Faustina Gwynne, une vache qui régalait ses voisins, Jonny le escargot, fidèle compagnon d’un homme de Los Angeles, et une mouche autrefois gênante qui hantait un bureau… Ces créatures, désormais toutes célébrées, disposent de leurs tombes à l’instar des humains, comme le dévoile le nouveau livre de Paul Koudounaris sur ces lieux de mémoire, intitulé Faithful Unto Death.

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“La vérité, c’est que les gens peuvent nouer des liens avec presque toutes les espèces”, affirme le photographe, qui se spécialise dans l’histoire de l’art macabre et réside à Las Vegas. L’idée de ce livre lui est venue lors d’une visite dans un cimetière pour animaux en Californie, il y a plus d’une décennie.
“Ces morts recèlent souvent un chagrin inexprimé”, précise Koudounaris. Dans ces cimetières, cette tristesse se manifeste de manière authentique. “Contrairement aux cimetières pour humains, où chaque chose est ordonnée, les cimetières pour animaux sont le reflet d’une émotion directe… pure et brute.”
Par exemple, dans ce cimetière californien, une tombe d’un chien décédé il y a 40 ans était encore ornée de fleurs. Les pierres tombales exprimaient souvent des sentiments tels que “Mon meilleur ami” ou “Mon seul ami”. “Cela m’a profondément touché”, confie Koudounaris.
Nous croyons qu’il est essentiel que toutes les créatures aient droit à une mort digne, ajoute-t-il. Cette conviction a permis l’émergence des premiers cimetières urbains pour animaux.
Par exemple, le plus ancien de Londres remonte à Cherry, un chien maltais qui est mort de vieillesse en 1881. Ses propriétaires ne voulaient pas le jeter dans la Tamise ou l’envoyer à une usine d’équarrissage, options alors disponibles pour ceux qui n’avaient pas de terrain.
Ils ont donc demandé à un gardien du parc de Hyde s’ils pouvaient l’enterrer dans le jardin à côté de sa maison. Rapidement, d’autres propriétaires endeuillés ont commencé à utiliser ce petit coin, transformant ainsi une parcelle de Hyde Park en cimetière qui existe encore aujourd’hui (bien qu’aucune nouvelle inhumation n’y ait eu lieu depuis environ 1900).

Quels autres tombes remarquables Koudounaris a-t-il découvertes ? Voici un aperçu.
Un officier de vol décoré
Mary d’Exeter, une colombe messagère surnommée “l’oiseau qui ne renonçait jamais”, a reçu une inhumation publique au cimetière animalier d’Ilford en Angleterre, après sa mort. Durant la Seconde Guerre mondiale, elle a effectué les vols les plus périlleux (avec un taux de retour de seulement 10 % pour les oiseaux messagers). Elle a transporté des messages à travers la Manche entre des résistants opérant derrière les lignes allemandes. À la fin de la guerre, elle a été décorée de la Médaille Dickin pour héroïsme animal (instituée en 1943). Elle a vécu cinq années supplémentaires, mourant en 1950.
Repose en paix dans une boîte d’allumettes
La plus petite tombe découverte par Koudounaris était celle d’une mouche, dans le Maryland. Son corps a été remis au cimetière Aspin Hill dans une petite boîte de bijoux, accompagnée d’un mot relatant son séjour dans un bureau (resté anonyme pour l’instant).
Cette mouche refusait de s’en aller, vivant plusieurs semaines et gagnant l’affection des employés. Ils ont fini par vouloir lui offrir un enterrement digne, comme ils l’ont expliqué par écrit.
Le cimetière a donc creusé une petite tombe, près d’un buisson, et la boîte d’allumettes est devenue son cercueil. N’ayant pas compris d’argent pour une pierre tombale, le lieu est resté anonyme, et l’emplacement exact est maintenant incertain.
Ce qui s’est passé à Vegas
À l’autre bout du spectre, un éléphant de spectacle nommé Stoney possède la plus grande tombe dans le livre de Koudounaris. Une fosse de 15 pieds par 20 pieds a été creusée pour Stoney au cimetière des animaux Craig Road à Las Vegas, en 1995. Sa pierre tombale le décrit comme un “gentil géant.”

Par ailleurs, au Cimetière des Chiens de Paris, un cénotaphe de 30 pieds marque le lieu de repos de Barry S Bernard, crédité d’avoir sauvé 40 voyageurs, y compris un enfant piégé sur un rebord de glace. La légende raconte qu’il a été tué accidentellement en 1812 par un voyageur qu’il essayait de sauver dans les Alpes suisses. Son cénotaphe mentionne : “Il a sauvé la vie de 40 personnes… il a été tué par le 41e.”
Une traînée de souvenirs
Jonny, l’escargot, a vécu dans le jardin d’un homme d’Echo Park, à Los Angeles, pendant plus d’un an. L’homme (choisissant de rester anonyme) a construit un enclos de deux mètres carrés parmi ses plantes, pour protéger Jonny des prédateurs. L’escargot est mort en 2016 et a été enterré là où il avait vécu, avec une réplique en pierre marquant sa tombe.
Des fins hollywoodiennes
Un certain nombre d’animaux acteurs, et les animaux de compagnie d’acteurs, reposent au Los Angeles Pet Memorial Park. Peut-être le plus célèbre d’entre eux est Tawny, le lion du logo MGM. Il a été inhumé ici avec son meilleur ami, un matou nommé Cinderella, en 1940. On y trouve aussi le gibbon de Mae West, Boogie, qui a joué à ses côtés dans le film I’m No Angel (1933). Ce site n’a pas de marque, afin de lui permettre de reposer en paix.
Rites finaux

Une chose que Koudounaris aurait souhaité intégrer davantage, à son avis, est les rites funéraires pour animaux dans différentes cultures, notamment en Asie. À Bangkok, par exemple, il a visité un temple bouddhiste où des moines chantent sur le corps de l’animal avant qu’il ne soit incinéré sur place. Le propriétaire peut ensuite descendre avec les moines jusqu’à la rivière, où les cendres sont libérées.
Au Japon et à Taïwan, de nombreux temples bouddhistes possèdent des columbariums où il est possible de déposer les cendres d’un animal. Koudounaris a également visité des cimetières pour animaux à Helsinki en Finlande et à Juarez au Mexique, où chaque tombe est marquée par une image peinte à la main de l’animal, sur bois ou sur pierre.

La propre chatte de Koudounaris, Tika, inhumée en 2017, figure subtilement dans le livre. Sa pierre tombale porte de petites empreintes de pattes et déclare, une dernière fois : “Un calico, pas une tortie. Comprenez la nuance !”
En guise de dédicace à la fin, Koudounaris écrit : “Je l’aimais, et je comprends tous ceux d’entre vous qui ont aimé et perdu. En cela, nous sommes tous unis.”
Bon à savoir
- Les cimetières pour animaux offrent un espace de recueil et de souvenir, expliquant l’importance de ces lieux dans les cultures modernes.
- Des rites spécifiques accompagnent le passage de ces animaux, variés selon les cultures, comme les pratiques observées en Asie.
- Ces places de mémoire soulignent le lien profond que l’homme peut établir avec ses compagnons à quatre pattes, souvent considéré comme des membres de la famille.
Ces histoires touchantes de liens entre les humains et les animaux ouvrent un débat sur notre relation avec le royaume animal. Qu’est-ce qui motive ces rituels de deuil ? Peut-être est-il temps de réfléchir à la manière dont nous honorons nos relations avec tous les êtres vivants.
Sandrine, j’adore la façon dont tu captures la profondeur des liens entre les humains et leurs animaux. C’est tellement émouvant et inspirant ! Merci pour cette belle découverte.
Cet article illustre merveilleusement les liens profonds qui unissent humains et animaux. Les rituels funéraires révèlent une tendresse inattendue, rappelant que chaque vie, même petite, mérite un hommage sincère.
Ce livre est une merveille! Il capture l’amour entre les humains et leurs compagnons à quatre pattes. Les cimetières pour animaux reflètent si bien cette belle connexion.