mar. Juin 23rd, 2026

Le battage médiatique influence trop souvent les décideurs lorsqu’il s’agit de réguler les marchés. C’est donc rassurant d’entendre Sir Andrew Bailey, gouverneur de la Banque d’Angleterre, résister à l’enthousiasme entourant les cryptomonnaies. Dans son discours prononcé en juillet à Mansion House, il a réaffirmé son scepticisme face à l’idée d’un « Britcoin », une monnaie numérique de banque centrale britannique, ou d’un stablecoin émis par des établissements financiers britanniques et adossé à leurs réserves en livres sterling. Alors que Donald Trump intègre les stablecoins dans la législation américaine en les teintant de couleurs politiques, la prudence de Sir Andrew ne relève pas seulement du bon sens, mais d’une nécessité impérieuse.

Le gouverneur estime que les banques britanniques ne devraient pas être autorisées à émettre leurs propres stablecoins, ni que la Banque d’Angleterre gère de fait des comptes « Britcoin » sans bénéfice clair pour le public. Ce point de vue ne reflète pas une peur des nouvelles technologies, mais une inquiétude légitime face au risque de créer une nouvelle catégorie d’actifs imprudents. La question cruciale n’est pas de savoir si la finance peut adopter ces innovations, mais si elle doit le faire – surtout quand l’échec pourrait déstabiliser l’ensemble de l’économie.

George Osborne, ancien chancelier britannique devenu conseiller d’une importante plateforme de cryptomonnaies, argue que le soutien américain aux stablecoins oblige le Royaume-Uni à suivre le mouvement pour rester dans la course. L’ancien ministre travailliste Ed Balls a jugé cette position naïve au regard des expériences passées, et il avait raison.

[not-theb]
[/not-theb]

Les stablecoins, malgré leur nom, ne sont pas stables. Ces jetons numériques privés prétendent être garantis un pour un par une monnaie réelle, souvent le dollar américain. Mais cette promesse ne vaut que par la réputation de l’émetteur. Lorsqu’une banque commerciale crée un stablecoin, elle frappe en réalité sa propre monnaie – sans les garanties, la supervision ni le rôle de prêteur en dernier ressort qu’offre une banque centrale, comme l’a souligné la Banque des règlements internationaux. Cela donne naissance à un marché financier parallèle, exposé aux crises, aux faillites et aux effets de contagion, similaire à la période du libre-banking aux États-Unis au XIXe siècle, où près de la moitié des nouvelles banques faisaient faillite, incapables de couvrir les billets émis.

Malgré cela, Donald Trump poursuit son projet : il autorise banques et acteurs non bancaires à émettre des actifs cryptographiques adossés au dollar. Il exploite le pouvoir de sa fonction à des fins personnelles, en toute transparence. Une des cryptomonnaies associées à la famille Trump aurait généré au moins 320 millions de dollars depuis janvier, une autre a bénéficié d’un investissement de 2 milliards de dollars d’un fonds souverain étranger, tandis qu’une troisième a vendu pour plus de 550 millions de dollars de jetons. Steven Levitsky, de l’Université de Harvard, a résumé l’opinion de beaucoup en déclarant cet été au Guardian n’avoir « jamais vu autant de corruption ouverte dans un gouvernement moderne ».

Les cyber-libertariens considèrent les cryptomonnaies comme un moyen d’échapper au contrôle, à la régulation et à la taxation étatiques, en adéquation avec certains courants de droite radicale qui perçoivent le gouvernement comme un problème. C’est notamment la vision de Paul Marshall, magnat britannique des hedge funds et des médias, qui divise le monde entre monnaie fiduciaire centralisée et liquidités du libre marché. Ces visions idéologiques ne favorisent ni la stabilité des marchés financiers ni une réelle protection des consommateurs. Le secteur financier britannique gagnerait à être réduit pour le bien du pays à long terme, mais il doit rester compétitif – selon des règles régulatrices qui préservent la stabilité, et non pour suivre aveuglément les populismes financiers à l’américaine ou l’opportunisme des pétro-États. La cryptomonnaie est un pari non seulement sur une technologie, mais sur ce que représente l’argent et qui le contrôle.

Points à retenir

  • La Banque d’Angleterre se montre prudente face à l’émission de stablecoins par des banques privées, soucieuse d’éviter de créer une bulle financière imprudente.
  • Le parallèle historique avec le libre-banking américain du XIXe siècle souligne les risques que représente la multiplication d’actifs financiers non garantis par un État.
  • Malgré cet avertissement, les États-Unis avancent sur la régulation et l’intégration des stablecoins, dans un contexte où la géopolitique et les intérêts personnels s’entremêlent.
  • Les idéologies libertariennes radicales qui souhaitent détourner les cryptomonnaies au-delà du contrôle étatique compliquent la définition d’un cadre régulatoire raisonnable.
  • Le débat européen et britannique doit trouver un équilibre entre compétitivité financière et stabilité, contrairement à certaines tendances populistes américaines.

Il est fascinant de constater comment la course aux monnaies numériques reflète une bataille bien plus large sur le pouvoir et la confiance dans nos systèmes économiques. Alors que certains voient dans la cryptomonnaie une révolution technique incontournable, d’autres, plus prudents, rappellent le poids des leçons historiques. Chez LesNews, nous suivons ce dilemme avec grande attention : faut-il embrasser cette nouvelle donne sans réserve ou savoir freiner l’emballement avant une possible chute ? À vous de réfléchir – car l’avenir de l’argent moderne dépend moins de la technologie que des choix politiques et économiques que nous faisons aujourd’hui.


[not-theb]
[/not-theb] [not-theb]

Pas des conseils en investissement

Avis de non-responsabilité

[/not-theb]
Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *