Réalités étendues, terreur champêtre et Amazonie : trois films à découvrir
Eat the Night
Le multivers et la « réalité étendue » — cette déclinaison de la réalité virtuelle où l’on porte un avatar et vit des sensations intenses — trouvent aujourd’hui une place affirmée au cinéma. Après des blockbusters grand public comme la trilogie Avatar ou Ready Player One, le genre se décline aussi en œuvres plus singulières. Parmi elles, Eat the Night est une proposition française remarquable.
Le film suit Pablo (Théo Cholbi) et sa sœur Apolline (Lila Gueneau), accros à Darknoon, un jeu immersif qui les transporte dans un monde mythique peuplé de guerriers et de créatures. Dans la vie réelle, Pablo vend de la drogue et tombe sous le charme d’un mystérieux jeune homme surnommé Night (Erwan Kepoa Falé). Apolline, elle, s’éloigne progressivement de son frère, passant de plus en plus de temps en ligne. Lorsque Pablo se retrouve mêlé à une guerre de gangs, il cherche refuge dans Darknoon — la frontière entre réalité et fiction s’effrite alors jusqu’à l’annonce de la fermeture imminente du jeu.
À la fois thriller d’auteur et récit d’émancipation, le film mêle éléments psychologiques et esthétique immersive. Sa facture technique, audacieuse, travaille la superposition des mondes au point que l’évasion virtuelle devient une forme de salut pour les protagonistes. Classé pour public adulte (interdit aux moins de 18 ans) en raison de scènes de drogue, de sexe et de violence, le film interroge aussi la liberté sexuelle et la dépendance numérique. Sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes — un écrin exigeant pour le cinéma contemporain — et cité pour la Queer Palm, il a été projeté au Festival do Rio 2024 et est désormais proposé sur la plateforme Reserva Imovision.
Le clown dans le maïs
Retour du slasher à petit budget, cette coproduction (États‑Unis/Canada/Royaume‑Uni/Luxembourg) mise sur une atmosphère campagnarde véritablement filmée dans des champs de maïs et des fermes canadiennes. Avec un budget d’environ 1 million de dollars, le film a circulé en salles internationales avant d’arriver en streaming au Brésil, sur HBO Max.
Inspiré de la série de romans d’Adam Cesare — déjà publiée au Brésil — le récit reprend les codes du genre : un tueur masqué s’empare de l’image d’un clown local, Frendo, mascotte d’une petite ville du Midwest, et sème la terreur lors de la fête annuelle du maïs à Kettle Springs. Le schéma du slasher est respecté : jeunes en danger, mises à mort graphiques et une identité du meurtrier préservée jusqu’à la fin.
Le casting réunit quelques visages familiers — Carson MacCormac, Katie Douglas, Will Sasso et Kevin Durand — et la production a été portée par Shudder, référence du cinéma horrifique en streaming, en association avec Temple Hill Entertainment. À la réalisation, Eli Craig, déjà connu pour Tucker & Dale vs. Evil et The Little Demon, joue avec l’humour noir et l’effroi adolescent.
Transamazônia
À l’affiche depuis le 8 janvier, Transamazônia propose un récit ancré dans le Pará et tissé de contrastes : foi et manipulation religieuse, défense de la forêt, traditions autochtones et une relation père‑fille à la fois fragile et profonde.
L’histoire s’ouvre sur le miracle apparent d’une jeune femme, Rebecca Byrne, rescapée d’un accident d’avion et perçue comme un signe divin par la communauté pentecôtiste que dirige son père, le missionnaire Lawrence Byrne (Jeremy Xido). Interprétée par Helena Zengel — révélée par des films marquants et remarquée par la critique internationale — Rebecca devient prédicatrice et soigneuse, exportant une spiritualité occidentale au cœur de la forêt et bouleversant les pratiques locales.
À cela s’ajoutent la menace des bûcherons illégaux et les impacts de l’évangélisation, deux phénomènes qui, selon le film, fragilisent les peuples originaires et rappellent, de façon troublante, des méthodes d’acculturation historiques. Coproduction internationale (France, Allemagne, Suisse, Taïwan, Brésil), le film navigue entre drame et suspense et revendique un regard pluriel sur l’Amazonie.
Signé Pia Marais — réalisatrice d’origine sud‑africaine installée en Allemagne — le scénario s’inspire d’un fait réel des années 1970 ; Marais a séjourné au Brésil pour documenter son propos. Le film a été retenu à la sélection officielle du Festival de Locarno et présenté dans la section Panorama Mundial du Festival do Rio — une vitrine culturelle qui permet d’éclairer la diversité du cinéma contemporain — et il bénéficie d’une distribution locale par Filmes do Estação.
Points à retenir
- Eat the Night explore la porosité entre vie réelle et univers de jeu, en questionnant addictions numériques et quête d’identité.
- Le slasher au décor champêtre renouvelle des motifs classiques du genre en misant sur l’atmosphère et le mélange d’horreur et d’humour noir.
- Transamazônia confronte croyances, exploitation environnementale et impacts culturels des missions religieuses, en s’appuyant sur un matériau historique.
- Les trois films témoignent d’un cinéma contemporain attentif aux transformations sociales : technologies immersives, violence rurale et enjeux amazoniens.
- Les sélections en festivals — de Cannes à Locarno en passant par Rio — montrent l’intérêt des programmateurs pour des œuvres qui mêlent exigence formelle et sujets d’actualité.
Pour ma part, je vois dans ces sorties une tendance nette : le cinéma continue de chercher des formes pour rendre compte des fractures et des obsessions de notre époque. Entre virtuel salvateur, terreur collective et confrontations historiques en Amazonie, ces films posent des questions qui dépassent le divertissement. Et vous, quel film vous tente le plus pour interroger notre rapport au réel et à l’autre ?
S’abonner à Amazon Prime 📺

Disclaimer de non-responsabilité
[/not-all]Vous utilisez les informations contenues dans cet article à vos propres risques et périls. Les liens et plateformes mentionnés sont référencés à titre informatif et ne sauraient engager notre responsabilité en cas de violation de la législation en vigueur sur le droit d'auteur. Le streaming et le téléchargement de contenus protégés sans autorisation sont strictement interdits par la loi. Assurez-vous de respecter les règles en vigueur et de privilégier des alternatives légales pour vos besoins de divertissement. Toute utilisation illégale de ces services est de votre seule responsabilité.
