jeu. Juil 16th, 2026

La première fois que j’ai entendu le mot “égoïste”, c’était en regardant l’anime de sport shonen Blue Lock. Ce fut une introduction solide à un tournoi de soccer où les têtes brûlées s’affrontent. Cependant, tout ce que Blue Lock avait à offrir me semblait insignifiant après avoir terminé le chef-d’œuvre souvent méconnu The Climber, une histoire brutale et transcendantale sur le fait que parfois la détermination et l’illumination arrivent trop tard pour sauver ceux déjà détruits par leurs propres compulsions.

Contrairement à une simple anthologie sur le sport, The Climber, écrit par Jirō Nitta et adapté en manga par Shin-ichi Sakamoto, s’intéresse à un groupe d’escaladeurs et aux victoires illusoires de leurs impulsions, notamment celles du protagoniste Mori Buntarō. Lors de notre première rencontre avec Mori, qui s’inspire d’un personnage réel, Katō Buntarō, il est un nouvel étudiant aigri déjà partiellement déconnecté de l’humanité. Après une rencontre avec un camarade ayant grimpé le toit de l’école pour se moquer de lui, Mori décide de répéter l’exploit, sans corde d’assurage, créant l’effroi parmi ses camarades. Ce moment de bravoure le propulse dans une quête incessante pour l’escalade, que le manga présente comme sa prétendue salvation.

Mori possède tous les attributs typiques d’un protagoniste de shonen : un rival qui était autrefois son bourreau, un mentor sous la forme de son professeur principal et une jeune fille qui l’encourage. Tout semble désigner un chemin vers la rédemption. Pourtant, l’escalade ne le sauve pas ; elle l’enfonce davantage en lui-même. Mori souhaite être un grimpeur solo, sans la sécurité de la corde d’assurage. Au fil des chapitres, présentés comme des “ascensions”, le manga explore avec une patience brutale sa descente psychologique, depuis l’abandon scolaire jusqu’à une vie d’adulte isolée et obsessive, il devient ainsi le “grimpeur immortel”.

Ce qui rend The Climber si fascinant, c’est sa capacité à démontrer que la logique de la terre ne s’applique pas à celle de la montagne. Ici-bas, couper la corde d’assurage est impensable. En montagne, si la survie implique de couper ce lien pour ne pas mourir avec son partenaire, il faut trancher. Le manga ne dramatise jamais ce choix ; il présente simplement la réalité d’un monde où survivre exige des choix que quiconque, non résigné au risque mortel de l’ascension, n’aurait jamais voulu considérer.

Pour garder les lecteurs ancrés sans ralentir le rythme, chaque volume inclut un glossaire des termes d’escalade, mélangé avec des interviews de véritables grimpeurs qui expliquent leur passion. Toutefois, comme le souligne le manga, savoir se couper une oreille ne fait pas de vous un artiste reconnu. The Climber interroge la question du “Pourquoi fais-tu cela ?”, commune dans d’autres œuvres comme Look Back, mais ici, les personnages sont souvent trop loin pour envisager une rédemption autre que destructrice. Les véritables égoïstes, soutient le manga, sont ceux qui ne se préoccupent que d’eux-mêmes, et The Climber en présente de nombreux exemples.

Aucune intrigue ne résume mieux les ambitions et l’orgueil d’un égoïste que l’escalade du K2, l’une des montagnes les plus hautes et les plus dangereuses au monde. Avec un ratio de 1 décès pour 4 ascensions depuis 2021, il est peu probable que les personnages de The Climber réussissent à atteindre le sommet sans sacrifier leurs compagnons.

The Climber illustre des scènes où l’art est plus parlant que des dialogues. Pendant 170 chapitres, il capture la véritable dévastation d’une avalanche, non pas comme un nuage de poudre, mais comme une force de la nature saisissante. Cette langage visuel éveille en vous une prise de conscience de la dangerosité de l’escalade. Le style de Sakamoto oscille entre le réalisme magique et la douleur brute que ses personnages endurent sur la montagne.

Manga panel de The Climber montrant Mori portant un rocher sur son dos.
(Image : Viz Media)

La réponse du manga à la question “Pourquoi fais-tu cela ?” est finalement simple. Mori ne grimpe pas par passion ou pour être le meilleur, mais parce qu’il ressent le besoin d’aller où son instinct le mène. Souvent, le chemin qui demande le plus de courage est celui que l’on doit prendre, que ce soit au sommet d’une montagne périlleuse ou en bas, où l’on attend le retour de ceux que l’on aime.

Points à retenir

  • Protagoniste complexe : Mori Buntarō évolue d’un adolescent désabusé à un personnage émouvant.
  • Nature de l’escalade : Le manga explore les défis psychologiques et physiques de l’escalade.
  • Symbolisme fort : L’escalade représente à la fois un défi et une recherche d’identité.
  • Tension dramatique : La lutte pour la survie en montagne est au cœur du récit.
  • Artisanat visuel : Sakamoto utilise un style puissant pour transmettre les émotions des personnages.

En conclusion, The Climber nous interroge sur nos propres motivations et sur les sacrifices que nous sommes prêts à faire pour suivre nos passions. La question demeure : qu’est-ce qui nous pousse à affronter nos propres montagnes, qu’elles soient réelles ou métaphoriques ? C’est à chacun de réfléchir à cette quête, à l’instar de Mori, qui nous invite à découvrir notre propre chemin, même lorsqu’il est semé d’embûches.


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