
Cette initiative représente un pas majeur en Asie du Sud-Est pour atténuer les répercussions négatives de la digitalisation sur les adolescents.
Renforcement des restrictions d’accès.
Selon des règlementations adoptées en mars, les enfants de moins de 16 ans en Indonésie ne peuvent pas posséder de comptes sur des plateformes populaires telles que YouTube, TikTok, Facebook, Instagram, Threads, X, Bigo Live ou Roblox. La mise en œuvre des règles se fera progressivement jusqu’à ce que toutes les plateformes s’y conforment entièrement.
Lors d’une conférence de presse le 27 mars, le ministre indonésien de la Communication et de la Technologie numérique, Meutya Hafid, a annoncé que certaines plateformes avaient déjà commencé à prendre des mesures. Le réseau social X s’est engagé, à partir du 28 mars, à identifier et à désactiver les comptes d’utilisateurs mineurs. Roblox travaille également au développement d’un mode hors ligne pour les utilisateurs de moins de 13 ans, afin de limiter l’accès à Internet.
Meutya a souligné que les entreprises technologiques en Indonésie n’ont d’autre choix que de se conformer à la loi. Le gouvernement se concentre en ce moment sur la promotion du respect de la législation, plutôt que sur la technologie parfois contestée pour la vérification d’âge.
Selon des estimations antérieures, environ 70 millions d’enfants en Indonésie pourraient être concernés par cette réglementation, dans un pays comptant environ 280 millions d’habitants.
Équilibrer protection et éducation.
Bien qu’il y ait une forte détermination, les responsables indonésiens reconnaissent que l’application des règles ne sera pas simple. Les plateformes doivent non seulement détecter les comptes à désactiver, mais aussi les signaler, ce qui nécessite une infrastructure technique significative et une collaboration étroite.
« C’est certainement une tâche difficile. Mais nous devons agir pour protéger les enfants », a déclaré Meutya.
Les plateformes considérées comme à haut risque seront évaluées en fonction de la probabilité que les enfants entrent en contact avec des inconnus et des contenus nuisibles, ainsi que des risques de détournement de données ou de fraude. Cela place les réseaux sociaux et les plateformes interactives au centre des mesures réglementaires.
La nouvelle politique a suscité des réactions diverses au sein de la société. Certains enfants regrettent de devoir renoncer à leurs activités de loisirs habituelles. La jeune Maura Munthe, 13 ans, a exprimé qu’elle passe environ quatre heures par jour sur les réseaux sociaux et qu’elle est « plutôt d’accord, mais pas entièrement » avec ces nouvelles règles.
« Je pourrais jouer à d’autres jeux ou passer plus de temps avec mes amis », a-t-elle déclaré, montrant ainsi un certain degré d’adaptation à ce changement.
En revanche, de nombreux parents soutiennent vivement cette nouvelle politique. Leni Sinuraya, la mère de Maura, affirme que les enfants d’aujourd’hui sont trop dépendants de leur téléphone et des réseaux sociaux.
« Ils refusent de manger sans leurs téléphones et deviennent même en colère si on les en empêche », précise-t-elle, soulignant que les repas en famille devraient être un moment de rencontres réelles, plutôt que de rester collés à un écran.
Les experts, quant à eux, expriment des avis nuancés. Diena Haryana, fondatrice de l’organisation de protection de l’enfance SEJIWA à Jakarta, affirme que les réseaux sociaux offrent à la fois des avantages éducatifs et des risques psychologiques potentiels, tels que l’anxiété et la dépression. Selon elle, le problème ne réside pas seulement dans les restrictions, mais aussi dans la manière dont les enfants sont guidés pour utiliser la technologie au bon âge et sous supervision.
« Les enfants ont besoin d’accès à la technologie au bon moment et avec les bonnes instructions », explique-t-elle, tout en prévoyant initialement des réactions négatives de la part des enfants et des parents concernant cette directive.
Il est attendu que les écoles et les familles jouent un rôle clé dans l’accompagnement des enfants lors de leur transition entre le monde de l’apprentissage et celui du jeu, tout en leur permettant de maîtriser des activités dans la vie réelle.
Tendance mondiale : renforcement des restrictions sur les réseaux sociaux.
L’Indonésie n’est pas le seul pays à adopter cette approche. L’Australie a été pionnière en instaurant des restrictions sur les réseaux sociaux pour les enfants à partir de fin 2025, entraînant la désactivation d’environ 4,7 millions de comptes. Plusieurs pays européens, dont l’Espagne, la France et le Royaume-Uni, envisagent également de mettre en œuvre des mesures similaires.
Diverses plateformes technologiques ont exprimé leur volonté de collaborer. YouTube a annoncé son soutien aux efforts du gouvernement indonésien pour établir un cadre réglementaire basé sur les risques et a déclaré sa participation à un mécanisme d’auto-évaluation visant à garantir la sécurité des utilisateurs.
TikTok, de son côté, a affirmé son intention de travailler étroitement avec les autorités pour mettre en place des mesures concernant les comptes d’utilisateurs de moins de 16 ans.
L’Indonésie se positionne ainsi comme l’un des pays leaders de la région en matière de régulation du numérique pour les enfants, face à une inquiétude croissante concernant les effets néfastes des réseaux sociaux sur les jeunes générations.
Points à retenir
- Une réglementation récemment adoptée en Indonésie interdit aux enfants de moins de 16 ans d’avoir des comptes sur plusieurs plates-formes populaires.
- Environ 70 millions d’enfants pourraient être touchés par ces nouvelles règles.
- Les entreprises technologiques doivent se conformer aux lois indonésiennes sur la protection des mineurs.
- Les parents et les écoles ont un rôle essentiel à jouer dans l’accompagnement des enfants dans leur utilisation des nouvelles technologies.
- La situation soulève un débat sur l’équilibre entre la protection des enfants et l’accès à la technologie à des fins éducatives.
En tant qu’observateur de l’évolution des dynamiques familiales et sociales, je trouve fascinant de voir comment ces mesures peuvent transformer non seulement l’expérience numérique des enfants, mais aussi les interactions familiales. Il sera intéressant de suivre comment ces changements affecteront les comportements des jeunes et des parents à l’ère numérique. Cela pourrait bien redéfinir la manière dont nous percevons l’éducation et la technologie dans notre société.