jeu. Juin 25th, 2026
Canada lance une agence redoutable contre les crimes financiers pendant que les États-Unis assouplissent leur stratégie

Le Canada s’apprête à créer une nouvelle agence de répression judiciaire, spécifiquement dédiée à l’investigation des crimes financiers. Cette initiative contraste fortement avec la situation aux États-Unis, où les enquêteurs fédéraux se retrouvent affaiblis et peinent à poursuivre les fraudeurs, tandis que la Maison Blanche a accorde des grâces à des blanchisseurs d’argent condamnés.

Un projet de loi visant à établir l’Agence des Crimes Financiers (ACF) a achevé sa première lecture au sein du parlement cette semaine. Introduite par le parti libéral actuellement au pouvoir, cette législation devrait rapidement franchir les différentes étapes de révision grâce à la majorité parlementaire dont dispose le parti.

La nouvelle agence aura pour mission d’enquêter et de poursuivre les crimes financiers. Sa création découle d’une enquête publique qui a révélé que le Canada manque d’une stratégie cohérente contre le blanchiment d’argent, se trouvant ainsi en retard par rapport à ses homologues internationaux.

Jessica Davis, ancienne analyste pour le service de renseignement canadien, spécialisée dans le terrorisme et le financement illicite, a déclaré : « La création de cette nouvelle agence de répression représente un investissement significatif et témoigne d’une prise de conscience de la gravité du défi auquel nous faisons face. »

En parallèle de cette nouvelle agence, le Canada prévoit d’interdire les distributeurs automatiques de cryptomonnaie, considérés comme des outils de fraude pour escroquer les victimes et de blanchiment pour les criminels. Actuellement, le Canada possède près de 4000 de ces dispositifs, le plus grand nombre par habitant dans le monde.

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Depuis plus de 25 ans, le Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada (Fintrac) agit comme l’unité de renseignement financier du pays. L’année dernière, cette agence a détecté 45 milliards de dollars en transactions potentiellement liées au blanchiment d’argent, au financement du terrorisme et à l’évasion fiscale.

Davis a précisé : « Ce chiffre pourrait être trop élevé ou bien trop bas, car nous ne connaissons pas pleinement l’ampleur des crimes financiers dans notre pays. » Fintrac ne poursuit pas les criminels ; elle transfère ses enquêtes à la police et aux procureurs. Avec la mise en place de la nouvelle législation, l’ACF assumera le rôle d’enquête et de poursuite, ce qui réduit le champ d’action de Fintrac ainsi que celui de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), l’autorité fédérale de répression.

Davis a ajouté : « La GRC n’a pas été capable ni disposée à enquêter et à maintenir des investigations sur les crimes financiers. Il y a un manque de financement, de compétences, de ressources et de volonté politique. Les enquêtes sur les crimes financiers sont longues, complexes et nécessitent des ressources soutenues, que j’espère voir mises en place prochainement. »

Un rapport de 2024 sur l’ampleur des crimes financiers a estimé que plus de 3000 milliards de dollars de fonds illicites avaient circulé dans le système financier mondial l’année précédente. Les principales causes étaient le blanchiment d’argent lié au trafic humain et de drogues, ainsi que le financement du terrorisme.

L’initiative canadienne se distingue nettement de l’approche actuelle prise par l’administration américaine face à la criminalité financière. Le gouvernement de Donald Trump a accordé une grâce très médiatique à Changpeng Zhao, le soi-disant “roi” de la cryptomonnaie, après qu’il a plaidé coupable à des accusations de blanchiment d’argent. Sa société, Binance, avait été condamnée à une amende record de 4,3 milliards de dollars pour son rôle dans le financement du terrorisme.

Dans une lettre adressée à des autorités fédérales en janvier, des sénateurs démocrates ont appelé à enquêter sur la décision de Trump de déplacer plus de 25 000 personnels d’enquête sur la fraude, l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent, pour privilégier l’application des règles migratoires. L’une des sénatrices, Elizabeth Warren, a déclaré : « L’administration Trump laisse échapper les criminels en col blanc. Au lieu de protéger les familles américaines des fraudes et des comportements prédateurs, le gouvernement dévie des ressources pour poursuivre son inhumaine agenda migratoire. Personne n’est au-dessus des lois, et l’administration Trump doit cesser de traiter les criminels en col blanc avec des gants de velours. »

Davis a réaffirmé : « Le Canada et les États-Unis prennent des chemins divergents. Les États-Unis ont encore une avance considérable dans sa capacité à poursuivre et à investir dans l’enquête et la répression des crimes financiers. Nous sommes encore en train de rattraper notre retard. J’espère que le Canada renforcera ses capacités pour protéger notre pays, car ce qui se passe aux États-Unis a tendance à se reproduire chez nous. Cette nouvelle agence constitue une barrière essentielle contre cela. »

La création de cette nouvelle agence a été saluée par les groupes anti-corruption. Salvator Cusimano, directeur général de Transparency International Canada, a commenté : « Le gouvernement canadien propose un mandat ambitieux mais réaliste pour cette agence, ce qui est de bon augure comme première étape cruciale pour améliorer notre lutte contre les crimes financiers. Une fois établie, l’agence devra étroitement coordonner ses actions avec d’autres agences répressives et réglementaires à travers le pays pour réaliser son plein potentiel. »

Il reste encore à clarifier la manière dont l’agence collaborera avec la GRC, son emplacement de fonctionnement et les ressources qu’elle pourra obtenir d’autres unités.

Davis a conclu : « Cette agence est essentielle pour les Canadiens, car lorsqu’on commence à combiner les pressions économiques, le coût de la vie et les difficultés du quotidien, notre tolérance à l’égard de ceux qui profitent de nous diminue considérablement. C’est un investissement indispensable pour le Canada. Nous devrons également continuer à mettre la pression sur le gouvernement pour qu’il maintienne son financement et le fasse figurer parmi ses priorités afin d’obtenir les résultats escomptés. »

Points à retenir

  • La création de l’ACF vise à renforcer la lutte contre les crimes financiers.
  • Une enquête publique a mis en lumière le manque d’une stratégie contre le blanchiment d’argent au Canada.
  • Le Canada prévoit d’interdire les cryptomonnaies, jugées problématiques.
  • Fintrac a détecté d’importantes transactions suspectes, mais ne poursuit pas les criminels.
  • La GRC éprouve des difficultés à enquêter sur les crimes financiers en raison de divers manques.
  • Le contraste entre l’approche canadienne et américaine souligne des différences de priorités politiques.
  • Les groupes anti-corruption accueillent favorablement cette initiative comme une étape importante.
  • Le défi principal sera d’assurer la coordination entre l’ACF et d’autres agences de répression.

De manière globale, cette initiative illustre une volonté manifeste du Canada de redynamiser sa lutte contre la criminalité financière dans un contexte où les enjeux de sécurité économique s’intensifient. Si elle se concrétise efficacement, elle pourrait aussi servir de modèle pour d’autres nations cherchant à moderniser leurs stratégies contre des délits complexes devenus globaux. À l’heure où l’interconnexion des marchés rend la traçabilité des flux financiers plus ardue, la question demeure : jusqu’où les États pourront-ils s’engager pour préserver la transparence et l’intégrité de leur système financier ?


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