mer. Juin 24th, 2026

La ville d’Aden et les territoires sous administration du gouvernement yéménite reconnu internationalement traversent une grave crise de liquidité en dollars et autres devises étrangères. Cette situation résulte notamment des récentes mesures prises par la Banque centrale du Yémen, qui a suspendu les opérations de dizaines de bureaux de change et leurs agences. Ces décisions, notamment un plafond strict sur les transferts d’argent personnels et les ventes de devises étrangères, ont renforcé le développement d’un marché noir très actif.

La Banque centrale, basée à Aden, où le gouvernement yéménite a établi sa capitale temporaire, a édicté des règles limitant le montant des transferts personnels en devises étrangères à 2 000 dollars via les bureaux de change. Pour les transferts allant jusqu’à 5 000 dollars, seule l’utilisation des banques est autorisée, avec une vigilance accrue pour éviter toute division ou répétition des opérations. Ces mesures sont présentées comme étant dans l’intérêt général, mais elles provoquent déjà des tensions sur le terrain.

Selon Walid Al-‘Attas, expert bancaire et économique à l’université de Hadramout, ces restrictions ne concernent explicitement que le dollar américain. Il souligne toutefois que cette limitation vise uniquement les transferts personnels, sans toucher les autres types de transactions. Malgré cela, de nombreux citoyens, commerçants et acteurs du marché dénoncent un manque criant de dollars et devises étrangères, une pénurie exacerbée par la fracture monétaire entre les zones sous contrôle du gouvernement reconnu et celles contrôlées par les Houthis.

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Walid Al-‘Attas décrit un marché bancaire en pleine confusion et instabilité. Il déplore que la Banque centrale n’ait pas su tirer parti d’une baisse récente du taux de change des devises face au riyal yéménite pour consolider la monnaie nationale. Il critique aussi la décision de restreindre les transferts importants aux banques uniquement, excluant les bureaux de change, une erreur selon lui qui aurait pu être évitée. Il regrette l’empressement avec lequel ces mesures ont été adoptées, sans étude approfondie préalable pour garantir leur efficacité.

Ces dernières semaines, la Banque centrale a adopté une série de mesures visant à stabiliser le marché des devises, notamment en fermant plusieurs bureaux de change à Aden. Pour le chercheur économique Rashid Al-Haddad, les licences accordées aux bureaux de change permettent l’ouverture de filiales à condition de notifier la Banque centrale. Cette règle ne s’applique pas aux autres types d’entreprises qui n’ont pas besoin d’autorisations supplémentaires pour ouvrir de nouveaux sites.

Le cours du riyal yéménite reste très volatile, fluctuant de 50 à 100 rials en seulement quelques heures, aussi bien à la hausse qu’à la baisse. Sur le marché noir, le dollar s’échange entre 1 618 et 1 800 rials, tandis que le riyal saoudien oscille entre 400 et 450 rials yéménites.

Points à retenir

  • La pénurie de devises étrangères à Aden reflète une crise profonde qui dépasse le simple cadre bancaire.
  • Les restrictions imposées sur les transferts personnels visent à limiter l’accès aux dollars, créant une contrainte forte pour les particuliers et les petits commerçants.
  • La fracture politique et monétaire entre les zones sous contrôle gouvernemental et les territoires houthis accentue la complexité de la situation.
  • L’exclusion des bureaux de change des transferts au-delà de 2 000 dollars a été perçue comme une erreur stratégique par certains experts.
  • La Banque centrale semble agir dans l’urgence, sans réflexion approfondie, au risque d’aggraver l’instabilité monétaire.
  • La volatilité extrême du taux de change montre l’absence d’un mécanisme efficace de régulation du marché des devises.

Au final, on assiste à une bataille monétaire où l’ordre réglementaire tente tant bien que mal de reprendre le dessus sur des réalités économiques fragmentées et un marché flottant entre restrictions et besoin de liquidités. C’est une illustration frappante de la complexité des politiques économiques en temps de crise et de la difficulté à conjuguer rigueur et pragmatisme. Je ne peux que m’interroger sur les prochaines étapes de cette lutte, en espérant que la Banque centrale, et le gouvernement yéménite, sauront ajuster leur tir à temps, car en économie comme dans la vie, mieux vaut avancer lentement que reculer vite.


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