ven. Juin 19th, 2026

Les inquiétudes mondiales concernant l’utilisation abusive de contenus synthétiques se multiplient, engendrant des problèmes psychologiques, financiers et politiques. L’intelligence artificielle peut exacerber ces abus et créer une incertitude quant à l’authenticité de ce que nous percevons. De plus, l’AI créative peut être orientée vers des fins autoritaires, ne garantissant pas toujours une utilisation démocratique.

Que faire à l’ère de l’IA ? Comment devrions-nous la contrôler ? C’est la question centrale pour l’humanité en vue d’un avenir prometteur. L’impact est à la fois social et technique, et les solutions doivent l’être également. Tandis que la manipulation de l’information mine la confiance, des réponses descendantes, comme la censure gouvernementale, affaiblissent également les fondements de la gouvernance.

Nancy Pelosi, l’ancienne présidente de la chambre des représentants des États-Unis, a visité Taïwan en 2022, période durant laquelle j’étais membre du Cabinet en charge du numérique. Nous avons fait face à de nombreuses cyberattaques, mais aussi à des manipulations d’information d’origine étrangère.

Audrey Tang. (Kyodo)

Une attaque malveillante a même remplacé un panneau publicitaire à Taipei par des messages haineux visant Nancy Pelosi. L’objectif était de provoquer la panique et de faire chuter le marché boursier. Bien que ce fut une attaque coordonnée, nous avons réussi à défendre notre position rapidement et à clarifier les faits. Ils se sont contentés de changer quelques panneaux et ont tenté de couper l’accès à certains sites, mais n’ont jamais réussi à exercer un contrôle effectif.

Lors des élections présidentielles et législatives de janvier 2024, nous avons anticipé l’apparition de deepfakes, ainsi que des attaques sur le processus de dépouillement, qui visaient à convaincre le public que celui-ci était frauduleux.

Au vu de notre expérience à Taïwan, nous avons constaté que se limiter à réfuter les fausses informations après qu’elles aient circulé n’était pas suffisant. Nous avons ainsi développé des approches proactives, appelées « pré-bunking », qui anticipent les tactiques probables, expliquent ouvertement comment sont fabriqués les deepfakes, et cultivent une résilience civique commune face à ces menaces. De plus, des délibérations telles que notre Assemblée pour l’intégrité de l’information permettent aux citoyens de co-créer des normes pour la publicité en ligne, l’authentification et la responsabilité des plateformes.

À Taïwan, nous utilisons la technologie pour rendre l’État et le gouvernement transparents vis-à-vis des citoyens. En revanche, des régimes autoritaires comme ceux de la Chine et de la Russie exploitent l’IA pour rendre les gens transparents envers l’État, illustrant ainsi une transparence inversée.

Le discours autoritaire soutient toujours que « la démocratie mène au chaos, à la polarisation et à un manque de confiance ». Dans ce contexte, il convient de rappeler qu’un médecin en Chine a découvert une « pneumonie inconnue », qui sera plus tard identifiée comme le COVID-19, et a alerté sa communauté fin 2019. Le gouvernement local l’a accusé de répandre un « mensonge », et malheureusement, il est décédé du virus.

Sans un journalisme indépendant et la liberté d’expression, de nombreux problèmes peuvent émerger. Il ne s’agit pas uniquement d’un manque d’information pour les citoyens ordinaires, mais aussi d’une incapacité des décideurs à percevoir la réalité dans toute sa complexité, ce qui peut les mener à prendre de mauvaises décisions. Une telle situation est inquiétante pour la société.

Les médias établis et le journalisme, qui vérifient les faits en premier lieu, jouent un rôle critique dans la société à l’ère de l’IA.

Il est essentiel de ne pas concentrer trop de pouvoir, ce qui requiert une redéfinition de la gouvernance et l’intégration de technologies de protection de la vie privée. Le gouvernement doit être responsable sans pour autant sacrifier la vie privée des citoyens.

Grâce à un engagement public proactif, une provenance transparente, une gouvernance collaborativa et des outils open-source pour bâtir la confiance et la sécurité, nous pouvons aligner les nouvelles technologies avec des principes démocratiques. Ainsi, nous préservons l’intégrité des élections et la confiance qui soutiennent la démocratie elle-même. Le gouvernement fait confiance aux citoyens, et en retour, ceux-ci accordent leur confiance au gouvernement.

Je qualifie l’IA d’intelligence assistive, semblable à une paire de lunettes, que nous pouvons guider et orienter. Cette orientation, que j’appelle pluralité, implique une collaboration au sein de la diversité, au travers de différentes cultures et idées, qui constituent la force de notre société.

L’IA devrait être orientée pour faciliter une écoute et une communication élargies entre régions et générations, de sorte que des personnes parlant différentes langues puissent bénéficier de traductions ou résumés en temps réel, faisant en sorte que chaque langue soit perçue comme une langue maternelle. Une telle communication renforcée pourrait non seulement favoriser des idées créatives, mais également enrichir la démocratie.

Quant à la singularité, il s’agit d’un point temporel hypothétique où l’IA serait si avancée qu’elle provoquerait un changement dramatique et irréversible pour la civilisation. On parle alors d’un développement de l’IA d’une puissance incompréhensible, rendant l’humanité impuissante à changer son comportement.

Je répète souvent que la singularité est proche, mais la pluralité est déjà là. Cela signifie que si la singularité est toujours à nos portes, privilégier la pluralité est une meilleure voie à suivre, et cela est déjà en cours. Nous pouvons continuer à utiliser l’IA pour encourager cette pluralité.

(Article original rédigé par : Audrey Tang)


À lire également :

OPINION : Les risques d’un « épée à double tranchant » dans la guerre militaire liée à l’IA


Points à retenir

  • La manipulation et la désinformation sont des menaces croissantes à l’ère numérique, nécessitant des approches proactives.
  • L’autonomie des médias et la vérification des faits sont essentielles pour maintenir un cadre démocratique fort.
  • La transparence du gouvernement doit être équilibrée avec la protection de la vie privée des citoyens.

Dans cette réalité complexe, il est crucial de réfléchir à la manière dont nous pouvons soutenir une société informée tout en naviguant dans un monde dominé par l’intelligence artificielle. La collaboration entre différentes cultures et idées pourrait s’avérer être une clé pour affronter les défis à venir et favoriser un progrès véritablement démocratique.


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit
2 thoughts on “L’intelligence artificielle, clé d’une démocratie améliorée !”
  1. L’importance de la transparence et de la diversité dans l’utilisation de l’IA me touche profondément. C’est grâce à l’harmonie des voix que nous pourrons bâtir un avenir meilleur.

  2. C’est fascinant de voir comment l’IA peut à la fois aider et menacer notre démocratie. La transparence et la collaboration sont effectivement essentielles pour avancer ensemble, non ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *