L’isolement est un phénomène croissant, surtout chez les jeunes, qui semblent compensé ce sentiment par des interactions avec des chatbots. À l’avenir, des répliques virtuelles de proches, y compris des personnes décédées, pourraient transformer notre rapport à la solitude. Quelle est la perception des Allemands face à ces « Deadbots » ?
Lorsque Michael Bommer a reçu un diagnostic de cancer, sa vie a basculé. Tout à coup, tous ses projets étaient anéantis. Conscient de sa fin imminente, il partagea un message d’adieu sur Facebook en mars 2024, et reçut une offre peu commune. Robert LoCascio, dirigeant d’un entreprise américaine spécialisée en IA, lui proposa de continuer à exister sous forme d’avatar virtuel.
Touché par cette perspective, Bommer a déclaré vouloir laisser un héritage à sa famille. Sa première interaction avec son alter ego numérique a été décrite comme « profondément émouvante ». Bien qu’il soit désormais décédé, son avatar continue d’exister.
Pour beaucoup, concevoir des échanges avec des chatbots représentant des êtres chers pourrait sembler étrange. Pourtant, aux États-Unis, le marché des avatars personnalisés est en plein essor. Des entreprises comme You – only Virtual et Storyfile créent des avatars basés sur des souvenirs, des vidéos et des enregistrements audio d’individus. Plusieurs sociétés proposent également la réalisation de « jumeaux numériques » qui imitent l’apparence et la voix de personnes vivantes.
Mais ce type de service trouve-t-il réellement preneur ? Une enquête menée par O2 Telefónica révèle que les jeunes souffrent d’isolement. En effet, les plus jeunes affichent une disposition pour être réconfortés par des entités numériques. Les résultats seront présentés lors d’un dialogue intergénérationnel à Berlin le 15 décembre.
Durant cette enquête, réalisée entre le 14 et le 20 novembre, 1000 citoyens représentatifs de plus de 18 ans ont été interrogés. Leurs réponses montrent que 59 % d’entre eux se sentent parfois seuls, tandis qu’un quart d’entre eux ressent cette solitude fréquemment. Alarmant, la moitié des participants a déclaré que leur sentiment d’isolement avait augmenté au cours des cinq dernières années.
L’isolement touche particulièrement les jeunes : plus de 80 % des 18-24 ans se déclarent seuls, comparativement à seulement 13 % chez les 60-75 ans. Quand ces jeunes se sentent isolés, ils se tournent généralement vers les réseaux sociaux pour se distraire, tandis que les plus de 40 ans préfèrent regarder des films ou s’adonner à leurs passe-temps.
Quant à la question de savoir si les plateformes numériques peuvent remplacer les interactions réelles, les avis sont partagés. Seuls 9 % des participants de tous âges estiment que ces outils peuvent remplacer des contacts authentiques. Néanmoins, 17 % des 18-24 ans considèrent les plateformes numériques comme un substitut possible, et 47 % les voient comme un complément.
Les jeunes utilisent également des partenaires virtuels alimentés par l’intelligence artificielle, 50 % des moins de 24 ans s’en servent fréquemment. En revanche, cette fréquence diminue pour les personnes de plus de 40 ans, ne dépassant pas 14 %.
Le débat autour des « Deadbots »
Que pensent les gens de l’idée de converser avec l’avatar virtuel d’un proche ? Selon l’enquête, 59 % des participants rejettent cette idée. À peine 8 % sont prêts à utiliser un chatbot représentant un être aimé encore en vie, tandis que 20 % restent indécis.
En examinant les opinions selon les tranches d’âge, il apparaît que l’acceptation augmente chez les plus jeunes : plus de la moitié des moins de 39 ans se montrent ouverts à cette idée, et chez les 18-24 ans, ce chiffre monte à plus de 60 %. Inversément, parmi les plus de 40 ans, les opinions deviennent nettement plus défavorables.
Concernant les « Deadbots », le rejet est fort : 73 % des répondants ne peuvent pas envisager de discuter avec de tels avatars. Seulement 14 % des participants y voient une possibilité. Toutefois, parmi les 18-24 ans, un quart se dit prêt à envisager la conversation avec les défunts, contre seulement 4,5 % chez les 60-75 ans.
Ces résultats révèlent également des préoccupations éthiques soulignant que ces avatars pourraient prolonger indéfiniment le processus de deuil. Le ministère fédéral des Familles s’oriente vers des solutions plus traditionnelles, lançant la campagne « Faites-vous un ami contre la solitude », visant à encourager les échanges entre voisins.
Points à retenir
- Une enquête a révélé que 59 % des Allemands se sentent parfois seuls.
- Les jeunes de 18 à 24 ans ressentent l’isolement plus intensément que les seniors.
- Les plateformes numériques sont perçues par certains comme des compléments aux interactions réelles.
- Les chatbots et avatars gagnent en popularité, en particulier chez les jeunes.
- Une résistance à l’idée des « Deadbots » est forte, avec des préoccupations éthiques renforcées.
À titre personnel, je trouve ce sujet fascinant. L’idée de converser avec des avatars de personnes disparues nous pousse à interroger non seulement notre façon de gérer la perte, mais aussi notre rapport à la technologie dans des moments éprouvants. Sommes-nous prêts à affronter des répliques numériques de nos proches pour compenser l’absence, ou cela risquerait-il de freiner notre processus de deuil ? Je pense que la discussion mérite d’être élargie pour explorer toutes ses dimensions.