lun. Juin 15th, 2026

À la fin du mois d’octobre, Grokipedia a fait son entrée en ligne, une encyclopédie soutenue par Elon Musk, dont l’objectif politique semble clair : offrir une alternative de connaissance qui serve les théories de la droite. Pour en saisir l’essence, il suffit d’évoquer un tweet de David Sacks, entrepreneur proche de Musk et conseiller de l’administration Trump, affirmant que « Wikipédia est irrémédiablement biaisée, gérée par une armée d’activistes de gauche ».

Il est vrai que Grokipedia ne semble pas s’orienter vers une “vérité” objective – comme le plaide Musk – mais plutôt vers le point de vue du groupe politique qui l’a créée. Par exemple, elle remet en question des théories scientifiques établies sur le changement climatique et minimise le rôle de Donald Trump dans l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.

Origine et fonctionnement

Ce qui caractérise le plus Grokipedia, c’est son fonctionnement en coulisses. Contrairement à Wikipédia, qui repose sur un vaste réseau de bénévoles contribuant collectivement sous des règles de transparence, Grokipedia est alimentée par Grok, un algorithme utilisé sur X. Ainsi, chaque entrée, en nombre de 885 279 au moment de la rédaction de cet article, est générée grâce à une immense base de données. Les articles politiques affichent souvent un biais prononcé en faveur de la droite, minimisant les critiques à son encontre et parfois confondant faits et opinions.

Bien que Wikipédia soit également un produit de contributions amateurs, elle a progressivement gagné en fiabilité, avec une transparence qui affiche les modifications et les discussions qui y sont liées. En revanche, Grokipedia semble avoir relégué la qualité des contenus au second plan, privilégiant un agenda politique au détriment de la rigueur.

Paradoxalement, concernant des sujets moins controversés, comme la Playstation 5, Grokipedia a simplement copié les informations de Wikipédia. Un représentant de la Wikimedia Foundation a même déclaré : « Ils ont besoin de Wikipédia pour exister ».

Le risque de manipulation

Ce phénomène soulève des questions éthiques cruciales autour de l’intelligence artificielle. L’absence de contrôle humain conjure un mécanisme de réécriture permanente de contenus existants, potentiellement manipulables pour s’aligner à une vision particulière, alimentant ainsi la désinformation.

Le choix du terme « encyclopédie » revêt une portée symbolique. Historiquement, des régimes, tel que le fascisme, ont aussi utilisé des ouvrages comme la Treccani pour légitimer leur idéologie, imposant une certaine autorité à certaines définitions politiques. Bien que les contextes diffèrent, les motivations idéologiques semblent similaires, cherchant à renforcer des préjugés par des canaux contemporains, souvent plus rudimentaires.

Des analystes ont déjà noté la présence des habituelles « hallucinations » des intelligences artificielles, entraînant une confusion entre sources variées, traitées sur le même plan : forums, blogs et articles académiques se mêlent. Grokipedia amplifie ainsi les inquiétudes soulevées par Umberto Eco sur les risques d’une encyclopédie collaborative.

Une nouvelle définition d’encyclopédie ?

La presse internationale a déjà relevé des exemples de biais idéologique dans des entrées, notamment sur des thèmes relatifs au genre et aux droits civils. Par exemple, une première version de l’article sur Hitler se contentait de le présenter comme « un homme politique allemand d’origine autrichienne », évoquant l’Holocauste à la fin. D’autres exemples montrent une idéologie plus subtilement masquée, où les accomplissements politiques sont décrits comme indiscutablement positifs, tandis que les critiques s’estompent ou sont absentes. Dans le cas de Giorgia Meloni, son traitement dans Grokipedia est nettement plus favorable que dans Wikipédia, où un regard critique est prévalent.

Points à retenir

  • Grokipedia est soutenue politiquement par des figures proches de la droite, visant à créer un contrepoids à Wikipédia.
  • Il s’agit principalement d’un projet basé sur un algorithme, ce qui soulève des questions sur la qualité et la véracité des informations.
  • Les textes incluent un biais politique évident, qui amène à questionner la fiabilité des contenus.
  • La manipulation potentielle des informations ouvre un débat sur l’éthique des outils d’intelligence artificielle dans la diffusion des savoirs.
  • Le phénomène de réécriture d’histoires déjà établies n’est pas nouveau, mais Grokipedia pourrait bien en être une nouvelle illustration.

En tant que passionné de l’information, je me trouve fasciné par l’évolution de la manière dont la connaissance est présentée et interprétée. Le défi d’une encyclopédie objective demeure de taille. Comment concilier l’impérieuse nécessité d’une information fiable et un environnement où les biais personnels peuvent influencer les faits ? Cette question mérite d’être approfondie, car à l’ère numérique, le savoir est à la fois un pouvoir et une arme. Qu’en pensez-vous ?


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