Le manga de romance de Hisaya Nakajo, Hana-Kimi, publié entre 1996 et 2004, a séduit plus de 17 millions de lecteurs au Japon. Ce succès fulgurant s’est également étendu à son arrivée en Amérique du Nord, faisant de Hana-Kimi une référence incontournable dans la catégorie shōjo. Cette série est appréciée pour de nombreuses raisons, mais elle a surtout popularisé un trope romantique inspiré des pièces de William Shakespeare, notamment Comme il vous plaira et Twelfth Night, centrant son intrigue sur des échanges de genre par le travestissement.
Ces pièces shakespeariennes utilisent ce trope pour atteindre divers objectifs : Rosalind se déguise en Ganymede pour se protéger dans Comme il vous plaira, tandis que Viola se fait passer pour un homme afin d’entrer au service d’un duc dans Twelfth Night. Dans Hana-Kimi, la jeune Mizuki Ashiya prétend être un garçon pour une raison beaucoup plus simple : elle s’inscrit dans un lycée masculin japonais pour se rapprocher de son béguin, Izumi Sano, qui reste sourd à ses intentions.
Bien que Hana-Kimi puisse sembler moins distinctif aujourd’hui, il a établi un précédent marquant avec son concept central, désormais exploré dans des œuvres emblématiques telles que Ouran High School Host Club et Uwasa no Midori-kun!!. À la fin des années 90, ce manga représentait une bouffée d’air frais, rompant avec les conventions traditionnelles du genre romantique qui opposent souvent la féminité passive à la masculinité traditionnelle. Plus important encore, il met en avant une protagoniste non conventionnelle : Mizuki, qui se lance à la poursuite de son homme en défiant les normes de genre et les attentes sociétales. Le ton est léger, intime et divertissant, Nakajo dépeignant les hauts et les bas de l’adolescence à travers les péripéties amusantes de Mizuki à l’Académie Ohsaka.

Image : Signal. MD / Crunchyroll
Une telle histoire évocatrice semble être faite pour une adaptation en anime, d’où l’impatience des fans depuis 1996. Le manga de Nakajo a été adapté à l’écran à trois reprises, mais toutes étaient des productions en live-action. En 2024, Aniplex, le studio derrière Black Butler et Naruto, a annoncé un anime Hana-Kimi, qui a fait ses débuts le 4 janvier, avec la promesse de donner vie aux magnifiques panneaux du manga. Malheureusement, l’anime présente un style artistique décevant et perd de son charme après ses deux premiers épisodes. Quatre épisodes plus tard, l’histoire peine à captiver, malgré le potentiel évident de sa configuration comique romantique.
Il est également intéressant de noter que le style artistique de Nakajo est représentatif du shōjo de son époque, avec des visages exagérés et angulaires que les personnages arborent, des proportions parfois étranges mais charmantes stylistiquement. Les arrière-plans s’avèrent luxuriants, peuplés de délicates fleurs et de bordures brodées pour souligner les aspects romantiques du récit. Cette beauté discrète ne se retrouve pas du tout dans l’anime, qui privilégie des arrière-plans stériles sans aucune touche distinctive. Les modèles de personnages de Mizuki, Sano et de leurs amis d’école ne profitent pas de cette esthétique, notamment lorsqu’ils évoluent dans un contexte qui semble désespérément daté des années 2000. En effet, le manga de Nakajo n’inclut ni téléphones portables ni caméras de surveillance, facilitant ainsi l’échange de genre, ce qui serait bien plus difficile dans un contexte contemporain.

Image : Signal. MD / Crunchyroll
Si Hana-Kimi souhaite attirer l’attention du grand public comme l’ont fait The Fragrant Flower Blooms with Dignity ou Kowloon Generic Romance, il doit se réinventer tout en restant fidèle à ses racines thématiques. Le manga montre clairement que le travestissement de Mizuki entraîne une remise en question complète des rôles de genre. Pour se rapprocher de Sano, elle doit simuler une masculinité traditionnelle, ce qui la transforme en athlète surpassant ses camarades masculins. Que peut signifier cela en 2026 ? L’anime doit sortir de son cadre temporel désuet pour le découvrir.
Actuellement, la nostalgie et le charme préservent Hana-Kimi de tomber dans l’oubli parmi les nombreux titres de romance animés, mais l’histoire doit évoluer. Bien que l’anime actuel soit acceptable, il représente une fantasy d’évasion moyenne au mieux, tandis que les fans du manga savent que Hana-Kimi pourrait être bien plus avec un brin d’excentricité et d’exubérance visuelle.
Points à retenir
- Hana-Kimi a popularisé le trope du travestissement dans les romances, spécialité des pièces de Shakespeare.
- Les adaptations live-action antérieures montrent que l’œuvre a une longévité et un attrait qui dépassent les frontières.
- Les thèmes de Mizuki remettent en question les rôles de genre traditionnels et interrogent la normativité hétérosexuelle.
- L’esthétique visuelle du manga diffère considérablement de l’anime actuel, qui pourrait bénéficier de plus d’originalité.
- Pour se démarquer, l’anime doit s’éloigner de son cadre des années 2000 et moderniser son récit.
En fin de compte, il est fascinant de voir comment Hana-Kimi interroge et défie la perception des genres tout en s’inscrivant dans une tradition narrative bien ancrée. À mon sens, l’avenir de cette série pourrait être enrichissant si l’on parvient à fusionner ses racines avec une vision contemporaine. Quelles sont vos attentes pour les prochaines adaptations d’œuvres classiques comme celle-ci ?