Un objet provenant d’au-delà de notre système solaire fonce vers le Soleil à la vitesse impressionnante de 61 km/s.
Détecté pour la première fois en juillet, ce visiteur interstellaire, baptisé 3I/Atlas, est seulement le troisième objet de ce type jamais observé, après ‘Oumuamua en 2017 et 2I/Borisov en 2019.
La communauté scientifique est en alerte depuis que le télescope spatial Hubble a capturé une image de ce curieux passager venu d’ailleurs, permettant aux chercheurs d’étudier sa taille et sa composition chimique avec une rare précision.
« Nous n’avons jamais eu l’occasion d’étudier un objet pareil », souligne la Dre Rebecca Allen, co-directrice de l’Institut de Technologie Spatiale et Industrielle de Swinburne.
Qu’est-ce que 3I/Atlas ?
« Nous ne savons pas exactement d’où il vient, mais il est certain qu’il est originaire de l’extérieur de notre système solaire », explique la Dre Laura Driessen, radioastronome à l’Université de Sydney.
Son nom vient de plusieurs éléments : « i » pour interstellaire, « 3 » car il s’agit du troisième objet détecté de ce type, et « Atlas » du réseau de télescopes qui l’a repéré, le système d’alerte précoce d’impacts terrestres d’astéroïdes.
Bien que certains aient évoqué la possibilité d’une incursion extraterrestre, les scientifiques s’accordent à dire que 3I/Atlas est probablement une comète. Souvenez-vous des spéculations autour de ‘Oumuamua, que des astronomes ont scruté à la recherche de signaux radio avant de conclure qu’il ne s’agissait pas d’un engin alien.
« Rien ne suggère que 3I/Atlas soit autre chose qu’un simple caillou spatial venant d’une autre étoile », conclut Driessen. « Ce qui, pour être honnête, est déjà fascinant. »
Pourquoi cet objet passionne-t-il les scientifiques ?
Sur l’image prise par Hubble, 3I/Atlas ressemble à une « boule de neige floue », décrit Allen. Son aspect est dû à la coma, ce nuage de poussière et de gaz qui se forme lorsqu’une comète se réchauffe au contact des rayons du Soleil, accompagné d’une possible queue de comète.
Les signatures chimiques de cette coma — éléments et molécules venus d’un autre système stellaire — deviendront plus évidentes à mesure que l’objet se rapprochera du Soleil, précise Allen.
« Grâce à la spectroscopie, nous pouvons analyser la lumière émise ou réfléchie par cet objet pour déterminer sa composition exacte. Cette comète provient-elle d’un système solaire aux conditions proches des nôtres, ou au contraire d’un environnement très différent ? »
Les chercheurs ont déjà estimé que le diamètre de 3I/Atlas mesurerait au maximum 5,6 km, et pourrait même être aussi petit que 320 mètres.
Quelle trajectoire pour 3I/Atlas ?
L’objet file à plus de 200 000 km/h, poursuit Allen.
« Il traversera le système solaire interne, entre l’orbite de Mars et celle de la Terre, avant de passer près du Soleil. Il suit une orbite hyperbolique, ce qui signifie qu’il n’est pas capturé par la gravité solaire — il est trop rapide et s’échappera de notre système. »
Cette origine interstellaire distingue 3I/Atlas des autres comètes gravitant autour du Soleil, comme la célèbre comète de Halley, rappelle Con Stoitsis, directeur de la section comètes et météores de la Société Astronomique de Victoria.
On estime que le point le plus proche du Soleil sera atteint entre octobre et décembre, à environ 210 millions de kilomètres, avant que l’objet ne s’éloigne à nouveau dans l’espace profond.
Selon la NASA, 3I/Atlas passera au plus près de la Terre à environ 270 millions de kilomètres.
« Il est difficile de prévoir sa trajectoire finale avant qu’il ne réapparaisse après son passage solaire, puis ne s’engage vers l’extérieur du système », précise Stoitsis.
Peut-on voir la comète ?
Pour l’instant assez faible, la luminosité de la comète devrait augmenter à mesure qu’elle se rapprochera du Soleil, ce qui la rendra visible avec la plupart des grands télescopes amateurs, signale Stoitsis.
Cependant, 3I/Atlas ne brillera jamais comme certaines comètes exceptionnelles que l’on aperçoit plusieurs fois par an avec des jumelles ou un petit télescope. « Il restera probablement une sorte de flou », prévient-il. « Sans équipement conséquent, impossible de la distinguer clairement. »
Points à retenir
- 3I/Atlas est le troisième objet interstellaire détecté à ce jour, après ‘Oumuamua et 2I/Borisov.
- Son origine en dehors du système solaire est confirmée, même si sa provenance exacte demeure inconnue.
- Objectivement, il s’agit vraisemblablement d’une comète, avec une coma et une queue caractéristiques.
- L’étude de sa composition chimique via spectroscopie pourrait révéler des informations sur les conditions d’autres systèmes planétaires.
- La trajectoire hyperbolique de 3I/Atlas lui permettra de traverser notre système solaire interne sans s’y arrêter, avant de repartir vers l’immensité cosmique.
- Cette visiteuse reste discrète en termes de visibilité, accessible seulement aux amateurs bien équipés.
En somme, voilà une nouvelle occasion pour la communauté scientifique de scruter de très près un témoin extraterrestre du vaste univers et d’en apprendre un peu plus sur la diversité des corps cosmiques. Il est fascinant de constater à quelle vitesse nous avons progressé dans la détection de ces objets lointains, mais aussi un brin cocasse d’imaginer que malgré tous nos télescopes dernier cri, nous ne pouvons toujours pas assurer une place au spectacle pour tout le monde. Après tout, si un jour une comète venait nous saluer en direct sur Instagram, espérons qu’elle ne soit pas trop timide… ou qu’elle ait une meilleure connexion que nous !