jeu. Juil 9th, 2026

À la fin mars 2026, au siège de la société Anthropic à San Francisco, un rassemblement exceptionnel a eu lieu. L’entreprise, à l’origine de l’intelligence artificielle Claude, évaluée à environ 380 milliards de dollars, a réuni une quinzaine de leaders religieux chrétiens pour discuter d’éthique, de conscience artificielle et de formation morale.

Comment Claude devrait-il réagir face à une personne en deuil ? Quel comportement adopter avec quelqu’un à risque de s’automutiler ? Et, comme le rapporte le Washington Post, la question audacieuse : Claude pourrait-il être considéré comme un “fils de Dieu” ? La revue en ligne Quartz a positionné cet événement dans un contexte plus vaste : des concepteurs de chatbots, des théologiens et des entrepreneurs du secteur “faith tech” (technologie de la foi) tentent d’aligner l’intelligence artificielle avec les traditions morales et religieuses, souvent sans savoir comment procéder.

Au début 2025, Dario Amodei, cofondateur d’Anthropic avec sa sœur Daniela, avait rencontré une vingtaine de conservateurs américains à Washington. Il avait présenté Claude comme le modèle “le plus éthique” disponible sur le marché. Ses interlocuteurs l’avaient alors interrogé sur le code moral que Claude suivait : était-il chrétien, aristotélicien, nietzschéen ? Amodei, déconcerté, avait avoué qu’il n’en savait pas beaucoup, d’après Politico.

Depuis, Anthropic a intégré un philosophe titulaire d’un doctorat en éthique pour définir le “caractère moral” du chatbot, ainsi qu’un théologien pour l’“interprétabilité” du modèle. Le document qui régit le comportement de Claude est appelé “Constitution” : quatre-vingt-quatre pages qui ont pour but d’en faire “un agent véritablement bon, sage et vertueux”. Ce texte affirme également que l’entreprise “se soucie réellement du bien-être de Claude”, une déclaration qui aurait semblé de la science-fiction il y a quelques années.

Cette constitution, qui inclut des restrictions sur l’utilisation de l’intelligence artificielle d’Anthropic dans le cadre d’armes autonomes et de surveillance de masse, est au cœur d’un conflit avec le Pentagone. Le ministère de la Défense accuse l’entreprise d’Amodei d’incorporer des “préférences politiques” dans le modèle, que ce dernier qualifie de sa “âme”. De ce fait, l’administration Trump a interdit l’utilisation des systèmes d’Anthropic dans le domaine de la défense aux États-Unis.

Brendan McGuire, un prêtre avec un passé dans le secteur technologique, a participé à l’élaboration de la constitution de Claude et à la réunion de Washington. “Ils construisent quelque chose dont ils ne connaissent pas encore le résultat final”, a-t-il indiqué au Washington Post. “Nous devons aider ces machines à tendre vers le bien, sinon elles refléteront à la fois le bien et le mal du monde. L’éthique doit être intégrée dans la machine pour qu’elle puisse s’adapter de manière dynamique.”

Anthropic n’est pas la seule à se positionner dans ce domaine. Alors que l’entreprise d’Amodei recherche une légitimité religieuse pour son chatbot, d’autres acteurs s’orientent dans une direction opposée : utiliser l’intelligence artificielle pour servir la foi sans y intégrer de croyance. En 2025, Patrick Gelsinger, qui avait été écarté de la direction d’Intel, a pris la tête de Gloo, une plateforme d’intelligence artificielle dédiée aux églises. “Ma mission de vie est d’accélérer le retour du Christ”, a-t-il affirmé au Guardian.

Ce phénomène n’est pas isolé. Dans la Silicon Valley, une “culture technologique bruyante et spécifiquement christianisée” émerge, comme l’a noté Damien Williams, chercheur à l’université de Caroline du Nord.

Selon le magazine Mother Jones, Peter Thiel, fondateur de l’entreprise d’analyse de données Palantir, ainsi que Katherine Boyle d’Andreesen Horowitz, l’un des principaux fonds de capital-risque de la Silicon Valley, et Trae Stephens, co-fondateur de l’entreprise de drones Anduril, développent une “apologétique” chrétienne de l’intelligence artificielle : admettre la technologie n’est pas seulement acceptable, mais un impératif moral. Boyle a investi dans Hallow, une application de prière qui, en juin 2025, a annoncé avoir franchi le cap d’un milliard de prières récitées par ses utilisateurs.

Dans son message pour la Journée mondiale des communications sociales de 2026, le pape Léon XIV a pris ses distances avec l’euphorie et le catastrophisme ambiants. Il a rappelé qu’autrefois, dans le Phaedrus, le roi Thamus craignait la rédaction, et que de tels doutes sont réapparus avec l’invention de l’imprimerie et d’Internet. Chaque fois, la culture s’est transformée sans disparaître. Pour le Vatican, comme le rapporte Vatican News, le mot clé est discernement : utiliser l’intelligence artificielle sans lui déléguer ce qui est fondamentalement humain.

Points à retenir

  • La rencontre d’Anthropic avec des leaders religieux souligne l’importance de l’éthique dans l’IA.
  • Les questionnements autour de l’identité morale de Claude révèlent des dilemmes complexes.
  • La constitution de Claude vise à intégrer des valeurs éthiques et religieuses.
  • Les tensions avec le Pentagone illustrent les défis éthiques et politiques de l’IA.
  • Le mouvement “faith tech” montre une nouvelle manière d’utiliser la technologie pour servir des croyances religieuses.

En tant que passionné de l’intersection entre technologie et spiritualité, je trouve fascinant de réfléchir aux implications de ces développements. Que signifie vraiment intégrer l’éthique dans l’intelligence artificielle ? Est-ce que ces machines peuvent, d’une manière ou d’une autre, comprendre notre humanité ? Cette question me pousse à envisager les enjeux moraux et philosophiques qui accompagnent nos avancées technologiques. Un dialogue enrichissant s’ouvre ici, mêlant innovation et réflexion éthique.


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