ASTANA — Le Kazakhstan diversifie son économie et mise sur la transformation numérique pour stimuler sa croissance, en particulier dans les secteurs des services financiers et du commerce, selon David Livingstone, Directeur Clientèle chez Citi. Dans une interview accordée à la chaîne YouTube d’The Astana Times, il revient sur les 31 années de présence de Citi au Kazakhstan et la manière dont la stratégie évolutive du pays s’aligne avec l’expertise globale de la banque.
Crédit photo : The Astana Times
« La politique économique du Kazakhstan est à juste titre ambitieuse. Elle ne se limite pas à la croissance économique, mais vise aussi à diversifier ses atouts traditionnels, comme les secteurs de l’énergie et des minerais », explique-t-il, soulignant que la numérisation est au cœur de cette stratégie.
Les services financiers occupent une place centrale dans cette évolution. Depuis 2022, Citi collabore étroitement avec le gouvernement kazakh pour promouvoir les solutions digitales, cette coopération ayant été officialisée par un protocole d’accord ciblant les secteurs clés de la transformation numérique.
« Nous travaillons main dans la main avec les autorités pour accompagner la digitalisation, ce qui devient d’autant plus crucial à l’ère des actifs numériques. Cette transition soulève des questions réglementaires importantes, d’autant que ces actifs s’imposent comme des instruments innovants dans les services financiers », précise-t-il.
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Malgré les progrès réalisés pour attirer les investissements, David Livingstone souligne que la sensibilisation des investisseurs internationaux reste essentielle.
Crédit photo : The Astana Times
« Le Kazakhstan a réalisé d’importantes avancées pour attirer les capitaux, la dynamique est bien lancée. Néanmoins, comme dans beaucoup de pays émergents, il est primordial de maintenir un dialogue continu, notamment avec les investisseurs institutionnels et stratégiques, afin de leur faire découvrir les opportunités prometteuses », ajoute-t-il.
Pour renforcer cette démarche, Citi a accueilli l’an dernier une importante délégation kazakhe à son siège de New York, offrant aux investisseurs un panorama complet du développement économique du pays.
David Livingstone rappelle que la numérisation est une tendance globale à laquelle le Kazakhstan contribue activement. Elle est sans frontières et permet au pays de profiter des innovations que Citi déploie à travers le monde, notamment dans les domaines des paiements, de la conservation des actifs et du change.
« Dès que nous identifions une opportunité d’innovation digitale au niveau mondial, nous la mettons au service du Kazakhstan. Par exemple, nous réalisons des dizaines de milliers d’opérations de change par an pour nos clients ici, dont la rapidité et la précision reposent sur des évolutions numériques constantes. Le pays est en bonne position pour tirer parti de cette dynamique, et nous sommes engagés à l’accompagner », détaille-t-il.
Il salue également le rôle pionnier de la Banque Nationale du Kazakhstan dans la monnaie numérique, avec la mise en place du tenge digital.
« Les monnaies numériques des banques centrales sont désormais à l’agenda mondial, et le Kazakhstan est un acteur relativement en avance. La question clé est : quel problème cette monnaie numérique résout-elle ? Beaucoup de gens ici, et sans doute vous aussi, n’ont pas manipulé de tenge physique depuis longtemps. Des opérations aussi diverses que les services bancaires ou les paiements de factures se font déjà via des applications, très numérisées. Dans certains pays, une monnaie numérique répond à un besoin évident, dans d’autres, comme le Kazakhstan, l’usage est peut-être moins flagrant, mais reste pertinent », explique-t-il.
Il insiste aussi sur le potentiel de la tokenisation — processus qui consiste à fractionner des actifs en unités négociables — comme facteur de transformation pour le système financier kazakh.
« Les réformes autour des actifs numériques, notamment la tokenisation, pourraient profondément renouveler les infrastructures financières. Elles simplifieraient aussi bien la négociation, la conservation, que la gestion des actifs. Nous anticipons là la prochaine grande vague d’innovation », souligne David Livingstone.
Commerce, turbulences et position stratégique du Kazakhstan
La conversation s’est ensuite tournée vers l’atout géographique et énergétique du Kazakhstan. Selon David Livingstone, ces immenses ressources ne sont pas seulement un avantage mais un levier pour bâtir un commerce durable.
« La position géographique du Kazakhstan, ses ressources énergétiques et ses capacités industrielles en font un acteur clé sur des corridors commerciaux stratégiques — de la Chine à l’Europe via le corridor intermédiaire, et à l’Inde via le corridor nord-sud. Le gouvernement ne se contente pas de faire du pays un simple point de transit, il ambitionne une création de valeur additionnelle sur place », précise-t-il.
Avec l’augmentation des flux commerciaux, les besoins financiers associés, allant du financement à l’accès aux marchés, se multiplient également.
