Parfois, un débat ennuyeux refait surface sur les réseaux sociaux : les scènes de sexe sont-elles réellement nécessaires au cinéma ? On nous dit que la génération Z en veut moins. Pourtant, les films en lice pour les prix cette saison semblent confirmer le contraire : oui, le sexe est fondamental au cinéma.
Les films en question regorgent de scènes de sexe. Par exemple, “Anora” se concentre sur une travailleuse du sexe, dont l’activité est au cœur du récit. “Babygirl” quant à lui, explore les désirs que sa protagoniste ressent comme honteux. Même “Nosferatu” traite en grande partie de sexualité : le récit de Robert Eggers sur ce classique des vampires tourne autour des désirs de la proie du comte mort-vivant, Ellen.
Cependant, aucune des scènes de sexe dans ces films récents n’est on ne peut plus limpide sur le plan émotionnel. La stimulation qu’elles peuvent susciter est accompagnée d’un astérisque : les réalisateurs utilisent ces moments pour explorer les dynamiques de pouvoir complexes entre les personnages. Ces scènes visent à susciter la discussion, plutôt que la convoitise. Parmi celles-ci, cinq se démarquent particulièrement :
‘Anora’ : Le Quickie
La première moitié de “Anora”, réalisé par Sean Baker, se déroule en de nombreux points comme une comédie romantique traditionnelle. Un couple improbable — la travailleuse du sexe Ani (Mikey Madison) et l’héritier oligarchique Ivan (Mark Eydelshteyn) — se rencontre puis se marie rapidement. Mais leurs scènes de sexe sont loin d’être romantiques. Elles sont presque entièrement orientées vers l’humour. Pour illustrer cela, prenons la première fois qu’Ani se rend au manoir d’Ivan. La relation est transactionnelle — après tout, il paye pour cela — mais elle est aussi extrêmement rapide.
Madison a suscité la controverse en déclarant à Variety qu’elle avait choisi de ne pas faire appel à un coordinateur d’intimité sur le plateau. Dans une interview avec un média respecté, elle a décrit ce travail davantage comme des “scènes de sexe” que comme de véritables scènes d’intimité. Ce qui se reflète à l’écran : l’acte lui-même ne dure qu’environ 10 secondes. Ivan atteint l’orgasme trop rapidement et Ani réprime un rire. La scène se termine alors qu’Ivan s’installe devant la télévision. Il est satisfait ; pour elle, c’est juste un jour de plus au bureau. Cette interaction fait presque office de gag, et le public est censé sourire.
Baker établit ici des dynamiques déséquilibrées. Ani a une bien plus grande expérience sexuelle, mais cela ne compense pas le fait qu’en raison de la richesse d’Ivan, elle est entièrement à sa merci. Ani ne se rend pas compte de cette réalité au début, mais lorsque la situation tourne au vinaigre dans la seconde moitié du film et qu’Ivan s’enfuit au premier signe de menace de ses parents, elle prend conscience du peu de contrôle qu’elle a sur lui.
‘Nosferatu’ : La Finale
La grande finale de “Nosferatu”, réalisé par Robert Eggers, a suscité le débat depuis la sortie de son film le mois dernier : s’agit-il d’un moment twistéement romantique ? Ou est-ce brutalement horrible ? Ou quelque chose entre les deux ?
Alors que la peste s’étend dans sa ville, Ellen (Lily-Rose Depp) réalise que le seul moyen d’arrêter le règne de terreur du comte Orlok (Bill Skarsgard) est de se sacrifier pour lui. Cela implique de rester avec lui jusqu’à l’aube. Pendant que son mari se lance dans une chasse aux vampires, elle enfile une robe de mariée et accueille Orlok dans sa chambre. Elle se déshabille, et alors qu’il plonge ses dents dans sa poitrine, elle semble atteindre un état d’extase. Lorsque le soleil commence à se lever, elle caresse à nouveau son visage. Allongés morts l’un dans les bras de l’autre, entourés de fleurs, le corps desséché d’Orlok repose sur elle, encore jeune ; ils ressemblent moins à des vilains qu’à des amants tragiques.
Bien sûr, le fait qu’Orlok soit un suceur de sang vieux de plusieurs siècles et qu’Ellen soit une jeune femme soulève des questions de consentement, d’autant plus qu’il a possédé son esprit et son corps. Mais Eggers rend clair qu’elle agit ici de sa propre volonté, et que son désir ne peut pas être facilement défini. Lorsqu’elle a rencontré Orlok par le passé, elle a ressenti du plaisir avec lui ; c’est également vrai lors de leur dernier étreinte.
‘Babygirl’ : La Rencontre dans un Hôtel Louche
Dans “Babygirl”, réalisé par Halina Reijn, lorsque Romy (Nicole Kidman) et Samuel (Harris Dickinson) se retrouvent pour la première fois dans une chambre d’hôtel, ils n’ont aucune idée de ce qu’ils sont en train de faire. Romy, PDG d’une entreprise de robotique, semble incrédule d’être dans cet endroit, habillée d’un top transparent. De son côté, Samuel est tout aussi perplexe alors qu’il tente d’adopter la domination qu’il a perçue, à juste titre, que Romy désire. Tous deux semblent trouver leur situation quelque peu drôle. La presque totalité de la scène est consacrée aux préliminaires, jusqu’à ce que Reijn se concentre sur le visage de Kidman allongée sur le tapis, alors que Samuel glisse sa main sous sa jupe.
Le script de Reijn souligne la nature confuse de leur interaction. Romy est consciente qu’elle pourrait être perçue comme exploitant Samuel. Après tout, elle est plus âgée et littéralement son patron. Elle essaie de maintenir cette apparence d’autorité, le réprimandant pour son audace. Cependant, la réponse de Samuel constitue une provocation : s’il révélait ce qui se passe, elle pourrait perdre sa famille et son emploi. Mais Reijn maintient Romy dans une position de pouvoir. Ce plan de son visage alors qu’elle atteint l’orgasme prouve que, bien qu’elle apprécie qu’on lui dicte des pratiques sexuelles, l’acte même de recevoir du plaisir est une forme d’autonomisation pour elle. Il y a de la honte, mais aussi un sentiment de triomphe.
La désespérance se dégage de chaque image de la première rencontre sexuelle entre Lee (Daniel Craig), un écrivain alcoolique, et Allerton (Drew Starkey), le jeune objet de sa fascination, dans “Queer” de Luca Guadagnino.
En 1950, à Mexico, le distant Allerton, chez Lee pour la première fois après une nuit de boissons, vomit dans ses toilettes, puis s’assoit sur le lit. Dans son état d’ivresse, il invite Lee à exprimer son envie. Lee saisit cette occasion pour lui faire une fellation. Guadagnino met en scène cela comme si Lee adorait le personnage de Starkey. Lee se laisse aller physiquement, mais Allerton le domine d’un regard mêlant désir, pitié et autorité. Lorsque Allerton lui rend la faveur, il le surplombe, marquant ainsi le contrôle total qu’il exerce sur Lee.
C’est un regard qui révèle le lien fragile entre ces deux personnages. Allerton garde Lee à distance et ce dernier le poursuit avec voracité. Ce moment précoce que nous observons est chargé de désir, et bien qu’il ne soit pas totalement unilatéral, il est rempli de déséquilibres qui perturbent notre compréhension. Et symboliquement, pourquoi tant de vomi ? Allerton avait-il besoin de purger avant de laisser Lee agir ?
‘Challengers’ : La Scène de Baisers à Trois
Une critique que j’ai entendue à propos de “Challengers” est que, bien que le film soit qualifié de sexy, il n’y a pas tant de scènes de sexe réelles. En fait, il n’est clairement indiqué qu’une seule fois qu’un rapport a lieu : quand Tashi (Zendaya) s’unit à son ex, Patrick (Josh O’Connor), dans sa voiture, la veille de son match contre son mari, Art, qui est également son ancien meilleur ami (Mike Faist). Même lors de cette rencontre, les moments les plus explicites se déroulent hors champ. Je soutiendrais que ce manque de scènes sexuelles explicites est intentionnel — le réalisateur, Luca Guadagnino, a réservé l’énergie érotique la plus intense pour le court de tennis.
À l’exception de la scène très discutée au début du film, lorsque Tashi, Patrick et Art, encore adolescents, se retrouvent dans une chambre d’hôtel pendant l’US Open. Elle invite les garçons à s’asseoir de part et d’autre d’elle et commence à les embrasser. Elle leur demande ensuite de l’embrasser dans le cou en même temps, puis finit par presser leurs visages l’un contre l’autre tout en restant en arrière avec un sourire malicieux. Ils se perdent dans l’instant jusqu’à ce qu’elle rompe le charme. Pour elle, le sexe est un jeu, tout comme ce sport où elle excelle.
Bon à savoir
- Le débat autour des scènes de sexe dans le cinéma contemporain est souvent influencé par les préférences des nouvelles générations.
- Les réalisateurs actuels cherchent à revisiter les dynamiques de pouvoir à travers les rapports sexuels, ce qui enrichit la narrative de leurs films.
- Les films cités ne se limitent pas simplement à des représentations de sexe, mais explorent aussi des thèmes de consentement, d’autorité, et de désir.
- Le cinéma ne cesse d’évoluer en intégrant des perspectives variées sur les relations humaines et la sexualité.
En abordant ces œuvres, on réalise que le sexe au cinéma peut révéler bien plus que de simples désirs physiques. Cela nous pousse à repenser notre compréhension des dynamiques interpersonnelles, des rôles de pouvoir et des émotions humaines. Comment ces représentations façonnent-elles notre perception de l’intimité dans la vie réelle ?
Ces films montrent comment le sexe peut révéler des relations complexes. C’est précieux de voir ces dynamiques émotionnelles au cinéma, elles parlent de notre réalité.
Ces films montrent que le sexe peut être bien plus qu’un simple acte. Ils invitent à réfléchir sur les émotions et le pouvoir, ce qui est fascinant!