jeu. Juin 25th, 2026

À un tournant économique crucial, la livre égyptienne fait face à un équilibre précaire entre une stabilité apparente et des défis structurels persistants. Plusieurs mois après l’adoption d’une politique de change flexible qui a supprimé le marché parallèle et restauré une certaine confiance dans le système bancaire, une interrogation majeure subsiste : cette stabilité tiendra-t-elle, ou bien les pressions financières et commerciales assombriront-elles l’avenir de la monnaie locale ?

Selon le Dr Ahmed Imam, expert économique, la livre égyptienne se trouve aujourd’hui à une croisée des chemins, entre une stabilité relative et des contraintes structurelles incontournables. Il souligne que la stabilité du dollar autour de 48,16 livres au 12 septembre 2025 illustre la réussite des récentes mesures monétaires soutenues par le Fonds monétaire international, lesquelles ont contribué à renforcer la confiance dans le secteur bancaire.

Le Dr Imam rappelle également que l’augmentation des réserves internationales à 49,25 milliards de dollars fin août 2025 constitue la première ligne de défense de l’économie égyptienne face aux chocs extérieurs. Il met en lumière l’amélioration notable des transferts des travailleurs égyptiens à l’étranger, qui ont atteint 36,5 milliards de dollars lors de l’exercice 2024-2025, ainsi qu’une solide performance du secteur touristique, dont les recettes devraient s’élever à 18,3 milliards de dollars d’ici la fin de l’année.

Malgré ces signaux positifs, les défis restent importants. Parmi eux, la baisse d’environ 50% des revenus liés au canal de Suez en raison des tensions dans la mer Rouge, ainsi que le poids de la dette extérieure, dont le service a dépassé 13 milliards de dollars au deuxième trimestre de l’exercice en cours. À cela s’ajoute un déficit commercial non pétrolier qui s’élève à 28 milliards de dollars.

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Quant aux prévisions sur le taux de change, le Dr Imam met en garde contre les espoirs d’une baisse du dollar à 35 livres, qu’il juge déconnectée des réalités économiques. Les projections des institutions financières internationales tablent plutôt sur une dépréciation progressive de la livre, vers un intervalle de 51 à 55 livres pour un dollar entre 2026 et 2027. Pour atteindre un tel taux favorable à 35 livres, il faudrait une hausse exceptionnelle des recettes en devises, une réduction drastique des importations et du service de la dette, ce qui semble peu réaliste à court terme.

Enfin, il rappelle que l’avenir de la livre égyptienne dépendra fortement de la capacité du pays à attirer des investissements étrangers directs, à stimuler ses exportations et à gérer efficacement ses engagements extérieurs. Cette stabilité actuelle, précise-t-il, reste donc prudente et conditionnelle au maintien des réformes économiques.

Points à retenir

  • La politique de change flexible adoptée a permis de supprimer le marché parallèle et de restaurer une confiance partielle dans le système bancaire.
  • Les réserves internationales ont augmenté, constituant un filet de sécurité en cas de choc extérieur.
  • Les transferts des travailleurs à l’étranger et les recettes touristiques sont des sources importantes de devises pour l’Égypte.
  • Les revenus du canal de Suez ont chuté de moitié, ce qui pèse lourdement sur les finances publiques.
  • Le service de la dette extérieure et le déficit commercial non pétrolier restent des défis majeurs et constants.
  • Les prévisions pointent vers une dépréciation modérée de la livre plutôt qu’un retour rapide à un taux de change très faible pour le dollar.
  • Le succès futur dépendra de la capacité à attirer des investissements étrangers et à poursuivre les réformes économiques.

Il est fascinant de constater à quel point la réalité économique d’un pays peut osciller entre ténacité et incertitude, entre espoir et pragmatisme. Alors que les ressources et les réformes semblent tracer un chemin vers la stabilité, il ne faudrait pas se surprendre si les marchés et les réalités externes venaient à rebattre les cartes d’un jeu déjà bien complexe. Cela nous rappelle que la finances des nations, tout comme leurs drames politiques, demeurent avant tout des histoires humaines – avec leurs coups de théâtre et leurs moments de sagesse.


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