sam. Juin 13th, 2026

Pour les défenseurs de l’intelligence artificielle à l’origine de cette nouvelle version du Magicien d’Oz présentée au Sphere de Las Vegas, le célèbre film musical de 1939 constituait une occasion idéale de tester comment la technologie pourrait métamorphoser un classique du cinéma.

Considéré par la Bibliothèque du Congrès comme le film le plus regardé de l’histoire, ce long-métrage occupe une place majeure dans le panthéon hollywoodien, célébrant depuis près de 90 ans le pouvoir durable du cinéma. Cette stature explique en partie les réticences exprimées par certains critiques et cinéphiles, qui voient d’un mauvais œil cette modernisation.

Paradoxalement, la plupart n’ont jamais vu le film sur grand écran. En effet, cette production mouvementée, qui avait été un échec commercial à sa sortie, a trouvé une seconde vie des décennies plus tard grâce à sa diffusion télévisuelle.

« Le film semblait taillé pour le Sphere », explique Jane Rosenthal, productrice et membre de la nouvelle équipe créative derrière Oz. « Il a eu cinq réalisateurs différents et vient de l’ancien système des studios, pas de la logique d’auteur qui a suivi. » Elle rappelle aussi que la technologie a toujours été au cœur de ce projet : le producteur Mervyn LeRoy et ses partenaires avaient insisté pour que le film utilise la Technicolor, une technique encore novatrice à l’époque.

Si vous pensez que cette mise à jour se limite à restaurer les couleurs ternies ou à améliorer la bande-son, détrompez-vous. Le Sphere révolutionne l’expérience cinématographique : avec ses 17 600 places, son mur d’écrans LED incurvés de 160 000 mètres carrés – soit la taille de trois terrains de football alignés et haut de 22 étages –, il offre un spectacle hors norme.

Bien plus qu’une simple amélioration d’une salle de cinéma classique, la nouvelle déclinaison d’Oz vise à créer un véritable spectacle immersif : imaginez des ventilateurs puissants soufflant à 750 chevaux, soulevant la poussière tandis que les sièges vibrent au rythme du célèbre cyclone transportant la maison de Dorothy jusqu’au chemin de briques jaunes. Dans cette version, les singes volants prennent véritablement leur envol.

Pour éviter que les spectateurs se sentent réduits à observer l’Épouvantail et le Tin Man à travers une petite ouverture, tous les éléments visuels ont été repensés. Ce travail a nécessité l’utilisation de modèles d’intelligence artificielle entraînés à partir d’archives pour générer des interprétations numériques de personnages coupés au montage final original. La résolution 16K du Sphere, la plus haute jamais utilisée sur un écran, oblige à retravailler chaque texture et chaque visage image par image. La bande-son, quant à elle, a été retravaillée pour exploiter pleinement les 167 000 enceintes de la salle.

« Ce n’est pas une restauration à la Scorsese », précise Rosenthal, consciente qu’il s’agit d’une version « expérientielle », réalisée avec le soutien de Warner Bros et Google.

Proposé à plus de 100 dollars le billet, ce Magicien d’Oz version Sphere n’est pas une sortie comme les autres. Carolyn Blackwood, ancienne dirigeante de Warner désormais à la tête de Sphere Studios, confirme que d’autres classiques pourraient à terme bénéficier d’une relecture similaire. « Toutes les œuvres ne sont pas adaptées à ce type d’expérience sensorielle », reconnaît-elle, mais Oz « ouvre une porte ». « C’est un médium immersif, pas passif », ajoute-t-elle.

Ben Grossmann, artiste oscarisé en effets spéciaux qui supervise les images, souligne que cette adaptation s’apparente davantage à un spectacle vivant qu’à un film traditionnel. L’image, assure-t-il, reste évolutive. « Le cinéma est si ancien qu’on le pense figé en un processus séquentiel, alors qu’ici, nous envisageons cela comme un logiciel : on le diffuse, puis on adapte et améliore en fonction de ce que le public demande. »

Pour lui, ce projet est « un être vivant » plutôt qu’une œuvre figée. La mentalité de laboratoire de recherche et développement qui a réuni Hollywood et la technologie a permis de rester flexible, de donner la main aux artistes et de prendre des décisions créatives au fil de l’avancement.

