dim. Juin 14th, 2026

Comics and the Origins of Manga : Une Histoire Révisionniste d’Eike Exner (Rutgers University Press, 2021) est sans doute l’un des ouvrages de non-fiction les plus aboutis sur les comics que j’ai pu rencontrer. Ce texte érudit met en lumière l’impact concret des évolutions technologiques sur l’histoire de l’art tout en offrant un aperçu approfondi de la culture des comics à l’échelle internationale. Les arguments présentés sont solides et convaincants.

Avec son second livre, Manga : Une Nouvelle Histoire des Comics Japonais publié par Yale University Press, Exner passe d’un point temporel précis — la transition des récits illustrés vers de véritables « comics » grâce aux effets transdiégétiques — à un panorama plus vaste, retraçant l’évolution des comics japonais depuis les débuts jusqu’à presque nos jours.

En termes de style et d’approche, Exner se révèle être un académicien rigoureux. Il aborde ses sujets avec prudence, insistant sur la distinction entre qui a « popularisé » un style plutôt que sur celui qui l’a « inventé ». Par exemple, lorsqu’il reconnaît l’importance de Tezuka, il critique également certaines de ses affirmations et souligne non seulement son succès, mais aussi son tempérament jaloux face aux succès d’autrui.

Cependant, cette même rigueur académique le limite parfois. Avec environ 220 pages consacrées à plus d’un siècle d’évolution, plusieurs sujets sont effleurés sans être analysés de manière suffisamment approfondie. Son exploration de l’essor du manga en tant que force commerciale est impressionnante, mais il semble parfois moins à l’aise avec l’aspect historique de l’art.

Par exemple, pendant la transition de l’industrie vers une publication hebdomadaire, il évoque la dynamique de collaboration entre scénaristes et dessinateurs, la présentant comme un simple mécanisme de productivité, sans explorer les implications politiques de cette évolution.

De plus, son étude sur le gekiga se concentre sur des œuvres d’action populaires, laissant de côté des voix plus alternatives ou introspectives. Sa thèse semble indexée sur l’assimilation des artistes des marges vers le centre, ce qui, par inadvertance, occulte la richesse de l’art indépendant en dehors de la logique commerciale.

Dans sa discussion sur la « ré-internationalisation » du manga dans les années 1970, il manque d’approfondir les influences externes, notamment en ce qui concerne l’apport de Moebius. Son analyse sur l’émergence de créateurs comme Katsuhiro Ōtomo semble tronquée, donnant l’impression que le manga évolue principalement en vase clos, sans prendre en compte les interactions culturelles plus larges qui l’influencent.

En définitive, les critiques que je formule ne visent pas à dénigrer Exner, mais à souligner les limites de sa perspective sur un sujet aussi vaste que le manga. Tandis que Comics and the Origins of Manga est une tentative réussie d’explorer un petit quartier, Manga : Une Nouvelle Histoire des Comics Japonais se heurte aux défis d’une cartographie globale en se concentrant uniquement sur une rue principale. Eike Exner est un historiographe compétent, mais cette ambition montre aussi ses limites.

Points à retenir

  • Eike Exner explore l’histoire des comics et du manga avec un regard critique sur leur évolution.
  • Il met l’accent sur la popularisation des styles plutôt que sur leur invention.
  • Certains thèmes abordés demeurent peu analysés, révélant ainsi une approche partielle.
  • Le livre se concentre davantage sur l’aspect commercial que sur les implications artistiques et idéologiques.
  • La dynamique entre scénaristes et dessinateurs mérite une exploration plus approfondie.

En réfléchissant à ces éléments, je ne peux m’empêcher de me demander comment les formes d’art, comme le manga, peuvent véritablement transcender leurs contextes historiques et culturels. Quel espace leur accorde-t-on dans le discours artistique contemporain ? Sont-elles encore perçues à travers le prisme du marché, ou commencent-elles à revêtir une identité indépendante, riche et variée ? C’est un débat passionnant qui nous pousse à réévaluer notre compréhension de l’art et de sa place dans notre société actuelle.


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