L’avenir des cryptomonnaies divise toujours autant les opinions. Certains y voient la révolution du système mondial des paiements, tandis que d’autres le considèrent comme une solution encore à la recherche d’un problème concret.
Laissons de côté Bitcoin en tant que moyen de paiement traditionnel. Ce dernier s’est clairement imposé dans un usage précis : celui des transactions illicites liées au trafic de drogue, la contrebande, les escroqueries, les enlèvements, la fraude fiscale, le blanchiment d’argent ou encore l’évasion des contrôles de capitaux. En somme, Bitcoin est devenu le système privilégié pour une part très significative de l’économie souterraine mondiale, remplaçant le recours laborieux aux liasses de billets. Mais pour les paiements courants, tant à l’intérieur d’un pays qu’à l’international, Bitcoin ne remplit pas une fonction réellement pratique.
Les stablecoins actuels ne semblent pas répondre aux exigences du marché.
Le recours aux stablecoins a été envisagé, notamment par des experts reconnus dans le domaine. Ces monnaies numériques sont censées garder une valeur stable par rapport aux monnaies traditionnelles, principalement le dollar américain, en étant adossées à des actifs classiques comme les titres d’État.
Pourtant, la stabilité promise par ces monnaies reste fragile. L’effondrement de Terra et Luna en est un exemple marquant, tandis que le plus gros stablecoin – Tether – a été sanctionné pour des déclarations trompeuses sur sa réserve. Ces monnaies, tout comme Bitcoin, peuvent être utilisées à des fins douteuses : Tether a servi de support à un important réseau de blanchiment d’argent au Royaume-Uni, ses défenseurs valorisant la confidentialité et la capacité à contourner la réglementation.
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Parce que les stablecoins échappent souvent aux règles strictes de connaissance du client (KYC) et de lutte contre le blanchiment (AML), les autorités devront soit abandonner ces exigences (ce qui semble peu probable), soit les appliquer également aux cryptomonnaies, ce qui enlèverait à ces dernières leur principal avantage : l’anonymat.

Le Genius Act récemment proposé aux États-Unis pourrait améliorer la situation en imposant des régulations visant à combattre le blanchiment et les activités illégales. Certaines institutions aux réputations solides, comme JP Morgan, envisagent de lancer leur propre stablecoin.
Si ces défis sont relevés, les stablecoins pourraient offrir certains avantages face au système bancaire classique pour les paiements internationaux. Ce dernier reste en effet compliqué : le transfert sécurisé passe par le réseau SWIFT (qui n’est pas un système de paiement mais un réseau de messages), puis par une banque correspondante à l’étranger, ensuite par une conversion de devises souvent complexe nécessitant une double transaction via le dollar, avant qu’une infrastructure nationale ne finalise le dépôt. Une telle complexité engendre des coûts et une forme de monopole, avec une tarification avantageuse seulement pour les gros transferts, laissant les petits, comme les envois de fonds des travailleurs, avec des frais élevés.
Le recours aux stablecoins pourrait simplifier ces opérations. Si l’expéditeur et le destinataire possèdent un portefeuille compatible avec le même stablecoin, la transaction est rapide et sécurisée. Toutefois, le bénéficiaire devra convertir la cryptomonnaie en monnaie locale avant toute dépense : qui assurera cet échange, et à quel coût ? C’est la question centrale non résolue.
La véritable opportunité pour la crypto résiderait plutôt dans la monnaie numérique des banques centrales.
Face à ces innovations, les établissements financiers traditionnels ont réagi en améliorant leurs services. Plusieurs proposent désormais des taux de change compétitifs et des transferts rapides, comme le montre l’exemple de Wise, qui opère sans stablecoins.
En somme, les stablecoins pourraient trouver d’autres utilisations, notamment dans les transactions commerciales programmables, mais demeurent peu compétitifs pour les transferts internationaux.
Le véritable rôle pour les cryptomonnaies dans les paiements pourrait venir des monnaies digitales des banques centrales (CBDC). Ces monnaies se développent déjà au sein des systèmes nationaux, et pourraient à terme permettre d’éviter des intermédiaires comme SWIFT ou les banques correspondantes lors des échanges internationaux entre banques centrales. Toutefois, aucun établissement ne souhaite actuellement proposer ses CBDC au grand public, car cela fragiliserait l’ensemble du système bancaire classique.
Il n’est donc pas surprenant que les États-Unis freinent sur ce sujet, notamment à travers le Genius Act qui interdit à la Réserve fédérale de développer une CBDC. Sans la présence d’une CBDC américaine, difficile d’imaginer un système mondial de paiements basé uniquement sur ces technologies pouvant concurrencer les mécanismes actuels.
Points à retenir
- Bitcoin s’impose surtout comme moyen de paiement au sein de l’économie souterraine et non pour les transactions courantes.
- Les stablecoins, censés offrir stabilité et simplicité, sont encore fragiles et critiqués pour leur manque de transparence et leur usage possible à des fins illicites.
- Le système bancaire international est complexe et coûteux, mais il a su s’adapter face à la concurrence des nouveaux acteurs technologiques.
- Les stablecoins pourraient simplifier certaines transactions si la conversion en monnaies locales est facilitée, ce qui reste un enjeu majeur.
- Les monnaies digitales des banques centrales représentent une voie prometteuse, mais leur déploiement public reste limité, notamment pour préserver la stabilité bancaire.
- Les États-Unis apparaissent prudents, voire réticents, à adopter pleinement ces innovations, ce qui freine une évolution globale.
Dans ce contexte mouvant, il est fascinant d’observer comment des innovations portées par une certaine audace rencontrent la résistance des systèmes établis. La route vers un système monétaire numérique global semblerait moins révolutionnaire que certains ne l’avaient prévu, oscillant plutôt entre espoirs techniques et réalités géopolitiques. Reste à voir qui, finalement, saura allier sécurité, transparence et efficacité sans sacrifier ni son anonymat ni son confort. Mais comme toujours, l’histoire des paiements reste une leçon d’équilibre entre innovation et pragmatisme – et, entre nous, qui n’aime pas un bon défi ?
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