Les premières images dévoilées n’ont pas manqué de susciter une certaine controverse, notamment sur la sphère sociale de ce que certains appelaient naguère Film Twitter. Après la diffusion par le célèbre historien du cinéma Ben Mankiewicz d’une séquence du cyclone, la réaction a été vive. L’inquiétude quant aux emplois menacés par l’IA dans l’industrie du divertissement a trouvé une nouvelle cible dans cette réinvention d’un patrimoine culturel quasi sacré. Le débat fait rage entre partisans d’une innovation contrôlée par les artistes originels et opposants dénonçant une exploitation purement commerciale.

Jane Rosenthal balaie ces critiques, estimant que trop peu ont réellement pu découvrir l’expérience conçue pour ce lieu unique, et rappelle que le Sphere de Las Vegas reste le seul au monde. Elle souligne enfin que son propriétaire, James Dolan, espère développer le concept si le succès se confirme, après des shows accueillant notamment U2, les Eagles et les Backstreet Boys.

Ben Grossmann admet comprendre les inquiétudes de certains créatifs face à la montée en puissance de l’intelligence artificielle, surtout dans un secteur très attentif aux coûts. « Ce projet se déploie dans un contexte de changements sociaux qui déstabilise beaucoup, » reconnaît-il.

Pourtant, il invite à ne pas considérer cette version du Magicien d’Oz comme un film au sens classique, mais comme une nouvelle forme artistique qui pourrait redynamiser l’attrait pour le cinéma en salle, même indirectement. « Au Sphere, l’écran disparaît. Pour créer ici, il faut désapprendre le cinéma traditionnel et réapprendre ce qu’est l’expérience humaine. »

Points à retenir

  • Un classique revisité : Le Magicien d’Oz de 1939 est utilisé pour repenser la façon dont la technologie transforme le cinéma traditionnel.
  • Un lieu unique : Le Sphere de Las Vegas offre une expérience immersive inédite grâce à ses écrans gigantesques et son système sonore sophistiqué.
  • L’IA au service de la création : Des modèles d’intelligence artificielle permettent de recréer ou d’étendre des performances pour s’adapter à ce format hors norme.
  • Une approche évolutive : Ce spectacle cinématographique est traité comme un logiciel, avec des mises à jour en fonction des retours du public.
  • Une polémique sur fond d’emploi : Le recours à l’IA ravive les débats sur son impact dans l’industrie, entre innovation et crainte de suppression de postes.
  • Un avenir en exploration : D’autres films classiques pourraient bénéficier de ce traitement immersif, même si ce n’est pas tous les titres qui s’y prêtent.

Dans cette époque où la technologie ne cesse de s’inviter dans nos salles obscures, on peut légitimement se demander si le spectacle n’est pas en train de tuer le cinéma… Ou simplement de le faire évoluer vers quelque chose d’autre, un peu plus proche d’un parc d’attractions haut de gamme. Reste à voir si les fans – et les cinéphiles – suivront dans cette nouvelle folie immersive, ou si, au final, ils préfèreront toujours s’asseoir simplement face à un écran. Moi, je parie sur un mélange des deux, avec un soupçon d’ironie sur ce grand changement que nous appelons «progrès».


Partager : X Facebook WhatsApp LinkedIn Reddit
2 thoughts on “L’IA Magique Fait Mouche au Sphere de Las Vegas”
  1. C’est fou comment la technologie change tout ! J’adore l’idée de vivre un classique du cinéma de manière immersive. Ça va être un vrai spectacle, j’ai hâte de voir ça !

  2. Edia, je trouve cette réinvention du Magicien d’Oz fascinante ! J’adore l’idée d’une expérience immersive qui pourrait redonner vie à notre passion pour le cinéma.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *