mer. Juin 24th, 2026

Le marché de Gaza fait face à une crise sévère de pénurie de monnaie de faible valeur, dite “petite monnaie”, ce qui perturbe gravement les échanges quotidiens entre commerçants et consommateurs.

Depuis près de deux ans, l’introduction de nouvelles pièces a cessé, et la qualité des billets en circulation s’est dégradée, certains perdant la confiance des usagers. Cette situation complique chaque transaction nécessitant du liquide.

La crise s’aggrave aussi par le refus fréquent des commerçants et consommateurs d’accepter les coupures plus importantes, comme la pièce métallique de 10 shekels ou le billet de 20 shekels, souvent dû à des rumeurs sur leur validité ou à leur usure avancée. Ce phénomène amplifie la demande sur les pièces de monnaie, pénalisant toutes les sphères économiques de Gaza.

Selon des experts économiques, cette pénurie reflète des enjeux politiques et économiques complexes, étroitement liés aux politiques israéliennes visant à contrôler le marché monétaire et limiter la circulation d’argent liquide. Cette stratégie restreint la capacité des institutions locales de Gaza à gérer leur trésorerie ou à payer leurs employés, rendant la petite monnaie rare et très convoitée.

Des difficultés au quotidien

Alaa Abdel Nabi, habitante du quartier Al-Daraj à Gaza, raconte son expérience dans le marché proche de chez elle. Munie d’un billet de 20 shekels, elle se heurte souvent au refus des commerçants, qui justifient leur rejet par l’absence de monnaie pour rendre la différence.

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“Trouver de la petite monnaie devient un vrai parcours du combattant, même pour des achats basiques comme le pain, la recharge téléphonique ou les besoins de mes enfants. Sans monnaie, les vendeurs refusent souvent la vente”, confie-t-elle.

Elle déplore que ce problème ne soit pas limité aux boulangeries ou épiceries, mais touche toutes les transactions du quotidien : “Acheter des légumes ou payer un trajet en transport en commun est devenu compliqué à cause de ce manque. Parfois, j’achète plus que nécessaire uniquement pour obtenir la monnaie pour mon paiement.”

Dans le camp de réfugiés de Nuseirat, Khaled Nabahin, vendeur d’épices, partage également les difficultés qu’il rencontre chaque jour. “De nombreux clients viennent avec des billets de 20 ou 50 shekels pour des achats de quelques shekels seulement. Faute de monnaie adéquate, je suis parfois contraint de refuser la vente, ce qui impacte mon commerce.”

Il souligne aussi que la détérioration des billets en circulation entraîne un rejet par certains clients, même lorsque ceux-ci restent légalement valides. “J’accepte parfois des billets anciens parce que je n’ai pas le choix, mais pour les échanger auprès de fournisseurs ou d’autres commerçants, c’est compliqué.”

Enfin, il dénonce que des solutions informelles telles que des commissions sur les échanges de petite monnaie aggravent la situation et pèsent sur le pouvoir d’achat des consommateurs.

L’origine de cette crise monétaire remonte à novembre 2023, lorsque le secteur bancaire de Gaza a commencé à se contracter, notamment dans le nord, avant que les perturbations ne s’étendent au sud. Des attaques ciblées contre plusieurs banques ont ensuite provoqué leur fermeture définitive, entraînant une paralysie des services financiers.

À mesure que l’accès aux services bancaires s’est détérioré, s’est développée la pratique du “takiich” (une sorte d’usure sur les échanges de liquidités). En août 2025, les commissions liées à cette pratique avaient atteint 52%, rendant l’accès à la monnaie liquide extrêmement coûteux avant de se stabiliser à 36% grâce à la réouverture partielle des points d’entrée commerciaux et au retour progressif des paiements électroniques.

Un contrôle du liquide en question

Mohammad Sabra, académicien et spécialiste économique, dénonce l’implication des autorités israéliennes dans la gestion de la monnaie à Gaza, en délégant ce contrôle à un nombre restreint de commerçants tout en marginalisant les institutions financières locales, ce qui a fait éclore un marché noir et une crise profonde.

Il explique que des solutions existent, comme forcer les commerçants à déposer leurs liquidités en banque et sévir contre les contrevenants afin de réinjecter la monnaie dans le système bancaire. Cependant, il regrette l’absence d’une autorité locale légitime capable de faire appliquer ces mesures.

Il met également en garde contre une volonté israélienne de neutraliser complètement l’argent liquide à Gaza, ce qui enferme l’économie dans un cercle vicieux de pénurie de monnaie et paralyse le commerce.

Pour Samir Abou Madlala, autre expert économique, cette crise est directement liée au conflit armé en cours. Israël aurait stoppé l’entrée de monnaie depuis près de deux ans, en violation des accords économiques de Paris, tout en fermant les banques pendant de longues périodes pour des motifs sécuritaires. Résultat : les mêmes billets, souvent abîmés, continuent de circuler, aggravant le rejet des coupures plus anciennes ou en mauvais état.

Il recommande de relancer l’entrée de fonds via l’autorité monétaire palestinienne et de faire pression sur Israël pour respecter ses engagements ainsi que de promouvoir des paiements électroniques alignés sur les prix en liquide, sans majoration.

Publié le 18 août 2025

Points à retenir

  • La pénurie de petites coupures monétaires à Gaza affecte toutes les transactions quotidiennes, des achats les plus simples aux opérations commerciales.
  • Cette crise est amplifiée par la méfiance envers certains billets, notamment ceux de 10 shekels et 20 shekels, souvent trop usés pour être acceptés.
  • Les pratiques informelles, comme le “takiich”, alourdissent les coûts pour les consommateurs et commerçants, rendant l’accès à la monnaie liquide encore plus difficile.
  • Le contexte politique et sécuritaire joue un rôle clé : la gestion de la monnaie est directement influencée par les politiques israéliennes de contrôle, avec un impact dévastateur sur le secteur bancaire local.
  • Le retour aux paiements électroniques apparaît comme une piste prometteuse, à condition que les prix soient équivalents au mode de paiement liquide.

En conclusion, cette crise monétaire à Gaza rappelle que la liquidité n’est pas simplement une question d’économie, mais aussi un enjeu politique majeur. Finalement, on se demande si la “petite monnaie” ne reflète pas la lourdeur d’un système bien plus grand, où chaque shekel compte. À méditer, surtout quand on réalise que derrière un simple achat, c’est tout un tissu social et économique qui vacille… Et moi, je trouve fascinant ce paradoxe : dans une ère hyper connectée, manquer d’un petit bout de métal ou de papier peut paralyser une ville entière. Ironique, non ?


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