Ces fonctionnalités ne sont d’ailleurs pas une exclusivité Apple, puisque des concurrents comme Google ou Samsung en proposent des équivalents depuis un moment.
Cette présentation s’est donc démarquée des annonces précédentes d’Apple, notamment celle de l’iPhone 16, où les promesses autour de l’IA avaient suscité quelques déceptions publiques faute de déploiement effectif des fonctionnalités vedettes.
Cette année, Apple a davantage insisté sur le rôle de l’IA en coulisses plutôt que sur une mise en avant directe auprès des utilisateurs, contrairement à la conférence de Google pour le Pixel 10 le mois dernier ou à celle de Samsung en janvier. Apple semble en effet prendre du retard dans le développement d’assistants intelligents très visibles et préfère concentrer la communication sur le matériel et ses bénéfices en intelligence artificielle.
Les cadres d’Apple ont évoqué une évolution du « neural engine » (moteur neuronal) qui alimente les fonctions d’Apple Intelligence, ainsi que l’intégration de nouveaux accélérateurs neuronaux sur chaque cœur GPU, rendant désormais possibles des traitements IA complexes, avec une puissance comparable à celle d’un MacBook Pro, mais sur un iPhone.
Concernant les AirPods, la firme s’est focalisée sur des avancées telles que la traduction en direct et la surveillance du rythme cardiaque. Contrairement à Google avec ses Pixel Buds 2A intégrant une interaction avec l’IA Gemini, Apple met en avant la combinaison d’un modèle computationnel avancé sur les écouteurs et des modèles d’Apple Intelligence sur iPhone pour alimenter la traduction. Pour les capteurs cardiaques, l’entreprise souligne le rôle des algorithmes de machine learning, entraînés grâce à plus de 50 millions d’heures de données issues d’une étude impliquant 250 000 participants.
Les annonces autour de l’Apple Watch concernant l’IA ont également été rapides. Les dirigeants ont expliqué que les algorithmes de machine learning analysent sur 30 jours la réaction de la tension artérielle aux battements cardiaques. Cette technologie, issue de plusieurs études regroupant plus de 100 000 participants, devrait prochainement obtenir une validation de la FDA (agence américaine des médicaments). Dr Sumbul Desai, vice-présidente santé d’Apple, espère ainsi pouvoir alerter plus d’un million de personnes souffrant d’hypertension non diagnostiquée dès la première année.
La course à l’intelligence artificielle est devenue un enjeu majeur dans l’industrie, chaque entreprise investissant massivement. OpenAI, par exemple, est valorisée à 300 milliards de dollars en 2025 et prévoit de dépenser 115 milliards jusqu’en 2029. De son côté, Anthropic a levé récemment 13 milliards à une valorisation de 183 milliards. Meta a aussi multiplié les recrutements de chercheurs spécialisés après avoir investi plus de 14 milliards dans Scale AI.
Apple est souvent critiquée pour son retard dans ce domaine. La firme a notamment vu plusieurs départs clés de son équipe de recherche en IA ces derniers mois, dont Jian Zhang, responsable de la recherche en robotique, parti chez Meta. D’autres experts sont partis vers OpenAI ou Anthropic, illustrant un certain exode de talents.
Points à retenir
- Apple a présenté sa nouvelle gamme d’iPhone, AirPods et Apple Watch avec des améliorations matérielles et logicielles, tout en intégrant l’IA principalement en arrière-plan.
- Les fonctionnalités IA visibles comme la traduction en temps réel et les analyses santé ont été évoquées, mais aucune grande nouveauté marquante n’a été dévoilée.
- Apple adopte une approche plus discrète concernant l’IA, en contraste avec ses concurrents qui mettent davantage en avant leurs assistants intelligents.
- Les efforts en matière de puces neuronales montrent une progression technique notable, avec des capacités similaires à un MacBook Pro intégrées aux iPhone, signe d’un travail en profondeur sur l’architecture matérielle.
- Le suivi de la santé par l’Apple Watch s’appuie sur des algorithmes de machine learning entraînés sur des bases de données conséquentes, avec une ambition d’impact sanitaire important à court terme.
- Le retard d’Apple en IA est perceptible aussi à travers les départs de nombreux chercheurs pour des compétiteurs plus axés sur les technologies de pointe dans ce secteur.
En somme, Apple semble préférer le rôle de chef d’orchestre en coulisse, laissant ses concurrents illuminer la scène avec leurs prouesses IA visibles. Peut-être est-ce une stratégie pour éviter la pression des promesses non tenues ? Ou alors, il faudra attendre encore un peu pour voir Tim Cook plaider sa cause dans le temple de l’IA. En tout cas, il est fascinant de voir un géant de la tech faire mincir le mot « intelligence » dans son discours. Qui sait, peut-être que le futur sera moins bruyant mais plus savoureux ? Ou alors, on se contente juste d’attendre le prochain acte…