« Le désir de faire du Kazakhstan un hub régional des services financiers découle naturellement de sa position géographique et de ses ressources naturelles. En combinant cela à une régulation financière sophistiquée, déjà bien avancée et en constante amélioration, le pays créer une synergie propice à ses ambitions », complète-t-il.
Evolution du commerce mondial : montée des services et résurgence du protectionnisme
Dans ce contexte, le commerce mondial traverse une phase d’instabilité. Selon le dernier rapport sur les perspectives du commerce mondial publié par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), le commerce des services a progressé de 15 % en 2024, dépassant pour la première fois celui des biens matériels. Ce phénomène reflète le poids croissant des secteurs digitaux, du savoir et des services transfrontaliers, tels que l’informatique, la finance ou la logistique.
David Livingstone insiste aussi sur la transformation du mode de règlement des échanges, profondément impacté par les mesures protectionnistes croissantes et le retour des droits de douane de la part des États-Unis.
« Cela peut sembler évident, mais la manière dont les échanges commerciaux sont réglés est fondamentale », constate-t-il.
« Cette évolution ne se limite pas aux droits de douane. Ceux-ci ont toujours existé et les États-Unis ne sont pas seuls à vouloir protéger leur économie », relativise-t-il.
Il rappelle que la pandémie de Covid-19 avait déjà bouleversé les flux commerciaux mondiaux et que les récents enjeux géopolitiques ajoutent une nouvelle couche de disruption.
« La question aujourd’hui est de savoir comment les nouvelles dynamiques du commerce mondial vont se stabiliser, non seulement pour les biens, mais aussi pour les services. On parle souvent du commerce physique des marchandises, mais qu’en est-il des services financiers, technologiques ou autres ? Comment ceux-ci peuvent-ils continuer à croître, innover et prospérer, et dans quelles régions ? Le commerce implique inévitablement des frictions, car il traverse des frontières. Il est donc essentiel de comprendre où et comment ces frictions se résolvent », conclut-il, en recommandant de suivre ce sujet avec attention.
Par ailleurs, le protectionnisme est en progression. Depuis 2020, plus de 3 000 nouvelles restrictions commerciales ont été instaurées dans le monde, souvent dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, la technologie ou les matières premières critiques. Cela traduit un tournant vers un nationalisme économique, où la politique commerciale devient un outil géopolitique pour protéger les intérêts nationaux et les chaînes d’approvisionnement.
David Livingstone offre une analyse plus large de cette tendance en soulignant les limites des cadres multilatéraux, notamment l’OMC, à répondre aux défis actuels.
« Je qualifierai la situation ainsi : le système commercial mondial est confronté à des défis persistants. Des institutions clés comme l’OMC, qui fondent le multilatéralisme, ne fonctionnent plus aussi efficacement qu’espéré ces dernières années. Ce que nous observons aujourd’hui, notamment aux États-Unis et dans de nombreux autres pays, c’est une remise en question profonde des conditions d’accès des entreprises étrangères aux marchés nationaux, que ce soit sur les plans financier, douanier ou à travers des considérations non financières », explique-t-il.
« Lorsque les États-Unis – la plus grande économie mondiale – revoient leur approche commerciale, cela a naturellement des répercussions à l’échelle planétaire. Beaucoup d’entreprises et de pays sont étroitement liés à l’économie américaine ; des modifications dans sa politique commerciale provoquent des ondes de choc à travers le système mondial », conclut-il. « Comprendre la perspective américaine est indispensable pour naviguer dans l’avenir du commerce international. »
Points à retenir
Le Kazakhstan s’engage dans une diversification économique poussée, avec un accent marqué sur la transformation numérique.
Les services financiers sont au cœur de ce tournant, avec une collaboration étroite entre Citi et le gouvernement kazakh.
La monnaie numérique nationale, le tenge digital, illustre l’avance prise par le pays dans les innovations monétaires.
La tokenisation des actifs promet de bouleverser le paysage financier local en améliorant les opérations de marché et de gestion d’actifs.
Grâce à sa position géographique stratégique et ses ressources naturelles, le Kazakhstan ambitionne de devenir un hub régional pour les services financiers connectés au commerce.
Le commerce mondial se transforme, avec une montée des échanges de services et un contexte marqué par le protectionnisme croissant.
Les institutions multilatérales comme l’OMC sont mises à l’épreuve, et les décisions des grandes puissances commerciales, notamment les États-Unis, conditionnent largement le paysage global.
En somme, suivre l’évolution économique du Kazakhstan, c’est observer un carrefour fascinant où innovation digitale, diplomatie commerciale et stratégie régionale s’entrelacent. Ne serait-ce pas là un terrain idéal pour les curieux de la finance et du commerce mondialisé ? En tout cas, on ne s’ennuie pas, et si la sagesse était d’apprendre à danser avec ces turbulences plutôt que de se laisser gagner par le vertige, ce serait une excellente résolution pour nous, journalistes, et pour vous, lecteurs attentifs.
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