Entretien avec Saher Khanaqa-Kükelhahn
Saher Khanaqa-Kükelhahn : J’ai toujours besoin de quelque chose à manipuler en réfléchissant. C’est pourquoi j’ai ce ballon, que je fais passer d’une main à l’autre. C’est également un excellent moyen d’engager la conversation lorsque quelqu’un arrive, je lui lance le ballon, et la discussion est lancée.
taz : Ça constitue donc un échange de ballons ?
Khanaqa-Kükelhahn : Oui, mais ce n’est pas une démarche psychologique. C’est juste amusant ! L’enfant qui est en moi n’est pas mort, heureusement.
Le parcours
Saher Khanaqa-Kükelhahn, née en 1968 à Kirkouk, Irak, est psychothérapeute et dirige sa propre pratique à Brême. Depuis plus de 30 ans, elle s’investit dans des actions d’intégration bénévoles et élabore des concepts pour l’éducation à la démocratie. Son livre intitulé « Mon Moi – Mon Chez-moi » sera publié en 2025.
L’engagement
Khanaqa-Kükelhahn est également la fondatrice et présidente de l’association à but non lucratif Lichtgrenze, qui organise et met en place des mesures éducatives pour les personnes ayant une expérience de la migration. Sur scène, on peut la voir lors de soirées de théâtre d’improvisation, comme « Parlons de sexe, Fatma », ou dans la recherche du « Supermigrant », notamment dans le cadre d’un festival culturel qui se déroule actuellement à Brême.
taz : Vous insistez sur le fait que ce n’est pas psychologique, alors que vous dirigez une pratique de psychothérapie…
Khanaqa-Kükelhahn : Oui, ma pratique existant depuis 1994, j’adore ce métier, même si je ne peux plus l’exercer entièrement à cause d’autres engagements. Je trouve très gratifiant de travailler en prévention, d’intervenir avant que des personnes aient besoin de thérapie. Pour cela, je développe des concepts et les mets en œuvre à travers des projets avec des institutions et des écoles pour créer des espaces de compréhension démocratique.
taz : C’est pourquoi vous avez fondé en 2024 l’entreprise Face2Face…
Khanaqa-Kükelhahn : Oui, ainsi que l’association Lichtgrenze. Elle nous permet de demander des financements pour notre travail bénévole. La société à responsabilité limitée était nécessaire pour certifier nos formations. Auparavant, notre structure était soutenue par le Bürgerzentrum Vahr pendant 14 ans. Mais nous étions devenus trop grands ; notre département comptait plus de 100 employés, alors que le Bürgerzentrum n’avait que 9 administrateurs.
taz : Vous êtes toujours active dans le quartier de Vahr à Brême ?
Khanaqa-Kükelhahn : Oui, nous gérons la cantine pédagogique du collège Kurt-Schumacher-Allee, grâce à un contrat de cinq ans. Des femmes qui étaient au chômage y cuisinent et participent à une réinsertion sociale. L’apprentissage de la cuisine est intégré dans le programme en classe de troisième : les élèves apprennent à cuisiner avec des ingrédients biologiques frais.
Points à retenir
- Saher Khanaqa-Kükelhahn croit fermement à l’importance de la prévention dans le domaine de la santé mentale.
- Elle développe des projets innovants pour améliorer l’intégration des migrants.
- Son approche vise à créer des espaces favorisant le dialogue et la compréhension démocratique.
- Elle est convaincue que les récits personnels sont cruciaux pour le processus de guérison.
- L’initiative de cuisine pour les jeunes prouve son engagement envers l’éducation et l’autonomisation des femmes.
Aujourd’hui, alors que notre monde traverse des crises sans précédent, la nécessité d’établir des espaces de dialogue devient primordiale. Qu’il s’agisse de favoriser une compréhension mutuelle entre les cultures ou d’encourager des échanges d’histoires, chaque initiative compte. Je ressens une passion brûlante pour construire un avenir où chacun peut s’exprimer librement et où les parcours individuels sont valorisés. C’est à nous tous de veiller à ce que cette réflexion ne reste pas qu’un vœu pieux, mais qu’elle trouve un écho dans nos actions quotidiennes.
