La Formule 1 roule à Monza. Pasta, pizza et chevaux-vapeur. Et bien sûr, beaucoup de Michael Schumacher. Luigi Montanini (72 ans) cuisinait alors pour Schumi… et est devenu un proche confident.
Quand l’odeur de l’essence flottait dans l’air de la Formule 1, celle de Luigi Montanini, elle, mêlait tomate fraîche, ail et pâtes. Depuis des décennies, tout le monde l’appelle « Pasticcino » – le petit biscuit devenu le plus grand chef de la Formule 1.
Ce fut Enzo Ferrari lui-même (†1988) qui, à la fin des années 70, lança cette phrase restée célèbre : « Les mécaniciens travaillent mieux quand ils mangent bien ». Et c’est ainsi que Luigi fut envoyé dans le paddock pour prendre en charge la restauration.
Ce simple Italien armé de sa louche a inventé l’hospitalité dans l’univers du paddock et est aujourd’hui une figure incontournable des Grands Prix.

Un coup de foudre à la première bouchée
En 1991, Luigi quitte Ferrari pour Benetton et fait la connaissance d’un jeune Allemand promis à un grand avenir en Formule 1 : Michael Schumacher (56 ans).
« J’ai rencontré Michael dès son premier jour dans le paddock, à Spa », se souvient Luigi. « Tout le monde remarquait sa rapidité, même en cuisine. Flavio Briatore a été le premier à le recruter pour Benetton. »
De ce jour naît un lien indéfectible, scellé autour d’un plat de pâtes.
Schumi et sa passion pour les pâtes simples
La langue ? Un savant mélange d’italien dialectal et de quelques mots en anglais. « Au début, son italien était encore maladroit, mais il apprenait à chaque repas », raconte Luigi.
Et dans l’assiette ? Rien de sophistiqué. « Il adorait les spaghettis Barilla à la sauce tomate et ma minestrone », précise-t-il.
Rapidement, toute la pit-lane vint chercher ses plats chez Luigi. Sa petite cuisine était devenue le sanctuaire gourmand des stars. « Beaucoup vennaient me voir parce que les autres équipes ne faisaient pas de si bonnes pâtes. C’était comme une grande réunion de famille », confie-t-il.
Les demandes spéciales ? Oubliées. « J’étais le chef. Je cuisinais, et les pilotes mangeaient ce que je servais. »
Michael Schumacher était inflexible : « Pas de carbonara, pas de crème. Juste des tomates fraîches et des pâtes saines. Parfois, un roastbeef – ce mets était la spécialité d’Ayrton Senna. »

La fidélité à « Pasticcino » même chez Ferrari
Quand Michael rejoignit Ferrari en 1996, Luigi était bien plus qu’un cuisinier — il était devenu un confident. « Même s’il roulait pour Ferrari, il venait toujours manger chez moi. Ça me faisait très plaisir », sourit-il.
Il évoque aussi l’amour de Michael pour une autre cuisinière : « Il me parlait souvent de Rosella, la chef de son restaurant préféré à Maranello. Rosella et moi sommes de proches amies, et nous avons bien pris soin de lui. »
Une maladie difficile, mais une passion intacte
La vie ne l’a pas épargné. Il y a plus de 20 ans, Luigi a été touché par un cancer du larynx. « J’ai laissé ma gorge à l’hôpital », raconte-t-il d’une voix rauque. Mais rien n’a pu entamer sa passion pour la bonne cuisine.

Aujourd’hui, Luigi continue de cuisiner dans son restaurant « Da Pasticcino », en périphérie de Maranello. Entouré de onze collaborateurs, son plat phare reste les tortellinis à la crème et au parmesan. Avec un clin d’œil, il confie : « C’est quelque chose que Michael n’aurait jamais mangé. »
Points à retenir
- Luigi Montanini, surnommé « Pasticcino », a été un pionnier de la restauration dans les paddocks de Formule 1, alliant cuisine italienne traditionnelle et univers du sport automobile.
- Enzo Ferrari lui-même avait compris l’importance d’une bonne alimentation pour la performance des équipes.
- Le lien forgé entre Luigi et Michael Schumacher va bien au-delà de la simple relation chef-client, fondé sur une passion commune pour des plats simples et authentiques.
- La cuisine de Luigi a su rassembler plusieurs légendes de la course, notamment Ayrton Senna, autour de recettes épurées et terriblement efficaces.
- Malgré un cancer du larynx, Luigi a conservé intacte sa passion pour la gastronomie et continue à faire vivre la tradition culinaire dans son restaurant.
Au-delà de la vitesse, de l’adrénaline et des moteurs rugissants, cette histoire rappelle que parfois, ce sont les plaisirs simples — une assiette de pâtes, un geste amical — qui forgent les plus belles alliances. Alors, qui aurait cru qu’au cœur du paddock, le secret du succès se trouvait dans une poêle à pâtes plutôt qu’un moteur ? Je me demande bien si Lewis Hamilton aurait gardé son calme s’il avait goûté la minestrone de Luigi… Mais bon, au fond, on lui laisse la place sur la piste, tant qu’il ne vient pas voler la recette !