Le récent entretien de Sam Altman, directeur général d’OpenAI, sur un podcast américain offre une perspective optimiste sur l’avenir des jeunes diplômés. Selon lui, s’il obtenait son diplôme aujourd’hui, « il se sentirait comme l’élève le plus chanceux de toute l’histoire ». À l’origine de ChatGPT lancé en novembre 2022, il estime que l’intelligence artificielle (IA) ouvre des opportunités inédites, malgré les transformations qu’elle entraîne dans le monde du travail.
Altman reconnaît que certains emplois disparaîtront, mais rappelle que cette évolution est habituelle et que les jeunes sont particulièrement aptes à s’adapter. Il souligne qu’un nouveau type de métiers, plus stimulants et riches en possibilités, émergera.
Pour les élèves de terminale britannique et leurs familles en pleine réflexion sur l’orientation universitaire dans un contexte dominé par l’IA générative, ces remarques sont rassurantes. Pourtant, dans un univers en pleine mutation, les experts préconisent aux étudiants de se préparer afin de tirer pleinement parti de leur cursus et d’être prêts pour les emplois à venir.
Le Dr Andrew Rogoyski, de l’Institut pour une IA centrée sur l’humain à l’Université de Surrey, note que beaucoup d’étudiants ont déjà une bonne maîtrise de l’IA, mais pointe le décalage entre la rapidité d’évolution de cette technologie et la lenteur des institutions académiques à y répondre. Il explique que la position est passée en quelques mois d’un rejet initial à la prise en compte de l’IA comme une compétence indispensable, à enseigner partout et accessible à tous.
Son conseil est clair : « Soyez exigeants. Posez les bonnes questions. Certaines carrières vont profondément évoluer, assurez-vous que les universités s’adaptent. »
Pour ceux moins familiers avec l’IA, il recommande de se renseigner et de pratiquer cet outil, quel que soit le domaine d’études. Être capable d’utiliser les technologies d’IA devient aussi essentiel que savoir lire et écrire. Il convient de comprendre les limites et les possibilités de ces outils, tout en s’interrogeant sur leur impact éventuel sur sa future carrière.
Rogoyski invite aussi à vérifier la stratégie des universités en la matière et à demander aux enseignants comment l’IA est intégrée dans la formation : « Obtiendrez-vous un diplôme qui aura de la valeur et résistera à l’épreuve du temps ? »
Dan Hawes, cofondateur d’un cabinet de recrutement spécialisé, voit l’avenir avec optimisme pour les diplômés britanniques, estimant que le marché de l’emploi est davantage influencé par la conjoncture économique actuelle que par l’IA. Il souligne que, bien que difficile à prévoir, le marché demain privilégiera les diplômés. Ces jeunes, nés à l’ère de l’IA, sont une cible de choix pour les employeurs.
Le spécialiste conseille aux familles de tenir compte de l’insertion professionnelle des diplômés des différentes universités. Par exemple, les diplômes en mathématiques restent très demandés et conservent leur valeur même dans ce nouveau contexte.
Elena Simperl, professeure en informatique à King’s College London et co-directrice de l’Institut d’Intelligence Artificielle, recommande d’examiner la présence de l’IA dans toutes les disciplines universitaires, car elle transforme bien plus que l’écriture d’emails ou la recherche d’informations.
Elle évoque les futurs « co-scientifiques » IA, laboratoires automatiques pour la recherche, et plaide pour une formation qui permette à tous les étudiants de profiter de ces technologies, quelle que soit leur spécialité. Selon elle, il est plus pertinent de réfléchir aux tâches que l’IA peut faciliter plutôt qu’à la disparition pure et simple des emplois.
Enfin, face à la question récurrente de l’utilité de diplômes en lettres ou histoire à l’ère de l’IA, le Dr Rogoyski se montre rassurant : « Si les formations sont de qualité, elles enseignent des compétences durables comme l’appréciation de la littérature, la rédaction, la pensée critique et la communication, qui resteront utiles. »
Il conclut avec une pointe d’humour : « Ces diplômes vous accompagneront longtemps, et qui sait, pendant que nos nouveaux maîtres IA prendront le relais professionnel, nous aurons plus de temps pour lire, peut-être financés par un revenu universel. »
Points à retenir
- L’IA transforme rapidement le paysage éducatif et professionnel, rendant indispensable son intégration dans tous les cursus.
- Les jeunes sont souvent en avance dans la maîtrise des outils d’IA, mais les universités doivent accélérer leur adaptation.
- Les étudiants doivent se montrer exigeants quant à l’intégration de l’IA dans leur formation et interroger les établissements sur leur stratégie.
- Certaines filières, comme les mathématiques, restent très convoitées et conservent leur pertinence face à l’essor de l’IA.
- L’IA ne devrait pas être vue comme un facteur de disparition des emplois, mais plutôt comme un levier pour redéfinir les tâches et créer de nouvelles opportunités.
- Les compétences classiques, notamment dans les lettres et sciences humaines, gardent une valeur durable, surtout si elles sont bien enseignées.
Dans ce contexte, il est amusant de se demander si, un jour, apprendre à manier l’IA ne deviendra pas aussi banal que savoir utiliser une fourchette. Et pendant que nous chipoterons sur la meilleure spécialisation, nos futurs emplois auront peut-être déjà été redessinés par des algorithmes. Ah, l’éternelle course entre l’homme et la machine, qui aura le dernier mot ?