Un petit entrepreneur doit gérer le budget de sa société. Au lieu d’acheter une licence coûteuse pour un logiciel existant, il sollicite une intelligence artificielle (IA) pour en créer un sur mesure. Quelques heures plus tard, le logiciel est prêt et l’entrepreneur peut l’utiliser.
Ceci pourrait devenir une réalité imminente, un domaine dans lequel l’industrie technologique investit massivement. Depuis plusieurs années, la Silicon Valley se penche sur les “agents”, ces systèmes d’IA capables d’exécuter des tâches en autonomie, comme gérer des fichiers ou naviguer en ligne. Plusieurs entreprises, dont OpenAI, développent des logiciels similaires, mais c’est Anthropic, avec son chatbot Claude, qui démontre le mieux le potentiel de ces outils.
Claude Code, lancé début 2025, a récemment gagné en popularité, même parmi ceux qui ne sont pas des experts. Beaucoup l’ont essayé pour créer des sites ou d’autres projets, souvent avec des résultats surprenants. Son accueil est généralement positif, et son impact a déjà été comparé à celui de ChatGPT par Doug O’Laughlin, président de la société de conseil SemiAnalysis.
Claude Code est un assistant AI pour le développement de logiciels, proposé dans les offres payantes de Claude (Pro et Max). Sur le principe, cela peut sembler peu innovant ; cela fait des années que les modèles linguistiques permettent aux utilisateurs, même aux néophytes, d’écrire du code (le fameux “vibe coding”). Cependant, Claude Code ne ressemble pas à un simple chatbot, mais à un programme téléchargeable qui fonctionne directement depuis le terminal.
Pour saisir cette différence, il est utile de la comparer avec d’autres solutions concurrentes. Un chatbot classique, bien qu’il puisse générer du code, opère généralement à travers un navigateur ou une application, sans accès direct au système de fichiers local. L’utilisateur doit donc intégrer manuellement le code produit, ce qui n’est pas toujours simple. D’autres services, comme Cursor, qui assistent les développeurs dans l’écriture de leur code, fonctionnent également sur une interface graphique.
En revanche, Claude Code travaille directement via le terminal, une interface textuelle où l’on peut donner des commandes directement à l’ordinateur. Bien que peu de gens s’en servent régulièrement, chaque système d’exploitation dispose d’un terminal, un outil puissant pour des interventions techniques. Utiliser cet interface à ligne de commande (CLI) nécessite des compétences techniques et une compréhension des commandes appropriées.
En opérant directement dans le terminal, Claude Code se transforme en un véritable collaborateur autonome, capable non seulement d’écrire du code, mais aussi de modifier des fichiers existants ou d’installer des bibliothèques nécessaires. Comme l’a brillamment souligné Vox, si les chatbots pouvaient uniquement donner des conseils, des modèles comme Claude Code peuvent réellement agir.
Initialement adopté par les développeurs et ceux ayant des compétences techniques, Claude Code a rapidement séduit un public plus large. Certains l’ont utilisé pour créer des applications iPhone, développer un système d’analyse ADN, ou encore concevoir un programme capable de résumer les messages reçus tout au long de l’année, à l’image de Spotify Wrapped. Une journaliste de The Verge a même créé un système pour gérer tous ses appareils dans sa maison intelligente, tandis que d’autres l’utilisent pour automatiser des tâches répétitives comme l’organisation de leur agenda ou l’analyse de documents.
Le succès de Claude Code a incité Anthropic à lancer Claude Cowork, un agent destiné à des tâches variées, permettant à l’IA d’accéder à des dossiers spécifiques sur l’ordinateur pour réorganiser ou modifier des fichiers, ou créer de nouveaux tableaux basés sur les documents inclus.
En consolidant la position d’Anthropic dans le développement logiciel, Claude Code a également engendré des conséquences sur le marché boursier. Certaines entreprises technologiques, notamment dans le secteur du “Software as a Service” (SaaS), ont subi des pertes importantes. Des sociétés comme Atlassian, Salesforce, Adobe et HubSpot ont vu la valeur de leurs actions chuter d’environ 30 % en un mois. Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, a lui aussi évoqué un changement radical à venir dans le secteur SaaS, anticipant des applications vouées à « s’effondrer ».
Ce phénomène a récemment touché les actions des principales sociétés d’analyse financière et de services juridiques, qui ont également observé des baisses considérables après le lancement d’une nouvelle version de Claude Cowork, capable d’assister dans des domaines considérés jusqu’alors comme très spécialisés.
Malgré tout, certains restent sceptiques quant à la prédiction d’O’Laughlin sur « la mort du logiciel » causée par les agents d’IA. Lors d’une récente discussion publique, le PDG de Nvidia, Jensen Huang, a qualifié de « non sens » les évolutions des actions des entreprises SaaS. D’après lui, il serait plus logique que les IA utilisent les outils existants plutôt que d’en créer de nouveaux: « Préféreriez-vous utiliser un marteau déjà existant ou en inventer un ? », a-t-il interrogé.
Points à retenir
- Claude Code permet de créer des logiciels en utilisant une IA directement dans le terminal.
- Son adoption s’étend à un public moins technique, y compris pour des projets variés comme des applications mobiles ou des systèmes d’analyses.
- Le lancement de Claude Cowork offre des fonctionnalités d’organisation de fichiers, élargissant ainsi les usages de l’intelligence artificielle.
- Le succès de Claude Code influence significativement le marché des services logiciels (SaaS), entraînant des pertes pour certaines entreprises.
- Des personnalités comme Jensen Huang remettent en question la notion de « mort du logiciel », soulignant l’importance des outils existants.
Comme je le perçois, cette évolution dans l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le développement logiciel représente à la fois une opportunité et un défi. Bien que la technologie facilite l’accès à des outils de programmation, elle soulève des questions passionnantes sur l’avenir du travail, la spécialisation nécessaire et la place de l’humain dans ce paysage en pleine transformation. Cette dualité m’invite à réfléchir sur notre capacité à nous adapter à ces innovations tout en préservant l’expertise humaine indispensable. Qu’en pensez-vous ?
