mer. Juil 1st, 2026

Peaky Blinders : L’Homme Immortel a fait son apparition sur Netflix avec un air de grand événement : un film que personne n’a réellement demandé, mais dont l’arrivée était attendue par tous. Steven Knight ressuscite ses personnages, les expose au grand jour, espérant des applaudissements. Le problème, c’est que si le monstre respire encore, il ne vibre plus d’émotion.

La série s’était achevée de manière satisfaisante, mais comme tout produit culte, elle ne pouvait pas être laissée à l’abandon. Ainsi, on fait revenir Tommy Shelby, on le remet à neuf, et on le vend comme une figure immortelle.

Le fait est là : être immortel ne signifie pas être vivant.

Tommy Shelby : d’homme à icône

Tommy Shelby n’est plus un personnage, il est devenu une icône pop. Une figurine à collectionner, un mème aux côtés d’une citation tirée d’un faux gourou motivant.

Ce film ne raconte pas son histoire, il l’adule. Chaque plan semble se prosterner devant lui, chaque scène le construit comme une entité supérieure, inaltérable, infaillible. Le gangster, figure tragique par essence, perd ici toute tragédie. Pas de chute, pas de risque, pas de conflit réel : juste une éternelle pose de couverture.

Et sans chute, l’histoire s’éteint.

La comparaison avec les chefs-d’œuvre est cruelle : Le Parrain démantèle Michael Corleone pièce par pièce ; Les Affranchis déconstruit le mythe du gangster jusqu’à l’épuisement. Ici, le mythe est traité comme une relique, exposé comme un fossile du paléolithique.

Tommy Shelby n’est rien de plus qu’un objet décoratif.

Peaky Blinders Film

Une réalisation en mode déjà-vu : style ou autoparodie ?

Tom Harper réalise The Immortal Man comme s’il tournait la bande-annonce de sa propre carrière. Des ralentis à l’infini, de la musique anachronique à volume élevé, des silhouettes de luxe qui semblent sortir d’un cosplay élaboré.

Ce qui était autrefois un langage cinématographique est devenu une série de tics, une manie. Chaque choix esthétique est prévisible, chaque plan semble être le produit d’un générateur aléatoire plutôt que d’un esprit créatif. Ce qui était bon a déjà été transformé en GIF. Le style n’est pas le problème, mais l’incapacité à le faire évoluer. C’est un cinéma qui se contemple dans le miroir, se complaisant, oubliant que le public, après six saisons, connaît ce reflet par cœur.

Le résultat est une espèce d’autoparodie involontaire : Peaky Blinders qui imite son propre passé sans l’urgence de ses débuts.

Une narration vide sous une belle apparence

Le film est élégant, soigné, poli. Mais sous cette surface, il y a le vide.

L’intrigue se déroule sans jamais vraiment mordre. Les conflits sont à peine effleurés, jamais développés. Les personnages gravitent autour de Tommy comme des satellites obéissants, incapables de le véritablement défier.

C’est une histoire qui hésite. Une peur de déranger, de risquer une réaction du public.

Elle choisit alors la voie la plus facile : répéter, prolonger. Mais le cinéma ne peut pas se permettre de perdre du temps. Ici, le temps s’étire sans justification, comme si la seule présence de Shelby suffisait à remplir l’écran.

Non, ça ne suffit pas.

trailer de The Immortal Man

Le fan service comme idéologie

Le véritable moteur de The Immortal Man n’est visiblement pas l’histoire, mais le fan service. Bien joué !

Chaque scène semble conçue pour susciter une réaction facile : la phrase culte, le regard perçant, le geste reconnaissable. C’est un constant clin d’œil au public, un « tu te souviens ? » répété jusqu’à l’ennui.

Cependant, le cinéma ne devrait pas se réduire à un album de souvenirs ; si je veux revoir un best-of de notre vie sur le thème des gangsters… je regarde autre chose.

Quand une œuvre cesse de surprendre et se contente de donner du sucre, elle cesse d’exister véritablement. Elle devient un produit, un contenu, un remplissage de catalogue.

Et nous en sommes ici : dans un territoire où le contenu se déguise en événement.

Le péché capital : l’incapacité de finir

Au-delà de tout, le principal problème de The Immortal Man est indéniablement un : il ne veut pas se terminer.

Un bon dénouement se doit d’être clair. Une décision tranchante. Même brutale, si nécessaire. Mais ici, on choisit la conservation : tout reste ouvert, tout est possible, tout reste, en effet, immortel. Ou peut-être embaumé.

Mais l’immortalité narrative est la mort de l’histoire.

Parce que si rien ne se termine, rien n’a de véritable valeur.

The Immortal Man : le musée de cire des Shelby

Peaky Blinders : The Immortal Man est un film qui confond nostalgie avec grandeur et répétition avec style. C’est une opération conservatrice, presque muséale, qui transforme une série vivante en œuvre statique.

Tommy Shelby est toujours là, impeccable, intouchable, éternel.

Le problème, c’est qu’il ne dit plus rien.

Ainsi, malgré l’insuffisance d’un tel produit, The Immortal Man est idéal ; parfait pour Netflix, car son langage est celui que l’on retrouve dans les contenus de remplissage de la plateforme.

Points à retenir

  • Immortalité vs Vie : Le film pose la question de ce que signifie vraiment vivre en tant que personnage.
  • Icône vs Personnage : Transformation de Tommy Shelby en symbole plutôt qu’en individu complexe.
  • Une esthétique prévisible : Le style devient répétitif, empruntant à son propre passé sans innovation.
  • Le vide narratif : Un scénario sans profondeur, qui ne parvient pas à créer des conflits significatifs.
  • Interaction avec le public : Le fan service semble diriger l’approche plutôt que l’authenticité du récit.
  • Fin ouverte : Un dénouement qui laisse tout en suspens, posant la question de la valeur de l’issue.

Il est fascinant de constater comment un univers construit avec tant de soin peut perdre son âme à travers des choix artistiques. Pour moi, cela soulève une question essentielle : jusqu’où peut-on exploiter un mythe avant qu’il ne devienne seulement un écho sans substance ? Il est impératif de se rappeler que le véritable art ne consiste pas uniquement à revisiter, mais à innover et à faire vibrer les émotions. C’est ainsi que nous pourrons véritablement célébrer l’authenticité d’une œuvre.


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By Sandrine Dubois

Sandrine Dubois est une Journaliste indépendante trilingue, elle est née sur île de la Grenade, puis a fait ses études aux Etats-Unis à l' "University of Northern Iowa" , aujourd'hui elle intervient sur différents médias Web pour partager ses compétences dans les thématiques sociétales, business, lifestyle et culture.

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